‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 31 sur 74 · I-*s 3Ioi;U de · texte numérisé non relu

I-*s 3Ioi;U de

Monts déserts, à l'entrée de la rivière de Pemeteg^oët. Le pilote arriva au costé de l'est de l'isle des Monts désert où les Pères logèrent , et rendirent grâces à Dieu, eslevant une croix, f\t firent le sainct sacrifice de la messe : et fut ce lieu nommé Sainct Sauveur, à quarante-quatre degrez et un tiers de latitude.

Là à peine commençoient-ils à s'accomoder^ et

dr^Angiou!'"' déserter le lieu, que FAnglois survint , qui leur donna bien d'autre besongne.

Depuis que ces Anglois se sont establis aux Virgines, afin de se pourvoir de morues^ ont accoustumé de venir faire leur pesche à seize lieues de l'isle des Monts déserts : et ainsi y arrivants l'an i6i3, estants surpris des bruines, et jettez à la coste des Sauvages de Pemetegoët, estimants qu'ils estoient François , leur dirent qu'il y en avoit à Saiilct Sauveur. Les Anglois estants en nécessité de vivres, et tous leur hommes en pauvre estât, deschirez, et à demi nuds, s'informent diligemment des forces des François : et ayants eu response conforme à leur désir, ils

JïWoT" vont droit à eux, et se mettent en estât de les combattre. Les François voyants venir un seul navire à pleines voiles, sans sçavoirque dix au-

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très approchoiënt, recogneurent que c'estoieiu Aiiglois. Aussitostle sieur de la Motte le Yillin , lieutenant de la Saussaye ^ et quelques autres, accourent au bord pour le défendre. La Saussaye demeure à terre avec la plus part de ses hommes : mais en fin FAnglois estant plus fort que les François, après quelque combat prirent les nostres. Les Anglois estoient au nombre de soixante soldats, et avoient quatorze pièces de canon. En ce p"i combat, Gilbert du Thet fut tué d'un coup de mousquet, quelques autres blessez, et le reste furent pris , excepté Lamets , et quatre autres , qui se sauvèrent. Par après ils entrent au vaisseau des François , s'en saisissent, pillent ce qu'ils y trouvent, desrobent la commission du roy que la Saussaye avoit en son coffre. Le capitaine qui commandoit en ce vaisseau s'appelloit Samuel Argal.

Les ennemis mettent pied à terre, cherchent la Saussaye qui s'estoit retiré dans les bois. Le lendemain il vint trouver l'Anglois, qui lui fit bonne réception : et lui demandant sa commission , il va à son coffre pour la prendre, croyant qu'on ne l'auroit point ouvert. Il y trouve toutes ses bardes et commoditez, horsmis la commission , dont il demeura fort estonné. Et alors l'Anglois faisant le fasché , lui dit : Quoi? vous nous donnez à entendre que vous ave

lu^z , el pallie -oimit rs des lois.

Desrol commisroy.

La S<lu^sa\e les vifiii irouver.

'J> L'Anglois.!.-.

inandt' la comiiiifsioii dérubée.

l4o VOYAGES

commission du roi vostre maistre , et ne la pouvez produire ? vous estes donc des forbanls et pirates, qui méritez la mort. Dès lors les Anglois partirent le butin entre eux.

Les Pères Jésuites voyants le péril auquel les François estoient réduits, font en sorte avec

'•"' ^""^î'^' Ai'ffal, cru'ils appaisèrent les An/>lois , et par des Angiui*. liaisons puissantes que lui donna le Père Biart, il prouve que tous leurs hommes estoieiit gens de bien , et recommandez par Sa Majesté trèschrétienne. L'Anglois fit mine de s'accorder, et croire aux raisons des Pères , et dirent au sieur de la Saussaye j 1^ J ^ bien de vostre Jaute de laisser ainsi perdre vos lettres. Et par après firent disnerles dits Pères à leur table.

Angiois of- Il fut parlé de renvoyer lesFrançois en France;

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loupe pour its Diais OU Dc Icur vouloit donner qu uneciialoupe

Frauçois. ^ ^ ■*■

à trente qu'ils estoient, pour aller trouver passage le long des costes. Les Pères leur remonstrèrent qu'il estoit impossible qu'une chaloupe peust suffire à les conduire sans péril. Et alors Argal dit : J'ai trouvé un autre expédient pour les conduire aux J^ irgines. Les artisans, sous promesse qu'on ne les forceroit point au faict de leur religion , et qu'après un an de service on les feroit repasser en France , trois acceptèrent cet offre : aussi le sieur de la Motte avoit dès le commencement consenti de s'en aller à la Virgine,

DE CHA^rlPLATX. l/\l

avec ce capitaine Anglois^ lequel rhonoroitpour l'avoir trouvé faisant son devoir j et lui permit d'amener quelques-uns des siens avec lui et le Père Biart : que quatre qu'ils estoient, sçavoir deux Pères, et deux autres^ fussent conduits aux isles où les Anglois fai^oient la pesche des morues , et qu'il leur mandast que par leur moyen il peust passer en France : ce que le capitaine Anglois lui accorda tiès-volontiers.

De ceste façon , la chaloupe se trouva capable de porter les hommes divisez en trois bandes. Quinze estoient avec le pilote qui s'estoit eschappé y quinze avec l'Anglois, et quinze en la chaloupe accordée , où esioit le père Masse, et fus délivrée entre les mains de la Saussaye , et du mesnie | ère Masse, avec quelques vivres, mais il n'y avoit aucuns mariniers, et de bonne fortune le pilote la rencontra , qui fust un grand bien pour eux, et furent jusque à Sesembre ^ par delà la Ilèvc, où estoit le vaisseau Gravé, et un autre. Ils divisèrent les François en deux François .li-

risez m deux

bandes , pour les repasser en France, et arrive- î^'.'ônrMor ''"['» rentà Sainct Malo , sans avoir couru aucun péril par les tempestes.

Le capitaine Arp^al mena les quinze François LesFrnnçoii

^ ^' *■ iiienfs par Ar-

et les Pères Jésuites aux Virgines, où estants, le^';',/*"^ '^'''^'' chefd'icelle apj elé le Mareschal , conmiandant au pays, menaçoit de faire mourir les Pères, et

M^rescliHl GoiiTemeur de

d'aller ruiner l'Acadie

tous les François : mais Argal se banda contre lui , disant qu'il leur avoit donné sa parole. Et se voyant trop foible pour les soustenir et défendre;, se résolut de monstrer les commissions qu'il avoit dérobées, et le Mareschalles voyants , s'appaisa et promit que la parole qu'on leur avoit donnée leur seroit tenue.

Ce Mareschal fait assembler son conseil , et se TeTr^é^iu résoult d'aller à la coste d'x\cadie ^ et y razer toutes les demeures et forteresses jusque s au quarante-sixième degré, prétendant que tout ce pays lui appartenoit.

Sur ceste résolution du Mareschal, Argal reprend la route avec trois vaisseaux, divise les François en iceux , et retourne à Sainct Sauveur; où croyants y trouver la Saussaye, et un navire nouvellement arrivé , ils sceurent qu'il ^"^'"'' ';;",;; estoit retourné en France. Ils y plantèrent une croix , au lieu de celle que les Pères y avoicnt plantée, qu'ils rompirent; et sur la leur ils escrivirent le nom du roi de la Grande-Bretagne , pour lequel ils prenoient possession de ce lieu.

De là il fut à la saincte Croix, qu'il brusla , osta toutes les marques qui y estoient, et print un morceau du sel qu'il y trouva.

Par après il fut au Port Royal, conduit d'un Sauvage qu'il print par force , les François ne le voulant enseigner ; met pied à terre, entre de-

ppiii I,

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dans, "visite la demeure^ et n'y trouvant personne, prend ce qui y estoit de butin , la fit brusler, et en deux heures le tout fut réduit en ^^i,"'l^ul!,'T cendres, etosta toutes les marques que les François y avoient mises : de sorte que ceux qui y ^ estoient furent contraints d'abandonner ceste demeure, et s'en aller avec les Sauvages.

Un François meschant et desnaturé , crui es- Franroisdes-

•^ ^ i- lojal. qui ca-

toit avec ceux qui s'estoient sauvez dans les bois, '"'"""' ''"*'''' approchant du bord de l'eau, cria tout haut, et demanda à parlementer , ce qui lui fut accordé, et lors il dit : Je jnestonne qu ayant avec vous un Jésuite Espagnol, appelé le père Biart, vous ne le faites mourir comme un meschant hopime j qui vous fera du mal si le laissez faire. Est-il possible que la nation Françoise produise de tels monstres d'hommes détestables, semeurs de faussetez calomnieuses^ pour faire perdre la vie à ces bons Pères?

Les Anglois partent du Port Royal le 9 novembre 161 3 pour retourner aux Virgines. En ce voyage la contrariété des vents et des tem pestes fut telle, que les trois vaisseaux se séparèrent, La barque où estoient six Anglois ne s'est peu recouvrer du depuis ; et le vaisseau du capitaine Argal abordant les Yirgines, qui fit entendre au Mareschal ce qu'estoit le père Biart , qu'il tenoit pour Espagnol , et qui l'attendoit pour le ^;^,;; »'-^" '•'

faire mourir. Il estoit alors au troisiesme vaisseau , oùcommandoit un capitaine nommé Turnel , ennemi mortel des Jésuites j et ce vaisseau fut tellement battu du vent de surouest ^ que ' mettant à contre-bord, il fut contraint de relas-

cheraux Esores, à ciiiqcents lieues des Virgines, où on tua tous les chevaux qui avoient esté pris au Port Royal , qu'ils mang^ërent au défaut d'autres vivres. Enfin il arrivèrent à une isle des Esoce queiAn- rcs , ct alors il dit au Père « Dieu est courroucé **'*•■'■ » contre nous, et nous contre vous, pour Je mal

» que nous vous avons fait souffiir injustement. » Mais je m^estonne comme des François estants » dans les bois, au milieu de tant de misères et » appréhensions , aient fait courir le bruit que » vous estes Espagnol : et Tout non seulement » dit et asseuré , mais l'ont signé ? monsieur (dit &. r.-pou^r. ^, le Père) vous sçavez que pour toutes les calom- » nies et mesdisances, je n'ai jamais mal parlé » de ceux qui m'accusoient, vous estes tesmoin » de la patience que j'ai eue contre tant d'ad- » versitez, mais Dieu cognoist la vérité. Non )) seulement je n'ai jamais esté en Espagne, ni » aucun de mes parents, mais je suis bon et fidèle » François pour le service de Dieu et de mon » roy, et ferai tousjours paroistre, au péril de » ma vie, que c'est à tort que Ton m"a calomnié, ). et que l'on m'appele Espagnol. Dieu leur par-

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» donne, et qu'il lui plaise nous délivrer d'entre » leurs mains, et vous particulièrement, pour » nostre bien , et oublions le passé. »

De là ils vont mouiller l'anchre à la rade de risle du Fayal . qui est une des Esores, et furent contraints d'anchrer en ce port , et cacher les Pères en quelque endroit au fond du vaisseau , et tirèrent parole d'eux qu'ils ne se descouvriroient point j ce qu'ils firent.

La visite du vaisseau fut faite par les Portugais , qui descendirent au bas où les Pères estoient, et qui les voyoient sans faire aucun signe, et néantmoins s'ils se fussent donnez à cognoisire aux Portugais , ils eussent esté aussi tost délivrez, et tous les Angîois pendus : mais ces visiteurs pour ne chercher exactement, ne i-'''^! •' l'I'h^^^^ veirent point les Pères Jésuites, et s'en retournèrent à terre j et ainsi les Angloisfurentdélivrez du hazard qu'ils couroient d'estre pendus, allèrent quérir tout ce qui leur estoit nécessaire, puis levant l'anchre, mettent en mer, et font mille remerciements aux Pères , qu'ils caressent; et n'ayants plus opinion qu'ils fussent Espagnols, les traitent le plus humainement qu'ils peuvent , ^ . admirent leur grande constance et vertu à sonf- '''"' '" ^""* frirles paroles qu'ils avoient dites d'eux, et ne furent que bienveillances et tesmoignages de bonne amitié, jusques à ce qu'ils fussent arrivez

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