TOME I
CoDtinuant nostre routte, je fis rencontre de
deux ou trois Sauvages , qui estoient cabannez
T.ie de St. proche dVne petite isle appelée Sainct Eîoy,
distante de Saincte Marie ^ d'une lieue et demie ,
et là les fusmes recognoistre^ et trouvasmes que
sauT.ges c'estoif; des nations de Sauvages appeliez Ocha-
Ochaleguins et ^ . . - ^ r\ ^
Aigoumequins. teguius et Algoumequius, qui venoienta Ijiiebec pour l'Ous assister aux descouvertures du pays des Hiroquois, contre lesquels ils ont guerre mortelle, n'espargnant aucune chose qui soit à eux.
Après les avoir recognus, je fus à terre pour qui les voir, et m'enquis estoit leur chef. Ils me Leurcbef. dirent qu'il y en avoit deux, l'un appelle Yroqaet, et l'autre Ochasteguin, qu*ils me monstrèrent : et fus en leur cabane, où ils me firent bonne réception , selon leur coustume. Je commençai à leur faire entendre le sujet de mon vovage, dont ils furent fort resjouis- et après plusieurs discours je me retirai. Quelque temps après ils vindrent à ma chaloupe, où ils me firent présent de quelque pelleterie , en me monstrant plusieurs signes de resjouissaace, et de là s'en retournèrent à terre.
, , ^ , Le lendemain , les deux chefs s'en vindrent «r'^auiheuT' me trouver , où ils furent un espace de temps sans dire mot, en songeant et pétunant tousjours. Après avoir bien pensé^ ils commencèrent
à haranguer hautement à tous leurs compagnons qui estoient sur le bord du rivage avec leurs armes en la main, escoutants fort ententivement ce que leurs chefs leur disoient^ sçavoir : Qu'il y avoit près de dix lunes, ainsi qu'ils comptent, que le fils d'Yroquet m'avoit veu, et que je lui avois fait bonne réception, et désirions les assister contre leurs ennemis^ avec lesquels ils avoient dès long temps la guerre, pcu^- beaucoup de cruautez qu'ils avoient exercées contre leur nation, sous prétexte d'amitié j et qu'ayants toujours depuis désiré la vengeance, ils avoient sollicité tous les Sauvages sur le bord de la rivière, de venir à nous , pour faire alliance avec nous, et qu'ils n'avoient iamais veu de Chres- suh pour
' J. o quoi 1I9 le TCu-
tiens, ce qui les avoit aussi meus de nous venir voir, et que d'eux et de leurs compagnons j'en ferois tout ainsi queje voudrois. Qu'ils n'avoient point d'enfants avec eux, mais gens qui sçavoicnt faire la guerre, et pleins de courage, sçachants le pays et les rivières qui sont au pays des Hiroquois, et que maintenant ils me prioient de retourner en nostre habitation pour voir nos maisons : que trois jours après, nous retournerions à la guerre tous ensemble : et que pour signe de grande amitié et resjouissance je fisse tirer des
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mousquets et harquebuses, et qu'ils seroient i'^*^;;/;;;;:,'^^^^^ fort satisfaits : ce que je fis. Ils jetèrent de 11**^^"'*"'''"'
l8o VOYAGES
grands cris avec cstonnement^ et principalement ceux qui jamais n'en avoient ouïs n'y veus. Après les avoir ouïs , je leur fis réponse que , »*»p^|»*'i"''' pour leur plaire^ je désireroisbien m'en retourner à nostre habitation , pour leur donner plus de contentement, et qu'ils pouvoient juger que je n'avois autre intention que d'aller faire la guerre, ne portant avec moi que des armes et non des marchandises pour traiter , comme on leur avait donné à entendre. Que mon désir n'estoit que d'accomplir ce que je leur avois promis : et si j'eusse sceu qu'on leur eust rapporté quelque chose de mal, que je tenois ceux-là pour ennemis plus que les leurs mesmes. Ils me dirent qu'ils n'en croyaient rien , et que jamais ils n'en avoient ouï parler, néanlmoins c'estoit le contraire : car il y avoit quelques Sauvages qui le dirent aux nostres. Je me contentai , attendant l'occasion de leur pouvoir monstrer par effect autre chose qu'ils n'eussent peu espérer de moi.
DE CHAMPLAIN. l8l