‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 41 sur 74 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Retour à Québec , et depuis , conlinaation avec les Sauvi»ges jusques au sault de la rivière des Hiroquois.

Le lendemain, nous pardsmes tous ensemble pour aller à nostre habitation, où ils se resjoulrent cinq ou six jours, qui se passèrent en dances et festins , pour le désir qu'ils avoient que nous fussions à la g^uerre.

Le Pont vint aussitost de Tadoussac avec deux p,^";;t ^^^ petites barques pleines d'hommes , suivant une a lettre où je le priois de venir le plus promptement qu'il lui seroit possible.

Les Sauvages le voyant arriver, se resjouirent encores plus que devant , d'autant que je leur dis qu'il me donnoit de ses gens pour les assister, et que peut-Gstre nous irions ensemble.

Le 28 du mois je partis de Québec pour assister ces Sauvages. Le premier juin arrivasmes à Saincte Croix , distant de Québec de quinze lieues, avec une chaloupe équipée de tout ce qui m'estoit nécessaire.

barques pieiue»

tioiuiiies.

P^rieiacMl de l'Auih d«SaiuC' te Croix.

Je partis deSaincte Croix le 3 dejuinavec tous les Sauvages, et passasmes par les trois rivières , qui est un fort beau pays , rempli de quantité de beaux arbres. De ce lieu à Saincte Croix y a quinze lieues. A l'entrée d'icelle rivière y a six isles^ trois desquelles sont fort petites, et les autres de quinze à seize cents pas de long, qui sont fort plaisantes à voir : et proche du lac Sainct Pierre, faisant environ deux lieues daug la rivière y a un petit sault d'eau , qui n'est pas beaucoup difficile à passer. Ce lieu est par la hauteur de quarante-six degrez quelques minutes moins de latitude. Les Sauvages du pays nous donnèrent à entendre qu'à quelques journées , il y a un lac par où passe la rivière, qui a dix journées, et puis on passe quelques sauts, et après encore trois ou quatre autres lacs de cinq ou six journées : et estants parvenus au bout, ils font quatre ou cinq lieues par terre , et entrent de rechef dans un autre lac, où le Saguenaj prend la meilleure part de sa source. Les Sauvages viennent dudit lieu à Tadoussac. Les trois rivières vont vingt journées des Sauvages j et disent qu'au bout d'icelle rivière il y a des peuples qui sont grands chasseurs, n'ayants de demeure arrestée, et qu'ils voyent la mer du nord en moins de six journées. Ce peu de terre que i'ai veu est sablonneuse, assez eslevée en costeaux,

Lac (le St.

Pif rrc , où est un lieu foi t jisaut.

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chargée de quantité de pins et sapins sur le bord de la rivière : mais entrant dans la terre environ un quart de lieue , les bois y sont très beaux et clairs , et le pays uni .

Continuants nostre route jusques à l'entrée du lac Sainct Pierre, qui est un pays fort plaisant uj et uni, et traversant le lac à deux, trois et quatre brasses d'eau, lequel peut contenir de long huit lieues, et de large quatre. Du costé du nord , nous veisnies une rivière qui est fort agréable , qui va dans les terres cinquante lieues, et l'ai nommée Saincte Suzanne : et du costé du sud il y en a deux , l'une appelée la rivière du Pont, ^J^^l^^Jl et l'autre de Gennes , qui sont très belles , et en "'s" '^^ beau et bon pays. L'eau est presque dormante dans le lac, qui est fort poissonneux. Du costé du nord il paroist des terres à quatorze ou quinze lieues du lac , qui sont un peu montueuses. L'ayant traversé, nous passasmes par un grand nombre d'isies, qui sont de plusieurs grandeurs, où il y a quantité de noyers et vignes; et ds belles prairies , avec force gibbier , et animaux sauvages, qui vont de la grand'terre auxdites isles. La pescherie du poisson y est plus abondante qu'en aucun autre lieu de la rivière qu'eussions veu. De ces isles fusmes à l'entrée de la rivière des Hiroquois , où nous séjournasmes j,J'i;^J;«'''' deux jours, et noiis raffraischismes de bonnes

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venaisons, oiseaux et poissons, que nous donnoient les Sauvag^es, et où. il s'esmeut entre eux quelque différend sur le subject de la p^uerre, qui fust occasion qu'il n'y en eust qu'une partie qui se résolurent de venir avec moi , et les autres s'en retournèrent en leur pays avec leurs femmes et marchandises qu'ils avoient traictées.

Partants de ceste entrée de rivière ( qui a environ quatre à cinq cents pas de large, et est fort belle, courant au sud), nous arrivasmes à un lieu qui est par la hauteur de quarante -cinq devrez de iatitude , à vingt-deux ou vingt-trois lieues des -trois rivières. Toute ceste rivière, depuis son entrée jusques au premier sault, où il y a quinze lieues, est fort platte et environnée de bois, comme sont tous les autres lieux cidessus nommez, et des mesmes espèces. Il y a Pr.n.irr.,.u.i Hcuf OU dix bcUes isles iuscrues au premier sault des Hiroquois, lesquelles tiennent environ lieue OU lieue et demie, remplies de quantité de chesnes et noyers. La rivière tient en des endroits près de denii-lieue de large , qui est fort poissonneuse. rSous ne trouvasmes point moins de quatre pieds d'eau. L'entrée du sault est une manière de lac où l'eau descend , qui contient environ trois lieues de circuit, et y a quelques prairies où il n'y habite aucuns Sauvages , pour le subject des guerres. Il y a fort peu d'eau au

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sauk, qui court d'une grande vistesse^ et quantité de rochers et cailloux , qui font que les Sauvages ne les peuvent surmonter par eau : mais au retour ils les descendent fort bien. Tout ce dit pays est fort uni^ rempli de forests, vignes et noyers. Aucuns chrestiens n'estoient encores parvenus jusques en ce dit lieu ^ que nous ;, qui eusmes assez de peine à monter la rivière à la rame.

Aussitost que je fus arrivé au sault, je prins cinq hommes , et fusmes à terre voir si nous pourrions pjîsser ce lieu^ et fismes environ lieue et demie sans en voir aucune apparence^ sinon une eau courante d'une grande impétuosité, où. d'un costé et d'autre y avait quantité de pierres, qui sont fort dangereuses, et avec peu d'eau. Le sault peut contenir six cents pas de larffe. Et f^om^'^r^ ce

r tu gaiilt cont «DU

voyant qu'il estait impossible de couper les bois et faire un chemin avec si peu d'hommes que j'avais, je me résolus avec le conseil d'un chacun , de faire autre chose que ce que nous nous estions promis , d'autant que les Sauvages m'avaient asseuré que les chemins estaient aisez ; mais nous trouvasmes le contraire, comme j'ai dit ci-dessus, qui fust l'occasion que nous en retournasmes ennostre chaloupe, où j'avais laissé quelques hommes pour la garder^ et donner à entendre aux Sauvages quand ils seraient arri-

Sauvages ar rirez à la cbâ-

vez, que nous estions allez descouvrir le long dudit sanlt.

Après avoir veu ce que désirions de ce lieu , en nous en retournant nous fîsmes rencontre de quelques Sauvages, qui venaient pour descou- .vrir comme nous avions fait, qui nous dirent que tous leurs compagnons estaient arrivez à nostre chaloupe, où nous les trouvasmes fort loupedel'iuth. contents et satisraits de ce que nous allions de la façon sans guide , sinon que par le rapport de ce que plusieurs fois ils nous avaient fait.

Estant de retour , et voyant le peu d'apparence qu'il y avait de passer le sault avec nostre chaloupe, cela m'affligea, et me donna beaucoup de desplaisir de m'en retourner sans avoir veu un grand lac rempli de belles isles , et quantité de beau pays , qui borne le lac où habitent leurs ennemis , comme ils me l'avaient figuré. Apres avoir bien pensé en moi-mesme , je me résolus d'y aller pour accomplir ma promesse , le désir que j'avais , et m'embarquai avec les Sauvages dans leurs canots , et prins avec moi deux hommes de bonne volonté. Car quand ce Se» -eas ne ^^^^ ^ ^^^ cscicut que nos gens veirent que je me délibérai d'aller avec leurs canots, ils saignèrent du nez, ce qui me les fit renvoyer à Tadoussac.

Aussi tost je fus parler aux capitaines des

le reuleot sni-

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Sauvages^ et leur donnai à entendre comme ils ^,,y,\tT^'^\.

T. I . • 1 "5 • laines des San-

nous avaient dit Je contraire de ce que j avois ^age* veu au sault , sçavoir , qu'il estait hors nostre puissance d'y pouvoir passer avec la chaloupe ^ toutesfois que cela ne m'empescherait de les assister comme je leur avois promis. Geste nouvelle les attrista fort , et voulurent prendre une autre résolution : mais je leur dis, et les y sollicitai y qu'ils eussent à continuer leur premier dessein, et que moi troisiesme je m'en irais à la guerre avec eux dans leurs canots, pour leur monstrer que quant à moi je ne voulais man- inesconsoie quer de parole en leur endroit, bien que je fusse seul , et que pour lors je ne voulais forcer personne de mes compagnons de s'embarquer, sinon ceux qui en auraient la volonté, dont j'en avais trouvé deux, que je mènerais avec moi.

Ils furent fort contents de ce que je leur dis, et d'entendre la résolution que j'avais, me promettant tousjours de me faire voir choses belles.

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