‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 45 sur 74 · les Sautagei · texte numérisé non relu

les Sautagei

comme il fut bien embrazé, ils prindrent chacun »'^'''^°'™" un tizon , et faisoient brusler ce pauvre misérable peu à peu pour lui faire souffrir plus de tourments. Ilslelaissoient quelquefois, lui jetant de l'eau sur le dos , puis lui arrachèrent les ongles , et lui mirent du feu sur les extrémitez des doigts et de son membre. Après ils lui escorchèrent le haut de la teste , et lui firent dégoutter dessus certaine gomme toute chaude : puis lui

percèrent les bras près des poignets , et avec des bâtons tiroient les nerfs , et les arrachoient à force : et comme ils voyaient qu'ils ne les pouvoient ravoir, ils les coupoient. Ce pauvre misérable jettoit des cris estranges , et me faisoit pitié de le voir traicter de la façon ; toutesfois il estoit si constant, au'on eust dit qu'il ne sentoit par fois aucune douleur. Ils me sollicitoient fort de prendre du feu pour faire comm.e eux : L'Auiheur mais je leur remonstrois que nous n'usions point

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de ces cruautez , et que nous les faisions mourir tout d'un coup , et que s'ils vouloient que je lui donnasse un coup d'harquebuse , j'en serois content. Ils dirent que non , et qu'il ne sentiroit point de mal. Je m'en allai d'avec eux comme fasché de voir tant de cruautez qu'ils exerçoient sur ce corps. Comme ils veirent que je n'en estois content, ils m'appelèrent, et me dirent que je lui donnasse un coup d'harquebuze : ce que je fis, sans qu'il en veist rien. Après qu'il fut mort, ils ne se contentèrent pas : car ils lui ouvrirent le ventre, et jetèrent ses entrailles dedans le lac, puis lui coupèrent la teste, les bras et les jambes, qu'ils séparèrent d'un costé et d'autre, et réservèrent la peau de la teste , qu'ils avoient escorchée , comme ils avoient fait de tous les autres qu'ils avoient tuez à la charge.

Lw^req"!]'!. Ils firent encore une autre meschanceté, qui

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fust de prendre le cœur, qu'ils coupèrent en plusieurs pièces y et le donnèrent à manger à un sien frère et autres de ses compagnons qui estoîent prisonniers , lesquels en mirent en leur bouche, mais ils ne le voulurent avaler. Quelques Sauvages Algoumeqiiins qui les avoient en garde, le firent recracher à aucuns, et le jetèrent dans l'eau. Yoilà comme ces peuples traittent ceux qu'ils prennent en guerre j et vaudroit mieux pour eux mourir en combattant, ou se faire tuer à la chaude, comme il y en a beaucoup qui font, plustost que de tomber entre les mains de leurs ennemis. Après ceste exécution faite, nous nous mismes en chemin pour nous en retourner avec le reste des prisonniers, qui alloient toujours chantants, sans autre espérance d'estre mieux traittez que l'autre. Estants aux sauts de la rivière des Kiroquois , les Algoumequins s'en retournèrent en leur pays, et aussi ies Ochatequins, avec une partie des prisonniers, fort contents de ce qui s'estoit passé en la guerre, et de ce que librement j'estois allé avec eux. Nous nous départismes donc les uns des autres avec de grandes protestations d'amitié , et me dirent si je ne désirois pas aller en leur pays, pour les assister toujou rs comme frère : je le leur promis, et m'en revins avec les Montagnets.

Après m'estre informé des prisonniers de leurs

rluTeuî* de P^y^? ^^ ^^ ^^ ^^^'^^ pouvoit y en avoir , nous pJoyasmes bagage pour nous en revenir : ce que fismes avec telle diligence, que chacun jour nous faisions vingt-cinq et trente lieues dans leurs canots, qui est l'ordinaire. Comme nous fusmes à l'entrée de la rivière des Hiroquois, il y eut so«?; ^^i quelques Sauvages qui songèrent que leurs ennemis les poursuivoient. Ce songe leur fit aussi tost lever le siège , encores que ceste nuict fust fort mauvaise^ à cause des vents et de la pluie qu'il faisoit, et furent passer la nuict dedans de grands roseaux ^ qui sont dans le lac Sainct Pierre, jusqu'au lendemain. Deux jours après, arrivasmes à nostre habitation, où je leur fis donner du pain, des pois, et des patenostres , qu'ils me demandèrent pour parer la teste de leurs ennemis, pour faire des resjouissances à LAuiheur leur arrivée. Le lendemain je fus avec eux dans

▼eut Toir leurs ^ , rr\ i * 1 ' '

eerémoujes. Icurs cauots a ladoussac , pour voir leurs cérémonies. Approchants de la terre ils prindrent chacun un bâton , où au bout estoient pendues les testes de leurs ennemis , avec ces patenostres, chantants les uns et les autres. Comme ils en furent près , les femmes se despouillèrent toutes nues, et se jetèrent en l'eau, allants au devant des canots pour prendre ces testes, pour après les pendre à leur col, comme une chaisne précieuse. Quelques jours après ils me firent présent

d'une de ces testes ^ et d'une paire d'armes de leuis ennemis, pour les conserver, aiin de les moDStrer au roy : ce que je leur promis , pour leur faire plaisir.

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