‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 50 sur 74 · V.- df i · texte numérisé non relu

V.- df i

e a ijijtier.

pouvoient parvenir jusques à la dite muraille , d'autant que le terroir est de douze pieds eslevé dessus la dite rivière, qui est assez haut. Au milieu du fleuve, il y a une isle d'environ trois quarts de lieue de circuit , capable d'y bastir une bonne et forte ville , et l'ai nommée l'isle de isiP ae Saine 5aincte Héleine. Ce sault descend en manière

te Héleine.

de lac , où il y a deux ou trois isles , et de belles

fait faire" dlul prairies.

lardin. £^^ attcudaut les Sauvages , je fis faire deux

jardins, l'un dans les prairies, et l'autre au bois, que je fis déserter; et le deuxiesme jour de juin, j'y semai quelques graines, qui sortirent toutes en perfection , et en peu de temps, Envoie Sari- qul dcmonstrc la bonté de la terre.

aû^deT.ni de Je mc résolus d'envoyer Savignon nostre Sau-

reus de son J *-'

^"'" vage avec un autre, pour aller au-devant de ceux

de son pays, afin de les faire haster de venir, et se délibérèrent d'aller dans nostre canot, qu'ils doutoient, d'autantqu'il nevalloit pas beaucoup. Le septiesme jour, je fus recognoistre une petite rivière par où vont quelquefois les Sauvages à la guerre, qui se va rendre au sault de la rivière des Hiroquois : elle est fort plaisante, y ayant plus de trois lieues de circuit de prairies, et force terres, qui se peuvent labourer. Elle est à une lieue du grand sault, et lieue et demie de la Place Rovale.

Louis, Franamateur delà chas-

Le neaviesrae jour, nostre Sauvage arriva, Retour d qui fust quelque peu par-delà le lac, qui a environ dix lieues de long^, lequel j'avois veu auparavant, où il ne fit rencontre d'aucune chose, et ne peurent passer plus loin à cause de leur canot qui leur manqua , et furent contraints de s'en revenir. Ils nous rapportèrent que passant le sault , ils veirent une isle , où il y avoit si grande quantité de hérons, que l'air en estoit tout couvert. Il y eut un jeune homme appelé Louis , qui estoit fort amateur de la chasse , le- çoii'?rrt quel, entendant cela, voulut y aller contenter*' sa curiosité, et pria fort instamment nostre dit Sauvage de l'y mener : ce que le Sauvage lui accorda, avec un capitaine sauvage ]\ïontagnet, fort gentil personnage, appelle Outetoucos. Dès le matin, le dit Louis fut appeller les deux Sauvages , pour s'en aller à la dite isle des Hérons. Ils s'embarquèrent dans un canot, et y furent. Geste isle est au milieu du sault, où ils prirent telle quantité de héronneaux^ et autres oiseaux qu'ils voulurent, et se rembarquèrent en leur canot. Outetoucos , contre la volonté de l'autre Sauvage , et de l'instance qu'il peut faire , voulut passer par un endroit fort dangereux, où Teau tomboit près de trois pieds de haut , disant que d'autres fois il y avoit passé, ce qui estoit faux. Il fut long-temps à débattre contre nostre Sau-

vagC;, qui le voulut mener du costé du sud le long de la grand'terre, par où le plus souvent ils ont accoustumé de passer : ce que Outetoucos ne désira , disant qu'il n'y avoit point de danger. Comme nostre Sauvage le veit opiniastre, il condescendit à sa volonté : mais il lui dit qu'à tout le moins ^ on deschargeast le canot d'une partie des oiseaux qui estoient dedans^ d'autant qu'il estoit trop chargé , ou qu'infailliblement ils empliroient d'eau, et se perdroient : ce qu'il ne voulut faire, disant qu'il seroit assez à temps s'ils voyoient qu'il y eust du péril pour eux. Ils se laissèrent donc tomber dans le courant. Lesdeuxsau- Commc ils furcut dans la cheute du sault , 'elTu""""' ^^^ ^û voulurent sortir, et jetter leurs charges, mais il n'estoit plus temps , car la vistesse de l'eau les maistrisoit ainsi qu'elle vouloit, et emplirent aussitost dans les bouillons du sault, qui leur faisoi en t faire mille tours hauts et bas, et ne l'abandonnèrent de long-temps. Enfin la roideur de Teau les lassa de telle façon, que ce pauvre Louis qui nesçavoit aucunement nager, perdit tout jugement, et le canot estant au fond de l'eau . il fut contraint de l'abandonner j et revenant au haut, les deux autres qui le tenoient tousjours ne veirent plus nostre Louis, et ainsi mourut misérablement.

Estants sortis hors dudit sault, ledit Outetou-

d.'ins del

cos estant nud^ et se fiant en son nager , abandonna le canot pour gagner la terre , si que l'eau y courant de grande vistesse, il se noya ; car il estoit si fatigué et rompu de la peine qu'il avoit eue, qu'il estoit impossible qu'il se peust sauver.

Nostre Sauvage Savignon, mieux advisé, tint tousjours fermementle canot, jusques à ce qu'il fût dans un remoul^ où le courant de Teau Favoit porté, et sceut si bien faire, quelque peine et fatigue qu'il eust eue , qu'il vint tout doulcement à terre, où estant arrivé il jetta l'eau du canot, et s'en revint avec grande appréhension qu'on ne se vengeast sur lui, comme ils font entre eux , et nous conta ces tristes nouvelles , qui nous apportèrent du desplaisir.

Lelendemain, ie fus dans un autre canotau- LAuiheurva

** w.ir où lisdeux

dit sault avec le Sauvage et un autre de nos ^^-^l^l]^^^^, gens, pour voir l'endroit où ils s'estoient perdus, et aussi si nous trouverions les corps. Je vous asseure que quand il me monstra le lieu , les cheveux me hérissèrent en la teste, et m'estonnais comme les défuncts avoient esté si hardis et hors de jugement de passer en un endroit si effroyable, pouvant aller ailleurs j car il est impossible d'y passer, pour avoir sept à huict cheutes d'eau , qui descendent de degré en degré, le moindre de trois pieds de haut , où il se faisoit un frein et bouillonnement estrange, et

sesdus.

îx3o VOYAGES

une partie dudit sault estoit toute blanche d'escume, avec un bruit si grand, que Ton eustdit quec'estoit un tonnerre, comme l'air retentissoit du bruit de ces cataractes. Apres avoir veu et considéré particulièrement ce lieu, et cherché le long du rivage lesdits corps, cependant qu'une chaloupe assez légère estoit allée d'un autre costé, nous nous en revinsmes sans rien trouver.

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