‹ Voyages du sieur de Champlain, ou Journal ès découvertes de la Nouvelle FranceChapitre 58 sur 74 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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leurs baDclolières, vingt-quatre piques, quatre harquebuzes à rouet de quatre à cinq pieds , mille livres de pondre fine , mille livres de poudre à canon ^ mille livres de balles pour les pièces 5 six milliers de plomb ^ un poinçon de mesche.

Pour les hommes, une douzaine de faux avec leur manche , marteaux et le reste de réLjuipaf^e, douze faucilles, ving^t-quatre besches pour labourer, douze picqs, quatre mille livres de fer, deux barils d'acier, dix tonneaux de chaulx (Ton n'en avoit encore point trouvé au dit pays comme l'on a fait depuis) , dix milliers de tuille creuse, ou vingt mille de platte, dix milliers de briqne pour faire un four et des cheminées, deux meules de moulin, car il ne s'y en estoit trouvé que depuis trois ans.

Pour le service de la table du chef, trente-six plats, autant d'escuelles et d'assiettes, six salières, six aiguières, deux bassins, six pots de deux pintes chacun, six pintes, six chopines, six demi-septiers, le tout d'estain , deux douzaines de nappes , vingt-quatre douzaines de serviettes.

Pour la cuisine, une douzaine de chaudières de cuivre, six paires de chcsnets, six poisles à frire, six grilles.

Sera aussi porté deux taureaux d'un an , des

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g^enisses et des brebis ce que Ton pourra : de toutes sortes de graines pour semer.

Il y eust bien fallu plusieurs autres conimoditez qui manquoient en ce mémoire : mais ce n'eust pas esté peu, s'il eust esté accompli comme il estoit.

De plus y avoit : celui qui commandera à l'habitation^ se chargera des armes et munitions qui y sont, et de celles qui y seront portées, durant qu'il y demeurera.

Et le commis qui sera à l'habitation pour la traitte des marchandises, se chargera d'icelles, ensemble des meubles et ustensiles qui seront à la compagnie, el de tout il envoiera par les navires un estât , lequel il signera.

Sera aussi porté une douzaine de materas -garnis, comme ceux des familles, qui seront uiis dans le magazin , pour aider aux malades et. blessez.

Il sera besoin aussi que le navire qui pourrai estre acheté pour la compagnie, ou frété, aille à Québec, et qu'il soit porté par la charte partieet selon la facilité qui se trouvera, il faudra aussi faire monter le grand navire de la compagnie.

Fait et arresté par nous sous signez, et promettons accomplir en ce qui sera possible le contenu ci-dessus. En tesmoin de quoi nous

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avons signé ces présentes. A Paris le ai décembre 1629. Ainsi signé, Pierre, Dagiia, Legendre, tant pour lui que pour les VermuJies, Bellois et M. Dustrelot.

Collatiouné à l'original en papier. Ce fait rendu par les notaires sous signez, Tan 1619, le 1 1 jour de janvier. Gderreau. Fourcy.

Je portai cet estât à monsieur de Marillac , pour le faire voir à messieurs du conseil, qui trouvèrent très bon qu'il s'exécutast^ recognoissants la bonne volonté qu'avoient les dits associez de se porter au bien de ceste affaire j et ne voulurent entendre d'autres propositions qui leur estoient faites par ceux de Bretagne, la Rochelle et Sainct Jean de Lus. Quoi que ce soit, ce fut un bruit et une démonstration de bien augmenter la peuplade, qui ne sortit pourtant à nul effect. L'année s'escoula , et ne se fit rien , non plus que la suivante, que l'on recommença k crier et se plaindre de ceste société, qui donnoit des promesses , sans rien effectuer.

Yoilà comme ceste affaire se passa, et sembloit que tous obstacles se meltoientau devant, pour empescherque ce sainct dessein ne réussist à la gloire de Dieu.

Une partie de ces dits associez estoient de la religion prétendue réformée, qui n'avoient rien moins à cœur que la nostre s'y plantast , bien

que

caijsou \c mesde religion en celle

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qu'ils consentoient d'y entretenir des Religieux, parce qu'ils sçavoient que c'estoit la volonté de Sa Majesté. Les Catholiques en estaient très contents; et c'estoit la chambre mi-partie: car au commencement on n'y avoit peu faire davantage, et ne se trouvoit des Catholiques qui voulussent tant hazardcr, qui fit que l'on récent les prétendus réformez , a la charge néanlmoins t^^„,,,^ que l'on n'y feroit nul exercice de leur religion. "

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Ce qui occasionnoit en partie tant de divisions '°^*^ et procez les uns contre les autres, que ce que l'un vouloit, l'autre ne le vouloit pas, vivants ainsi avec une telle mesfiance , que chacun avoit son commis, pour avoir égard à tout ce qui se passeroit, qui n'estoit qu'augmentation de despense. Et de plus, combien ont-ils eu de procez contre les Rochellois, qui n'en vouloient perdre leur part, sous des passe-ports qu'ils obtenoient par surprise, sans rien contribuer? et autres sans

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commission se mettoient en mer a la clesrobee à i. r.ori,. « pour aller voler et piller contre les défenses de p -■o"'""» Sa dite Majesté , et ne pouvoit-on avoir aucune raison ni justice en l'enclos de leur ville: car quand on alloit pour faire quelque exploict de Justice, le Maire disoit : « Je crois ne vous faire i) pas peu de faveur et de courtoisie , en vous » conseillant de ne faire point de bruit, et de » vous retirer au plus tost. Que si le peuple

» sçait que veniez en ce lieu pour exécuter les )) conîmandements de messieurs du Conseil , » vous courez fortune d'estre noyez dans le port » de la Chaisne^ à quoi je ne pourrois remé- » dier. »

Si faut-il que je dise encore , que ce qui sembloit n'estreà leur advantage , l'estoit plus qu'ils ne pensoient ; d'autant que c'est chose certaine, qu'outre le bien spirituel, le temporel s'accroist infiniment par les peuplades, et plus il y a de gens laborieux , plus de commoditez peut-on espérer, lesquels ayant leur nourriture et logement , se plaisent à faire valloir les commoditez qui y sont , et le débit ne se peut faire que par les vaisseaux qui y vont porter des marchandises qui leur sont nécessaires, pour les eschangeren celles du pays : et par ains ceux qui ont les commissions de Sa Majesté, d'aller seuls trafiquer privativement à tous autres avec les François habituez , pour subvenir à la despense qu'ils pourroient avoir faite à y mener des hommes de toutes conditions, avec ce qui leur seroit nécessaire , ils peuvent s'asseurer que pendant le temps de leur commission les habitants de ces lieux seroient contraints et forcez de porter au magazin des associez ce qu'ils pourroient avoir de pelleterie , qui sont de mauvaise garde pour un long-temps, pour les iu-

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convénients qui en peuvent arriver : en les fai- . sant valoir un honneste prix , pour recevoir de France beaucoup de choses qui leur seroicnt nécessaires. Que les vouloir contraindre à ne traiiter avec les Sauvages^ cela leur donnercit tel mescontentement , qu'ils tascheroient à perdre le tout, plustost que les porter au magazin, "comme j'ai veu plusieurs fois. Car à quoi penseroit-on que ces peuples voulussent faire amas de pelleterie que pour leur usage, et traitter le reste pour avoir des commoditez du magazin , dont ils ne peuvent se passer? Au contraire, trafiquant et négociant , en leur laissant la traitte libre, ils prendront courage de travailler, et d'alîer en plusieurs contrées faire ce négoce avec les Sauvages , pour trouver quelque advantage en ce commerce.

Les Associez ayant leur arrest en main , font nouveaux équipages , et aprestent leur vaisseau. Je me mets en estât de partir avec ma famille, L'iu.heur^e

. joint en rompa.

et leur rais sçavoir, lesquels entrent en doute: ^;;';^p°!.'' •'"''■ néantmoins ils me mandent qu'ils me feront bonne réception^, et qu'ils avoient advisé entre eux que le Sieur du Pont , devoit demeurer pour commandera l'habitation sur leurs gejis , et moy à m'employer aux descouvertes, comme estant de mon fait, et à quoi je m'estois obligé. Cestoit en un mot , qu'ils pensoient avoir le gouver-

nenieiit à eux seuls, et faire là comme une Ré- T>e«rindeia piiblicfue à IciiT fantaislc, et se servir des Com-

roinpngnie à

«en fif judice. niissiotts clc sa Majesté pour effectuer leurs passions, sans qu'il y eût personne qui les peust controller, pour tousjours tirer le bon bout devers eux , sans y rien adjop.ster, s'ils n'estoient bien pressez. Ils n^ont plus affaire de personne , et tout ce que j'avois fait pour eux n'entre point en considération. Je suis honneste homme , mais je ne dépends pas d'eux. Ils ne considèrent plus leurs articles , et à quoi ils s'estoient obligez tant envers le Roy , qu'envers Monseigneur le Prince, et moy. Ils n'estiment rien leurs contracts et promesses qu'ils avoient faites sous leur seing, et sont sur le haut du pavé. Je ne sçais pas en fin ce qui en sera , mais je sçais bien qu'ils n'avoient point de raison, ni de justice de plaider contre leur seing. Tout ceci s'esmouvoit à la sollicitation de Bover, qui dans le tracas vivoit des chicaneries qu'il exerçoit : car s'il despensoit un sol , il en comptoit pour le moins quatre à chacun, ainsi que j'ai ouï dire depuis.

Voyant ce qu'ils m'avoient mande, je leur

escrivis, et m'achemine à Rouen avec tout mon

LAutheur équipagc. Je leur monstre les articles, et comme

F-s»- Lieutenant de Monseigneur le Prmce , que j a-

vois droict de commander en l'habitation , et à tous les hommes qui y seroient , fors et excepté

au magazin où estoitl^ur premier Commis, qui demenroit pour mon Lieutenant en mon absence. Que pour les desco u vertes , ce n'estoit pointa eux de me donner la loy : quejelesfaisois^ quand je voyois l'occurrence des temps propres à cet eifect, comme j'a vois fait par le passé. Que je n'estois pas obligé à plus que ce que les articles portoient, qui ne disoient rien de tout cela. Que pour le Sieur du Pont j'estois son ami, et que son aage me le feroit respecter comme mon père : mais de consentir qu'on lui donnast ce qui m'appartenoit par droict et raison, je ne le souffrirois point. Que les peines, risques , et fortunes de la vie que j'avois courus aux descouvertes des terres et peuples amenez à nostre cognoissance, dont ils en recevoient le bien, m'avoient acquis l'honneur que je possédois. Que le Sieur du Pont et moy ayant vescu par le passé en bonne amitié , jedésirois y persévérer. Que je n'entendois point faire le voyage qu'avec la mesme auctorité que j'avois eue auparavant : autrement , que je protestois tous despens , dommages et intérêts contre eux à cause de mon retardement. Et sur cela, je leur présentai ceste lettre de Sa Majesté.

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