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Voyages en Amérique

du Mexique; le détroit appelé llouche-dit- Dragon, qui joint l'océan Atlantique au golfe colombien de Paria ; le fameux détroit de Magellan, un des plus longs que l’on connaisse, et qui, entre la Patagonie et la Terrede-Feu, joint l'océan Atlantique ù l'océan Pacifique; le détroit de Le Maire, entre la Terre-de-Fcu et la Terrc-des-Elats, passage ordinaire pour aller de l'Atlantique au Grand-Océan et en revenir; le détroit de la Nouvelle-Géorgie sur la côte nord-ouest, entre le continent cl la terre de Quadra et Vancouver, lequel détroit, comme celui de Messier dans l’archipel Campana en Patagonie , est un des plus longs du globe ; enfin le détroit de Behring, qui sépare l'Amérique de l'Asie, et fait communiquer le Grand-Océan avec l'océan arctique.

L’Amérique offre un grand nombre de caps ; nous ne citerons que les plus remarquables. Sur l'océan Atlantique on trouve le cap Nord, en Islande, presque sous le cercle polaire ; le cap Farewel), extrémité méridionale du Groenland ; le cap Charles dans le Labrador; le cap Frio dans la province brésilienne de Rio-Janeiro; les caps Santa-Maria et San-Antonio, à l'embouchure du ltio de la Plata; les caps des Vierges et de Espirilu-Santo, à l’entrée orientale du détroit de Magellan ; le cap Frowaid sur le môme détroit, extrémité méridionale du môme continent, tandis que sur l'océan austral le cap Horn est P extrémité méridionale de la Terre-de-Feu.

Les presqu'îles de l’Amérique se trouvent généralement dans le massif du nord, entre autres la presqu’île Melleville, la plus septentrionale de cette partie du monde; la presqu'île de Californie, dans la partie occidentale de la confédération mexicaine; les péninsules des Tchougaches, d'Alaska et des Tchoulkchis, dans l’Amérique russe, vers le détroit de Behring. L'Amérique méridionale n’a que de petites péninsules , dont deux à l’entrée du golfe de Maracaibo, et plusieurs vers le détroit de Magellan.

Pour ce qui est des lacs, l’Amérique en présente un très grand nombre, surtout dans la partie septentrionale. Le bassin du Saint-Laurent offre une série de lacs, savoir: le lac Supérieur, le Michigan, l’Erié, l'Ontario, le Champlain, que l’on pourrait appeler une mer d’eau douce, car c’est la plus vaste masse d'eau douce qui existe sur la surface du globe ; aussi quelques géographes la nomment -ils la mer du Canada. Dans l’Amérique anglaise du nord il y a le lac Winnipeg, un des plus grands de ces contrées. Le bassin de Mackenzie offre les trois grands lacs Atapeskow ou des Montagnes, de l'Esclave >t du Grand-Ours. Le délia du Mississipi montre le lac Pontchartrain, le bassin du Rio-Grande, le grand lac de Chapala. Le territoire mexicain a beaucoup de lacs plus ou moins importants. L'Amérique centrale ou Guatemala compte le lac JVjCt'îràgua ; et le Pérou, dans l’Amérique du sud, [ejftc Titicaca, plus élevé que le pic de Ténériffe, et tvironné de montagnes d’une hauteur prodigieuse, e vaste bassin du Rio de la Plata offre le long du aut-Paraguay le grand lac Temporaire des Xarayes, ont les bords, dans la saison des pluies, s'étendent ur les deux rives du fleuve, à quelques centaines de ailles sur les territoires brésilien et bolivien ; c’est une orle de marais , mais un des plus considérables de l’Amérique.

Ainsi que nous l’avons dit, l’Amérique laisse entre ses montagnes des plaines immenses et basses, et des plateaux très étendus : c’est dans le vaste bassin du Mississipi que se montrent les terrains unis désignés sous le nom de savanes ou de prairies. L’espace énorme qui s’étend depuis l’embouchure du fleuve Mackenzie jusqu’au-delà du delta du Mississipi, et entre la chaîne centrale du système missouri-mexicain et la chaîne principale du système alléghanien, forme la plus vaste plaine du globe; elle embrasse les bassins du Mississipi, du Saint-Laurent, du Nelson, du Curchill, presque tout le bassin du Missouri, la presque totalité des bassins du Saskatchavvan et du Mackenzie, et tout

celui du Coppermine. Dans l'Amérique du sud sont des plaines analogues nommées llanos, et traversées par i'Orénoque et l’Amazone, ou pampas, autres steppes entre Bucnos-Ayres , la Palagonie et la chaîne des Andes. La plaine de l’Amazone comprend toute la partie centrale de l’Amérique du sud, étendant son domaine sur plus de la moitié de l’empire du Brésil et sur le sud-ouest de la Colombie, sur la partie orientale de.ia répûjblique du Pérou et sur la partie septentrionale'dc hprépublique de Bolivia. La plaine du Rio de la PlKia sfetend entre les Andes et leurs branches principales; elle embrasse le sud-ouest du Brésil, le direclorat du Paraguay et la plus grande partie de la confédération du Rio de la Plala. Les llanos comprennent proprement la Nouvelle-Grenade et le Venezuela dans la Colombie. La plaine du Mississipi-Mackenzie nourrit à l’une des extrémités de ses bambousacéesetdes palmiers, tandis qu’à l’autre, pendant une grande partie de l’année, elle est couverte de glaces et de neiges. La plaine de l'Amazone, ayant un climat chaud et humide, présente dans ses immenses forèls une force do végétation prodigieuse. La plaine de I’Orénoque et celle du Rio de la Plata manquent d'arbres, mais offrent d'innombrables graminées; en d’autres termes, le sol brûlant des llanos est tantôt nu comme le désert de la Libye, tantôt couvert d’un lapis de verdure comme les steppes dé la Haute-Asie; au sud une forêt immense se prolonge jusqu’au-delà du fleuve des Amazones.

L’Amérique a plusieurs déserts qu’on peut comparer à ceux de l’Afrique et de l’Asie pour l’aridité de leur sol et pour le sable qui les recouvre; mais ils sont loin d’avoir la môme étendue. Les plus remarquables sont: le désert d’Alacama, renfermant la bande étroite du pays que la république de Bolivie possède sur le Grand- Océan; le désert de Pernambuco, qui s’étend sur une parlie du plateau du nord-est du Brésil : c’est le plus grand désert américain.

La configuration de l’Amérique, la disposition de ses vastes chaînes de montagnes et de ses plaines immenses influent considérablement sur sa température. Placé comme une longue langue de terre entre deux océans, et longeant à peu près à distance égale, d'un côté l’Afrique et l’Europe dont l'océan Atlantique le sépare, et de l’autre côté toute l’Asie et les îles de la mer Pacifique, le nouveau continent a une température de près de dix degrés plus basse qu’aux lieux situés sous les mêmes latitudes dans les autres parties du monde : cela vient d’abord de ses nombreuses chaînes de montagnes, dont les Andes aux cimes couvertes de neiges perpétuelles, même sous la zone torride, forment la base ; cela déni ensuite à son peu de largeur, car l’Amérique a sa surface princ/paj.ement disposée en longueur; cela tient en outre à ses" nombreuses rivières de même qu’à ses forêts impénétrables. Toules ces causes produisent dans les parties basses de J’Amérique un climat qui contraste singulièrement par sa fraîcheur et son humidité avec celui de l’Afrique; c’est à elles seules qu’il faut attribuer celte végétation si forte, si abondante, si riche en sucs, et ce feuilla e srépais qui forment les caractères particuliers du nouveau continent.

Le Nouveau-Monde, plus favorisé à certain égards que l’Ancien, par la variété ou la richesse de ses montagnes, par l’amplitude ou l’étendue de ses cours d'eau, l’est moins sous d’autres aspects, et par exemple, à cause de ses volcans ou de ses tremblements de terre, surtout dans les régions équatoriales. Ces tremblements de terre renversent, détruisent de fond en comble les villes et les populations, en ne laissant plus que des débris ou des cendres dans les lieux où l'industrie humaine avait développé toute sa puissance. Presque tous les volcans américains aujourd hui enflammés se trouvent sur le flanc occidental de la chaîne des montagnes de l’Amérique du sud et de l’Amérique du nord. On n’en voit sur aucun point de la côte orientale, si ce n'est trois petites éruptions à l’est des Andes propres, et que le savant Humboldt attribue aux actions latérales

HISTOIRE DES VOYAGES

des volcans de Popayan et de Pasto, vers les Provinces-Unies de l’Amérique centrale. Sur la côte nordouest on cite principalement le volcan du mont Saint- Elie; au Mexique, on remarque le volcan de la Puebla ; en Guatemala, le groupe de Popayan ; en Colombie. le groupe de Quito ; au Pérou, l’Arequina ; au Chili, seize volcans, et trois aux Antilles

Ce n'est pas toutefois que ces tremblemenlgjJg^ terre endent stériles les contrées où ils se manifestent'} la nature semble vouloir aussitôt réparer d une main |le mal qu’elle vient de faire de l’autre; souvent même/èn ouvrant les entrailles de la terre, elle révèle de nouveaux trésors. Au surplus, les productions naturelles de l’Amérique sont assez renommées; aucune contrée ne possède d'aussi riches mines d’or et d’argent, si l'on excepte peut-être la Chine et le Japon. L’arbre du quinquina croît sur le liane des Andes près de la ligne équinoxiale, à côté de ce précieux tubercule qui de l’Amérique est venu comme une autre manne consoler l’indigence des peuples de la vieille Europe. D’autres végétaux servent encore à nos besoins, comme l'ipécacuanba, l’arowrout, la salsepareille, la vanille, le cacao, le bois de campêche, l’indigo, le tabac, le cotonnier, la canne à sucre et le café. On a dû admirer les pins superbes qui bordent le fleuve Colombia et qui atteignent jusqu’à trois cents pieds de hauteur ; on a de même admiré les platanes de l’Ohio qui ont jusqu’à cinquante pieds de circonférence.

Dans le règne animal, le nouveau continent nous a offert d’innombrables troupeaux de chevaux ou de bœufs sauvages, des tapirs, des castors , des légions d’oiseaux parmi lesquels brillent l’oiseau - mouche et le colibri, le kamichi, le yals, curieux par sa voix retentissante et par ses armes redoutables; lejabiru, destructeur des reptiles ; le condor, espèce d’aigle des Andes; l’aigle-chauve, qui habite les deux Amériques sous toutes les latitudes, pour vivre aux dépens des habitants des eaux comme de ceux de la terre; l’agami, le moqueur et quelques autres. Le serpent à sonnettes est commun dans les deux Amériques entre les deux tropiques , et les rivières sont remplies de caïmans et de crocodiles. On trouve aussi en Amérique, notamment dans l’Amérique centrale , la cochenille, insecte si précieux, à cause de la belle couleur qu’il donne pour la teinture.

Quand les Européens eurent mis le pied sur le sol du nouveau continent, et qu’ils en aperçurent les habitants, ils leur donnèrent le nom général d’indiens, parce qu’ils se croyaient aux extrémités orientales, dg j’Inde : ce nom est demeuré aux indigèftSïdêfce contient, mais aujourdhinjes^^atslndiens ne se rencoli^rent plu^gjJterëque dans les forêts, qui leur ont servPHe refuge contre les atrocités des premiers Espagnols. Dans les régions équatoriales il s’est formé, de l’union des nègres d’Afrique avec les blancs, une race nouvelle qui a reçu le nom de mulâtres, pendant que l'union des indigènes américains et des Européens produisait les créoles.

En général les indigènes américains sont bien constitués, ont le teint d’un rouge cuivré, la chevelure noire , longue et peu fournie , la barbe rare et semée par bouquets, le front court, les yeux allongés, les sourcils éminents, les pommettes saillantes, le nez un peu camus , les lèvres étendues, les dents serrées et aiguës, l’expression du visage naturellement douce, la tête carrée, la face large sans être plate , mais s'amincissant vers le menton, la poitrine haute, les cuisses grosses, les jambes arquées, le pied grand , tout le corps trapu , avec l’os frontal très déprimé en arrière et le crâne ordinairement léger. Tels sont à peu près les traits physiques et généraux des indigènes américains. 11 y a une exception à faire pour deux nations qui vivent aux deux extrémités opposées de ce continent, savoir : les Esquimaux et les Palagons. Les premiers, qui habitent au milieu des glaces vers le pôle arctique, semblent offrir le plus bas degré de l’échelle humaine, pour la taille du moins, car elle est

encore au-dessous des Lapons; au contraire, les Patagons , et leurs voisins les Puelches , se distinguent par une haute stature, sans qu’elle atteigne toutefois les gigantesques proportions que les premiers navi. gateurs avaient données aux habitants des côtes magellaniques.

Une autre distinction doit être faite encore , c'est celle de la couleur. Quelques indigènes, comme les Caraïbes, sont rouges; le coloris des indigènes du Brésil et de la Californie est foncé; celui des Mexicains est plus basané que celui des habitants de la Colombie; les peuples du Rio-Negro sont plus basanés que ceux de l’Orénoque ; ceux du Rio-Gila sont plus bruns que ceux du Guatemala; aux sources de l’Orénoque on aperçoit des tribus blanchâtres au milieu de peuplades noirâtres; les Indiens des plateaux les plus élevés de la Cordillière des Andes ont le teint aussi cuivré que ceux des plaines brûlantes de l’équateur. Partout on s’aperçoit que la couleur d’un Américain dépend très peu de la position locale dans laquelle il vit.

Les Européens, en étendant leurs conquêtes sur les deux Amériques, y ont en même temps apporté et élendu leurs langues; et comme les trois nations dont les conquêtes ont eu en Amérique le plus de développement sont les Espagnols, les Portugais et les Anglais, il en est résulté que les langues de ces trois nations sont devenues dominantes parmi les peuples du nouvel hémisphère ; l’anglais et l'espagnol se parlent le plus généralement dans l’Amérique du nord, c’est-à-dire l’anglais aux Etats-Unis , et l'espagnol au Mexique; l’espagnol et le portugais se partagent presque entièrement 1 Amérique du sud, c'est-à-dire que l'espagnol est la langue dominante en Colombie , au Pérou, au Chili et dans la république Argentine, tandis que le portugais est pour ainsi dire universel au Brésil.

On peut admettre qu’en général , dans l’Amérique continentale et insulaire, peuplée d’environ cinquante millions d'habitants, il y a sur six millions quatre cent trente-trois mille noirs, plus de 45/100 qui parlent anglais, plus de 1 0/100 qui parlent portugais, et plus de 14/100 qui parlent la langue française.

Sous le rapport des religions, l’Amérique est généralement chrétienne; elle compte environ vingt-cinq millions de catholiques romains , et seize millions de protestants; le reste de la population professe divers autres cultes qui se rapprochent plus ou moins du christianisme , car il n’existe plus qu un très petit nombre (l’idolâtres. L’illustre de Humboldt avait trouvé que l’Amérique espagnole, en 1823 , tant au-delà qu’en deçà de l’isthme de Panama , réunissait quinze millions neuf cent quatre-vingt-çjnq mille catholiques ro mains, dont deux millions neuf cenc trente-sept mille blancs, sept millions cinq cent trente miile indiens cinq millions cent dix huit mille mixtes et nègres que l’Amérique portugaise avait quatre millions de catholiques ; les Etats-Unis, le Canada et la Guiane française environ cinq cent trente-sept mille; et les Antilles françaises, avec Haïti, Cuba et Porto-Rico , un million neuf cent soixante-quatre mille. Le même savant faisait concourir au protestantisme, savoir : d° les Etats-Unis de l’Amérique du nord pour dix millions deux cent quatre-vingt-quinze mille, et il y en a aujourd'hui plus de quinze millions ; 2» le Canada anglais, la Nouvelle-Ecosse et le Labrador pour deux cent soixante mille ; 3° la Guiane anglaise et hollandaise pour deux cent vingt mille; 4° les Antilles anglaises pour sept cent soixante-dix-sept mille ; 5° les Antilles hollandaises, danoises, etc., pour quatrevingt-quatre mille.

Suivant les documents ou observations des voyageurs, le nombre des protestants dans toute l’Amérique continentale et insulaire, depuis l'extrémité méridionale du Chili jusqu’au Goënland, est à celui des catholiques romains comme un est à deux. Les Indiens indépendants, qui n’appartiennent directement

CHRISTOPHE COLOMB

ou immédiatement à aucune communauté chrétienne, ^ sont à la population chrétienne comme un est à quarante-deux. La population protestante du nouveau continent paraît s’accroître plus rapidement que la population catholique, cl il est présumable que, eu egard aux progrès de la civilisation, avant un demisiècle le cuite purement évangélique aura encore, par son extension , modifié considérablement ce terme de comparaison.

Les peuples américains sont gouvernés aujourd'hui par des institutions généralement démocratiques. Il y a soixante-dix ans qu’une grande portion de l’Amérique septentrionale, alors depuis pins de deux siècles colonie britannique, secoua le joug de l'Angleterre et se constitua en république fédérative sous le titre d'Etats-luis. Il y a trente ans que le Mexique avec le Guatemala, qui dépendent de l’Amérique septentrionale, et toute l’Amérique méridionale, sont en jouissance également de leur indépendance la plus complète. Les Nord Américains ayant l’ait les premiers pas dans un ordre politique mieux approprié à leurs Desoins et à leurs goûts, et ayant empreint leur marche d'une sagesse et d’une maturité qu’ils devaient à la vieille Europe , les Sud-Américains les ont généralement pris pour modèles, et leurs républiques se sont organisées d'après les mêmes bases. Aussi , à quelques différences de formes près, tous les nouveaux Etals ont adopté le principe de la souveraineté du peuple, la représentation nationale et la distinction des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Après ces généralités qui s’appliquent à l'ensemble du continent américain ou qui sont communes à plusieurs de ses parties à la fois, nous allons ajouter les généralités relatives à chacun des deux massifs américains , en commençant par celui de l’Amérique septentrionale.

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