‹ Voyages en AmériqueChapitre 30 sur 65 · III.- Pa*U, — , lmp. Làcop» et C*. rue Soufûot · texte numérisé non relu

III.- Pa*U, — , lmp. Làcop» et C*. rue Soufûot

menls frais et de soupes conservées dans des caisses de fer-blanc, d’essence de drèche et de houblon, et d’autres provisions extraordinaires appropriées aux climats froids et à un si long voyage. Les vaisseaux étaient entièrement lestés avec du charbon. On délivra une grande quantité de vêtements chauds, et entre autres, à chaque officier et à chaque homme, une couverture de peau de loup, et d'une étoffe pareille à celle dont on couvre ordinairement les charrettes, pour se faire une espèce de tente à bord. On se munit de diverses sortes de présents pour s’assurer l’amitié des naturels, et l’on plaça, à bord de chaque bâtiment, nombre d’instruments précieux d’astronomie et de physique. Dans les instructions officielles de l'amirauté , les vaisseaux eurent l’ordre de se diriger principalement à l’entrée du détroit de Davis ; et, si la glace le permettait, ils devaient essayer d'explorer le fond de la baie de sir James Lancaster, puis, s'il était possible, la traverser pour passer dans le détroit de Behring : c'était 1 hypothèse la plus favorable. D’autres instructions furent données pour le cas où la roule que l’on vient de tracer se trouverait impraticable. Si l’expédition réussissait à traverser le détroit de Behring, elle devait aller droit au Kamtschatka, et faire passer des duplicatas de tous les journaux, par l’intermédiaire du gouverneur russe à Saint-Pétersbourg, pour de là être portés à Londres. Alors l’expédition devait se diriger vers les îles Sandwich ou Canton pour s’y refaire, et enfin revenir sans perdre de temps en Angleterre. On lui enjoignit de se tenir en bonne intelligence avec

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tous les Esquimaux ou les Indiens qu’elle pourrait rencontrer, et on laissa au jugement du lieutenant Parry le soin de décider, sur les lieux mômes, de l'opportunité d’hiverner sur la côte d’Amérique, pour donner suite, dans le cours de l’antre année, à ses opérations. Après avoir passé la latitude de 65° nord, il devait, de temps en temps, jeter à la mer une bouteille bien cachetée, constatant la date et la hauteur à laquelle elle fut lancée. Toutes les fois que les vaisseaux aborderaient sur la côte septentrionale de l’Amérique Septentrionale, on devait dresser une perche ayant un pavillon, et y enterrer au pied une bouteille contenant un résumé des opérations etdes intentions du lieutenant Parry, pour l’instruction du lieutenant Franklin qui avait été envoyé par terre, afin d’explorer celle côte à partir de l’embouchure de la rivière Coppermine, de Hearne.

Avant de commencer la narration, il peut être bon de faire remarquer que la recherche d’un passage au nord-ouest de l’Allan tique à la mer du Sud, commencée sous Henri VII. fut chaudement encouragée et protégée par Elisabeth, et n’a jamais été entièrement mise de côté sous les règnes suivants : si l’expédition n’a pas complètement atteint son but, cependant on ne pourra jamais voir sans orgueil que l'honneur de la découverte d’un passage libre, de la baie de Baffin dans la mer polaire, était réservé à la marine britannique.

Suivant les instructions officielles, les intérêts de la science ne devaient pas être négligés ; et parmi plusieurs faits importants on peut citer, comme un des plus curieux , celui qui paraît démontrer que le pôle n’est pas le point le plus froid de l’hémisphère arctique, et que le lieu où l’expédition passa l’hiver est un des lieux les plus froids qui soient sur le globe. La position du pôle magnétique, si elle n’a pas été précisément déterminée, doit, selon toute apparence, se trouver environ par les 72° de latitude et 100 de longitude ouest.

Départ. On double la pointe septentrionale des Orcades. Vue

du cap Farewelt. Entrée dans le détroit de Davis. On remonte le détroit. Passage à la côte ouest à travers les

glaces. Arrivée au large de la baie de la Possession,

Au commencement de mai 1819, l'Hécla. et le Griper descendirent la rivière, remorqués par le bateau à vapeur l'Eclipse, et les deux bâtiments jetèrent l’ancre à la Nore. Le Griper, étant moins bon voilier, fut de temps à autre remorqué par l'Hécla, et ils doublèrent la pointe septentrionale des Orcades, à la distance de deux milles et demi, le 20 du même mois. Les plus expérimentés des maîtres de la navigation du Groenland recommandent de traverser l’Atlantique jusqu’au détroit de Davis, par le parallèle de 57 et demi ou 58° , et je dirigeai notre course en conséquence. Le 30, à midi, nous commençâmes à passer sur l'espace qui est désigné comme étant la terre submergée de Bass sur les cartes d’Angleterre au Groënland.

Jusqu'au 15 juin, nous eûmes ensuite de mauvais temps qui nous retardèrent beaucoup; mais le 15, une brise s’éleva dans l’est, et à midi nous vîmes à l'improviste la terre à une grande distance tout-à-fait dans le nord, et ce ne pouvait être autre chose que le cap Farewell. Cela concorde avec l’observation que font ordinairement les baleiniers, qu’ils voient toujours ce promontoire plus tôt qu’ils n’y comptent, quand ils viennent de l’est, et celte circonstance doit s’expliquer par l’effet d'un courant qui porte à l’ouest. Nous devions en être à quarante lieues au moins : il n’est nullement impossible que la terre escarpée du Groënland soit visible à une aussi grande distance; et il est bon d’observer que le ciel, en ce moment, était précisément dans l’état le plus favorable pour voir dans un grand éloignement, c’est-à-dire un peu avant ou après de la pluie , et quand l’humidité de l’atmosphère en accroît la transparence.

Le 18, de bonne heure au matin , allant au nord,

nous tombâmes dans le premier courant de glace que nous eussions encore rencontré, et bientôt après nous vîmes plusieurs montagnes de glace. Au point du jour l’eau avait changé de couleur pour prendre une teinte brunâtre. Nous eûmes occasion de remarquer la même chose en 1818, en entrant dans le détroit de Davis, quand aucune différence n’était sensible dans la température. Nous traversâmes le courant de glace dans une partie étroite, et au-delà nous trouvâmes la glace en ama? serrés. Les oiseaux étaient plus nombreux que d’ordinaire; et outre les pélrels-fulmars , les boatswains et les kidiwakes, nous vîmes pour la première fois quelques rotchis, des dovekies ou guillemots noirs, et des terns, les derniers, mieux connus des matelots sous le nom à' hirondelle du Groënland.

Le 21 et le 22, nous fîmes route vers I’ouest-nordouest dans une mer libre, et le 22, à midi, nous étions par 64o 43’ 9” de latitude et 66° 38’ 25” de longitude.

Le 24, nous nous dirigeâmes, autant qu’un léger vent le permettait, de manière à approcher de la terre à l’ouest, comme le prescrivaient les instructions.

Le 25, le temps étant presque calme, tous les bateaux furent envoyés à l’avant pour touerles vaisseaux vers l’ouest à travers la glace. Elle resta assez navigable jusqu'à quatre heures, quand une brise, fraîchissant de l’est, resserra la glace si rapidement, que nous eûmes à peine le temps de hisser les chaloupes avant que les vaisseaux fussent irrémissiblemenl pris. Le 26, nous étions par les 63° 59’ 29” de latitude, et 6<> 48’ 7” de longitude.

Le 4 juillet, à quatre heuresdu malin, nous entrâmes dans une grande quantité de glaçons flottants, avec l'espérance de les traverser, mais nous y étions à peine qu’une légère brise du sud cessa, et le calme se déclara, de façon que le vaisseau fut pendant quelque temps à la merci des vagues qui nous poussaient rapidement vers les montagnes. Tous les bateaux allèrent à l’avant, et l’on fit un signal au Griper pour qu’il n’entrât pas dans la glace. Après deux heures d’un rude travail nous réussîmes à remettre I Hécla dans la mer libre, et assez loin des montagnes qu'il est très périlleux d’approcher, quand la mer est grosse. A midi, nous étions par 66° 50’ 47” de latitude, et 57<> 7\56” de longitude, par conséquent, au milieu de la partie la plus resserrée du détroit de Davis qui, là, n'a pas plus de cinquante lieues en travets.

Le 5, il fut nécessaire de traverser quelques courants de glace très pressés, afin d’éviter la perle c!e temps en les doublant vers l’est, et le 6, ayant vu un troupeau de chevaux de mer sur un glaçon, nous réussîmes à en tuer un. Ces animaux sont ordinairement entassés comme des cochons d’Inde, les uns sur les autres, et sont d’une familiarité si stupide, qu’ils laissent un bateau approcher d'eux à quelques pas sans bouger. Quand enfin ils sont dérangés, ils se jettent à la mer dans une extrême confusion. 11 peut être bon de rapporter, comme preuve de la ténacité de vie du walrus, que l’animal que nous avons tué lutta violemment pendant dix minutes après avoir été atteint, et tira le vaisseau à la remorque l’espace de vingt ou trente pas, après quoi le fer du harpon rompit, et cependant l’examen fit découvrir que le dard de fer avait percé de part en part les deux oreillettes du cœur. On mit une grande quantité de sa graisse dans des caisses, pour suppléer à l’huile pendant l’hiver.

Le 16, nous passâmes près du Brunswick, baleinier de Huit qui allait au sud. Le maître apprit au lieutenant Liddon qu'il avait laissé, le lf, une flotte considérable de bâtiments pêcheurs, vers les 74° où ils étaient dans l’impossibilité de pousser plus loin au nord. Nous avions été arrêtés de la même manière et à la même hauteur, dans le voyage de 1818, ce qui rend probable qu’à cette époque de tannée, le même obstacle doit se rencontrer par cette latitude. L’expérience annuelle des baleiniers a, en effet, démontré que la facilité avec laquelle un vaisseau peut faire voile dans le détroit de Davis dépend entièrement de l’époque de

l'ARRY.

l'année à laquelle a lien la tenlalive. Pendant la première quinzaine de juin, il est rarement possible d'aller de beaucoup au-delà de l’île de Uiseo, ou des 69— 70o de latitude. Vers le G&) de ce mois, les vaisseaux s'élèvent généralement jusqu’à cette grande ouverture connue sous le nom de Baie nord-est, et à la fin de juin, la glace leur permet, non toutefois sans de grands efforts, de pénétrer jusqu’aux trois îles de Baffin, qui sont précisément au-delà des 74° de latitude. Depuis ce moment jusqu’à la fin d'août, la glace présente de jour en jour des obstacles moindres, de sorte que, si l’on n’a d’autre objet que de monter aussi haut que possible dans la baie de Baffin, sans avoir en vue la capture des baleines, il y a toute raison de croire qu’un bâtiment, entrant le 1er juillet dans le détroit de Davis, peut gagner la latitude de 74 ou 75°, sans éprouver aucun retard du fait des glaces, et peut-être môme sans voir terre jusqu'à ce qu'il touche à des latitudes élevées.

Le 17, nous étant serrés près d'un petit 'champ de glace jusqu’à ce que le temps s'éclaircît, nous y fîmes notre provision d’eau : pendant les mois d’été on en trouve en abondance dans les creux des champs et des montagnes de g'ace. Le brouillard se dissipa dans la soirée : nous reconnûmes alors que nous ne pouvions avancer davantage à travers la glace. Nous fûmes donc obligés de retoui lier à l’est, de peur qu’un changement de vent surprît les' vaisseaux et ne les emprisonnât dans la situation actuelle. Nous fîmes, toutefois, avant de virer de bord, quelques observations sur la glace pour reconnaître la variation et la déclinaison de l’aiguille aimantée. La première était 80° 55’ 27” ouest, et la dernière de 84» 14' 9”.

Le 18, nous fûmes retardés par un épais brouillard et un courant de glace que nous mîmes cinq heures à traverser. Dans la matinée du 29, le temps s'étant éclairci, nous découvrîmes la terre nommée par Davis Hope-Sanderson et les lies des Femmes, et du haut du nid de corbeau, je comptai quatre-vingt-huit montagnes de glace sans les petites. Nous fîmes voile immédiatement à l’ouest pour profiter de la première eau libre que nous eussions depuis quatorze jours. Ayant alors atteint les 73° de latitude sans voir dans la glace une seule ouveiture, et ne voulant pas accroître la distance où nous nous trouvions du détroit de Lancaster, en poussant plus avant dans le nord, je pris le parti de rentrer dans la glace et de tenter de nous frayer un passage pour gagner la mer libre, que l’expérience du premier voyage me faisait supposer devoir exister sur la côte ouest de la baie de Baffin. Enfin, après une navigation toute périlleuse, tantôt sciant la glace, tantôt nous remorquant, nous nous trouvâmes, le 31, aller droit au cap Byam-Martin, et nous découvrîmes bientôt le pavillon qui avait été arboré sur le mont de Possession, lors de la première expédition. Cet objet, bien qminsignifiant en lui-même, attira tout le monde sur le pont pour le voir et le saluer comme une vieille connaissance. Nous descendîmes à terre et y trouvâmes de gros blocs de glace que la marée y avait jetés, et que la mer avait tellement couverts de sable, que nous ne pûmes y reconnaître la glace qu’ après en avoir retiré une grande quantité du sable qui la masquait. La situation et l’aspect de ces masses nous donna à penser que les masses pareilles que l'on trouve sous terre aux lieux nommés Kaltusae, dans les îles voisines de la côte de Sibérie, peuvent y avoir été ainsi déposées dans l'origine.

La terre qui est immédiatement au reversde la baie de la Possession s'élève du bord de la mer en une pente douce qui présente un espace vaste et découvert de terrain bas , flanqué de montagnes au nord et au sud. Dans cette vallée et même sur les montagnes hautes de six ou sept cents pieds au-dessus de la mer, il y avait à peine de la neige. Le lit de la rivière qui serpente dans la vallée a, en quelques endroits, plusieurs centaines de pas de largeur, et sa profondeur est, sur certains points, de quarante pieds; mais la quantité d’eau qu’il contenait à cette époque était ex-

Irômcmont faible- C'est là un trait commun à chaque contrée des régions polaires où nous avions débarqué, les lits des ravines étant probablement formés par la dissolution annuelle de la neige, pendant une longue suite d’années.

Les seuls animaux que nous vîmes furent un renard , un corbeau, quelques pluviers à collier, des alouettes de neige et une abeille sauvage. On y aperçut aussi sur la terre moite quelques pas d’ours et d’un animal à pied fourchu, un renne sans doute. On rencontre dans cette vallée des touffes considérables de mousse et de gazon, surtout dans les portions qui sont de nature à conserver l’eau que produit la fonte des neiges, lin effet, l’humidité paraît suffire à la végétation de diverses plantes que l'on trouve dans ces pays désolés.

En approchant de la baie de la Possession, nous remarquâmes que la couleur de l’eau tournait au verdâtre, à la distance de deux milles et demi du rivage; mais il n’y avait pas apparence d’écueil, et nous ne trouvâmes pas le fond avec soixante-dix brasses de sonde.

Après avoir fini nos observations , nous remontâmes à bord et finies voile vers le détroit de Lancaster; mais le vent soufflant toujours de l’ouest, les progrès du navire dans cette direction étaient très lents. La mer était entièrement libre, à l’exception d’une montagne de glace isolée et de deux courants, qui toutefois ne nous opposèrent que peu d’obstacles.

Entrée dans le détroit de Lancaster. Passage interrompu à

l’ouest. Découverte et exploration de la baie du frince-

Régent. Les glaces empêchent les progrès au sud. Retour au nord . On passe le détroit de Barrow. Entrée dans

la mer polaire.

Nous allions entrer dans ce grand détroit ou golfe, qui a obtenu un haut degré de célébrité, et qui était pour nous spécialement intéressant , comme le point sur lequel nos instructions attiraient notre examen le plus attentif; je puis même ajouter ce qui était, je crois, l'opinion de nous tous, c'est que sur ce point du voyage devait se décider le succès ou la mauvaise fortune de l’expédition. On peut donc concevoir combien était grande notre anxiété en voyant la constance du vent d'ouest qui, le 1er août, descendait avec une grosse mer du détroit de Lancaster, et nous empêchait toùt-à-fait d’avancer. On vit dans le cours de celte journée plusieurs baleines , et le maître observa que c’était la seule partie de la baie de Baffin où l’on en vît de jeunes ; car une source d'étonnement pour tous les baleiniers, c’est qu’ils rencontrent rarement, ou , pour mieux dire, ne voient jamais de jeunes baleines dans cette pêcherie, comme dans les mers du Spilzberg. Le Griper étant beaucoup plus lent voilier que l'Hécla , je lui assignai un lieu de rendez-vous pour nous rejoindre, et je lui fixai le méridien de 85° ouest, puis je fis force de voiles, et dans la soirée nous aperçûmes la côte occidentale du détroit à travers les nuages qui la voilaient.

Le ciel étant clair le 2 au soir, nous eûmes pour la première fois la vue distincte des deux côtés du détroit, dont le caractère était tout différent Au sud, c'étaient des montagnes hautes et à pic, entièrement revêtues de neige, hormis sur les parties inférieures : le profil du rivage nord était beaucoup moins heurté comparativement à l’autre, et n’avait que peu de neige. La mer s’ouvrait devant nous, sans glace et sans terre. Nous vîmes plus de quarante baleines noires.

Nous fîmes peu de chemin le 3, mais enfin , étant favorisés par un vent d’est que nous avions longtemps attendu impatiemment , nous mîmes toutes voiles dehors pour porter rapidement à l’ouest. 11 est plus facile d'imaginer que de décrire l’anxiété haletante qui était visible sur tous les visages , tandis que , poussés ' par une bonne brise, nous remontions rapidement le

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détroit : les mâts furent pendant toute l’après-midi couverts d’officiers et d’hommes , et un observateur indifférent eût été grandement diverti par l’empressement avec lequel étaient reçus tous les rapports descendus du nid de corbeau, rapports conformes jusqu’alors, et sans exception, à nos plus ardentes espérances.

Etant par le travers du cap Castlereagh , entre quatre et six heures du soir, nous vîmes une terre plus éloignée s’ouvrir à l’ouest de ce cap , entre lequel et la terre nouvellement aperçue nous vîmes une baie que je nommai baie de Nary-Board. Toutefois, comme notre affaire nous menait 5. l’ouest et non au sud , nous eûmes au bout de quelques heures perdu de vue cette baie.

Pendant ce temps, la terre, sur la rive opposée, s’élait ouverte au nord et à l’ouest du cap Warrander; plusieurs promontoires étaient remarquables, et entre autres un, le plus au nord, auquel je donnai le nom du capitaine Nicolas Lechmire-Pateshall. La vaste baie où s’étend le cap Pateshall, et qui, à la distance où nous passâmes, nous parut longue et détachée sur lusieurs points, fut nommée baie Crolcer. J’ai appelé aie cette large ouverture, bien que la vitesse de notre course ne nous ait pas permis de déterminer la continuité absolue de la terre au fond : il n’est toutefois aucunement improbable que l’on puisse un jour trouver dans ce lieu un passage du détroit de Lancaster à la mer du nord. Le cap qui est à l’ouest de la baie de Crolcer reçut le nom d ' Everard-Home.

Notre course était à l’ouest, et le vent continuant toujours à fraîchir, nous eûmes bientôt perdu de vue le Griper. La seule glace visible consistait alors en quelques grosses montagnes que la mer battait violemment. Nous attendîmes enfin le Griper , et quand il fut à quelques milles de nous, le 4, nous reprîmes notre course. A trois heures et demie du matin , le lieutenant Buchey qui m’avait relevé sur le pont découvrit, du nid de corbeau, un banc de rochers au nord , sur lequel brisait la mer. Ces brisants paraissaient directement au large d'un cap que je nommai Bullen, et qui se trouve immédiatement à l est d’une baie à laquelle je donnai le nom de Brooking-Cuming .

A sept heures, le Griper nous ayant rejoints vers le méridien de 85°, lieu assigné pour le rendez- vous, nous portâmes à l’ouest. A midi , étant par la latitude de 74» 15’ 53” nord, et 86» 30’ 30” de longitude, nous nous trouvâmes près de deux ouvertures dont la plus à l’est fut nommée baie de Burnet, l’autre baie de Stratton. Les falaises de cette partie de la côte présentent un très singulier aspect, les couches étant horizontales, avec nombre de masses de rocs régulières en saillie, larges au bas et terminées en pointe, et qui ressemblent à autant d’arcs-boutants que l’art aurait élevés à intervalles égaux.

Nous gouvernâmes dans le nord assez à temps pour éviter d’être pris par les glaces, dont les bords étaient battus par un remous considérable. Nous découvrîmes une seconde île au sud de la première, et je donnai aux deux le nom d'i/es du Prince-Léopold. Immédiatement à l’est de ces îles , le ciel avait un vif reflet d eau , qui indiquait un vaste espace de mer libre , mais un ciel de glace éclatant dans l’ouest nous laissait pour le moment peu d’espérance que nous trouverions un passage dans la direction désirée : nous vîmes pour la première fois des baleines blanches en grand nombre. Les pétrels, les guillemets et les kittheakes étaient également nombreux près de la glace.

Une brise du nord-nord-ouest s’éleva dans la soirée, et le Griper étant prêt à faire voile, nous gouvernâmes au sud. La terre qui devint alors visible au sud-est nous fit voir que nous entrionsdans une grande ouverture, n’avant pas moins de dix lieues de large à l’entrée, et dans le centre de laquelle on ne pouvait distinguer aucune terre. Le promontoire qui forme la pointe ouest de cette entrée fut nommée cap Clarence ,

et un autre, au sud-est de celle-ci, reçut le nom de cap Sippings.

A partir du moment où nous entrâmes dans le détroit de Lancaster, la boussole se ralentit, et les irrégularités produites par l’attraction du fer que portail le vaisseau s’accrurent très rapidement, bien qu’avec uniformité, à mesure que nous avancions dans l’ouest. Ce fut à tel point que, pendant ces derniers deux jours, nous fûmes contraints d’abandonner les observations ordinaires pour déterminer la variation de l’aiguille à bord des navires. Plus nous allions au sud, plus cette irrégularité devenait évidente , ce qui donnait à penser que nous approchions déjà beaucoup du pôle magnétique. C’est pourquoi on cessa de consulter les boussoles pour les besoins de la navigation, et quelques jours après, les habitacles furent retirés, comme un embarras inutile, et transportés du pont dans le magasin du charpentier, où ils restèrent jusqu’à la fin de la saison. On descendit pour faire des observations magnétiques sur le rivage oriental, et les officiers me dépeignirent ce site comme le plus désolé de tous ceux où ils avaient mis pied à terre dans ces régions. Il y a à peine apparence de végétation, hormis çà et là une petite touffe d’herbe rabougrie , et une ou deux espèces de saxifrage et de pavot, bien que la terre fût si humide en beaucoup d’endroits qu’ils y pouvaient à peine marcher. A une courte distance de la mer, le lieutenant Hoppner découvrit une grosse pierre ferrugineuse qui attirait l’aimant avec beaucoup d’énergie. On ne vit aucune trace d’habitants sur cette partie de la côte, mais on y trouva quelques vertèbres d’une baleine qu’y avaient apparemment apportées des ours dont on voyait les pas sur le sol moite. 11 n’y a pas d’autres oiseaux que des ptarmigans et des alouettes de neige.

Aussitôt que les chaloupes furent remontées à bord, nous nous portâmes au sud , suivant le bord de la glace qui nous conduisait de plus en plus au rivage oriental, de sorte qu’à minuit le canal dans lequel nous naviguions était réduit à une largeur d’environ cinq milles. La couleur de l’eau était devenue d’un vert léger , à cette distance du rivage. Le ciel avait pris une magnifique sérénité, et le soleil , pour la seconde fois à nos yeux dans cette saison, s’était à peine plongé au-dessous de l’horizon septentrional, qu’il avait reparu au bout de quelques minutes.

Le matin du 12, nous étions ancrés à un glaçon quand une brise s’éleva du nord; mais le temps fut tellement brumeux pendant quelques heures , que nous ne savions dans quelle direction ce vent soufflait. Dès que le brouillard se dissipa, nous découvrîmes que le glaçon auquel nous étions à l’ancre descendait avec vitesse contre un autre bloc de glace au vent, nous menaçantainsi de prendre les vaisseaux entre eux deux. Nous fîmes donc voile au nord avec difficulté. Nous nommâmes cette grande ouverture la baie du Prince-Régent, et je regarde comme probable que quelque jour on ouvrira, entre cette baie et la baie d’Hudson , une communication , soit par celle de sir Thomas-Rowe’s-Welcome, soit par la baie Repuise, qui n’ont ni l'une ni l’autre été encore examinées d’une manière satisfaisante.

Le 18, le temps étant très beau, j’allai explorer une ouverture dans la côte est. Les falaises qui s’élèvent sur le rivage sud de cette baie, que je nommai port Bowen, ressemblent, en beaucoup de points, à des tours et à des remparts en ruines. Des fragments de rochers tombaient constamment d’en haut. A l’entrée de la baie est une terre basse étendue, coupée par de nombreux ruisseaux, et qui, à une courte distance de la plage, se réunissant, forment une rivière profonde et rapide, à l’embouchure de laquelle nous prîmes terre. Ce lieu est, je crois, le plus térile que j’aie jamais vu, le sol étant entièrement couvert de petits morceaux de pierre calcaire en feuilles, sur laquelle nous ne vîmes pas de végétalien pendant un trajet d’un mille que je fis avec M. Ross, en remon-

PARRY

tant le bord de la rivière. Parmi ces fragments, nous ramassâmes un morceau de pierre calcaire sur lequel était l'empreinte d’un coquillage fossile. Nous vîmes un grand nombre de jeunes guillemots noirs et une volée de canards, que nous supposâmes être de l'espèce eider. La latitude observée sur ce point était de 73° 12' il" , et la longitude 89° 2' 8 ". A trois quarts de mille du port Bowen, est une autre petite baie que nous n’eûmes pas le temps d’examiner.

Nous étions depuis peu de temps de retour à bord, quand une brise légère du sud nous mit à môme de gouverner vers les îles du Prince-Léopold, que toutefois nous rencontrâmes plus encombrées de glace qu'aiq aravant. Les narwhalsy étaient très nombreux. Ces animaux paraissent prendre plaisir à tenir leur dos à l'air, au-dessus de la surfacede l’eau, de la même façon que la baleine, mais pendant beaucoup plus de temps ; et nous eûmes bien souvent lieu de remarquer leurs cornes droites et entièrement immobiles pendant plusieurs minutes. A trois ou quatre milles du port Bowen , je découvris une autre ouverture ayant l'apparence d'un port, avec une île près de l’entrée, et je donnai à cette anse le nom de Jackson.

L’aspect de cette large ouverture, tout-à-fait libre, nous tira de toute appréhension , et chacun sentit que nous étions hors de la terre que forme la côte ouest de la baie de Baffin , et que, de fait, nous venions d’entrer dans la mer polaire Pénétré de cette idée, je voulus donner à la magnifique ouverture par laquelle nous étions passés de la baie de Baffin au canal de Wellington le nom de Harrow. La terre sur laquelle est situé le cap Hotham, et qui est la plus à l’est d'un groupe d îles de la mer polaire , fut nommée île de Cornwallis, et une baie, à sept milles au nord du cap Hotham, fut appelée baie de Barlow.

Bien que deux tiers du mois d’août fussent déjà écoulés , j’avais toute raison d'être satisfait des progrès que nous avions faits. Je comptais que la mer pouvait encore être navigable au moins pendant six semaines. Notre perspective était donc encourageante. Les bâtiments n’avaient éprouvé aucune avarie; nous avions des provisions en abondance; la santé des équipages ne s’altérait en rien, non plus que leur énergie, et enfin , officiers et soldats, tous étaient déterminés à accomplir par tous les moyens possibles la grande mission dont nous avions le bonheur d’être chargés.

Apparences favorables d’un passage ouvert à l’ouest. Terre

au nord. Série d’îles. Restes de huttes d’Esquimaux. Ile

Byam-Marlin. Navigation fatigante dans les glaces et les

brouillards. Arrivée et débarquement à l’ile Melville.

23 août. — Il est impossible de concevoir rien de plus excellent que la course, rapide et sans obstacle dont nous fûmes favorisés depuis les îles Beechey jusqu’au cap Hotham. Il est probable que beaucoup d’hommes ont, à une époque quelconque, éprouvé cette excitation d’esprit que produit ordinairement un mouvement rapide quel qu'il soit, et l’on concevra facilement combien cette impression, quand par hasard nous venions à l’éprouver , était accrue encore par la lente et ennuyeuse navigation de ces mers. On peut toutefois se figurer notre désappointement quand, au milieu de ces apparences favorables et de l’espoir dont nous pouvions justement nous flatter, on vint nous dire subitement du nid de corbeau qu’une masse de glace barrait directement le passage entre l’île Cornwallis et la terre du sud. En approchant de cet obstacle, nous reconnûmes la vérité de la nouvelle : cependant nous pûmes avec un peu d’efforts traverser une partie moins serrée, et nous eûmes encore une fois la mer libre devant nous pour aller dans l’ouest.

Nous remarquâmes alors qu’un changement très décidé avait eu lieu dans l’aspect de la terre au nord de nous, depuis notre départ des îles Beechey. La côte, près de cette dernière, était abrupte et à pic près de la mer, ayant à sa base même une eau très profonde,

tandis que les rivages de l’île Cornwallis vont s’élevant graduellement à partir d’une plage qui nous parut de sable.

A midi nous étions par la longitude de 94» 43’ 15" et la latitude de 74° 20’ 12” , quand nous découvrîmes que la terre qui formait l’extrémité ouest de ce côté était une seconde île, que je nommai île Griffith, et vis-à-vis de laquelle, sur l’île de Cornwallis, est un promontoire remarquable , que je nommai cap Martyr. Au-delà nous fûmes arrêtés, ou du moins entravés par les glaces et un brouillard épais : par bonheur nous fîmes quinze ou vingt milles à l’aide du bon vent. La terre au sud était haute et escarpée, et se terminait par un gros promontoire auquel je donnai le nom de IValker. Nous n’avions pas vu de baleines ou de narwals depuis que nous avions quitté le cap lliley le 23, et l’on remarque, non sans chagrin, que pas un seul oiseau, pas une seule créature vivante n’avait paru de la journée. La glace, dans ces parages, et vue du haut du grand mât, se composait entièrement de champs dont l’étendue était illimitée au regard, et que couvraient quelques amas de glaçons.

Après avoir doublé le cap Cockburn , nous remarquâmes que ia terre à l’ouest se retire , et forme une grande baie à laquelle je donnai le nom de Moore. Le soie, nous vîmes une île que je nommai île du Byam- Marlin, et quelques officiers y descendirent pour faire les observations nécessaires et examiner les productions naturelles de cette côte. A midi notre latitude était de 75» 3’ 12”, et la longitude de 103» 44’ 37”.

Le 2 septembre à une heure du matin , une clarté fut visible , et c’était la première depuis plus de deux mois, puis le brouillard revint, ainsi que le vent contraire, et comme nous ne faisions aucun progrès à l’ouest, je descendis à terre pour les observations d’usage, et aussi pour tuer des daims. Cette île basse appelée Griffith ressemble beaucoup à celle de Byam- Martin.

Etant par les 74° 54’ 49” de latitude, et 108° 31’ 44” de longitude, nous nommâmes île Dealy une île basse au large de laquelle nous nous trouvions, et une grande baie qui en est voisine reçut le nom de Bridport. Cette baie nous parut devoir fournir un bon abri à des vaisseaux. A neuf heures et un quart de l’aprèsmidi, nous eûmes la satisfaction de passer par le méridien de 110° ouest.de Greenwich, par la latitude de 74° 44’ 20” : ce qui donnait aux vaisseaux sous mes ordres droit à la somme de 5,000 livres, offerte à titre de récompense à ceux des sujets de Sa Majesté britannique qui réussiraient à pénétrer aussi loin à l’ouest dans le cercle arctique. Pour commémorer cet heureux événement , un promontoire que nous venions de passer reçut des matelots le nom de cap Bounty.

L’extrémité de la terre, dans l’ouest, est une pointe basse qui fut nommée cap Hearne , et c’est à cette hauteur qu’après le service divin je réunis les officiers, les matelots et les soldats de l'Hécla, pour lèur annoncer officiellement que leurs efforts avaient été couronnés de succès, au point de leur donner droit au premier degré des récompenses accordées par un ordre du roi en son conseil. Je saisis cette occasion pour bien inculquer dans l’esprit de chacun la nécessité des plus vigoureux efforts pendant le peu de temps disponible de la présente saison, en leur donnant l’assurance que, si nous pouvions avancer à quelques degrés de plus dans l’ouest, je doutais peu de la possibilité d’accomplir l’objet de notre expédition avant la lin de la saison prochaine. J’adressai au lieutenant Liddon une lettre à cet effet, et je donnai l’ordre d’ajouter quelque chose à la ration ordinaire de viande, et de faire servir de la bière, afin qu’en celte occasion on eût le dîner du dimanche.

HISTOIRE DES VOYAGES

Examen plus approfondi de l’île Melville. Progrès dans l’ouest. On est longtemps retenu pai la glac 1 Route à l’ouest. Obstacle invincible qu’opposent les glaces. On cherche les quartiers d’hiver. Opération pour s’y établir.

Comme le vent continuait à souffler violemment du nord, sans qu’il annonçât devoir nous ouvrir un passage pour franchir le câp Hearne, je saisis cette occasion pour envoyer toutes les chaloupes à terre, pour apporter à bord de la tourbe que les officiers annonçaient avoir vue près d’un petit lac à peu de dislance près de la mer, et que j’avais ordonné de substituer à une partie de la ration de charbon. La pointe où l’on avait débarqué la veille est par les 74° 46’ 60” de latitude, et H0n 33’ de longitude ouest.

Le 10, à cinq heures du malin, une masse de glace, venant de l’ouest vint heurter la montagne sur laquelle l'Ilêcla était abritée, et la fit tourner comme sur un pivot. Cet incident n’est point rare dans le détroit de Davis pour des montagnes de très forte dimension, dont le centre seulement repose sur la terre. Nous rentrâmes, pour la nuit, l'Hécla dans une pelile anse, et le soir un parti de chasseurs revint avec (rois lièvres, et apporta la nouvelle que la mer, vue du haut des montagnes, était entièrement couverte de glace à l’ouest. Le lendemain, M. Dealy tua le premier bœuf musqué, et nous apporta un morceau de sa chair qui avait un goût passable; mais son odeur n’était nullement tentante.

Le 14 à trois heures du matin, le thermomètre tomba à 1° : l’on peut bien dater l’hiver de ce moment. Le lendemain nous étions vis-à-vis du cap Providence, et un autre promontoire, plus haut et plus escarpé encore, reçut le nom de cap Hay.

Toutes les mains se mirent à l’ouvrage dès le matin du 25, et à six heures du soir nous commençâmes à entrer les vaisseaux dans ce qui avait été ouvert du canal durant la seconde journée. Le lendemain dimanche, j’aurais désiré pouvoir donner du repos aux officiers et aux matelots; mais l’épaisseur de la glace croissait si rapidement, qu'il fallut travailler, et le canal était terminé à midi. Sa longueur était de quatre mille quatre-vingt-deux pas, ou environ deux milles un tiers, et l’épaisseur moyenne de la glace pouvait être évaluée à sept pouces. Ce port reçut le nom de port Winter, et je donnai au groupe d’îles que j’avais découvertes dans la mer polaire le nom d’iles de la Nord-Géorgie.

Précautions pour garantir le vaisseau et les provisions, pour maintenir le bon ordre, la propreté, la santé et la bonne humeur parmi les gens des équipages. Théâtre. Gazette. Observatoire.

Ejant, le 19 octobre, au point où, suivant toule probabilité, nous devions rester au moins huit, ou neuf mois, pendant trois desquels nous ne verrions pas le soleil, mon attention fut immédiatement et impérieusement appelée sur divers devoirs importants, dont quelques-uns d’une nature singulière, et pour la première fois dévolus à un officier de la marine , il ,est probable que la nécessité s’en retrouvera rarement dans l’histoire de la navigation. La sécurité des bâtiments et la conservation des divers approvisionnement étaient des objets d’un intérêt direct ; un système régulier pour entretenir le bon ordre et la propreté, comme élément important de la santé de l’équipage pendant un long et ténébreux hiver, réclamait également mon attention.

On ne perdit donc pas un instant pour commencer les opérations, et les vaisseaux furent bientôt démantelés et couverts comme des maisons, cl le chirurgien me donna l’assurance qu’il n’avait pas remarqué dans les équipages la moindre disposition au scorbut. L’extérieur des bâtiments élant disposé, il fallut pourvoir à la distribution de la chaleur et à la destruc-

tion de l’humidité dans l’intérieur. Des tuyaux de poêle furent répartis de manière à donner un courant d’air chaud de 87° Fahrenheit à la distance de 17 piods du foyer. Ensuite, autant comme mesure de santé que d’économie, on réduisit la ration de pain aux deux tiers. Une livre de viande conservée de Donkin, avec une pinte de soupe concentrée par homme, fut substituée, chaque semaine, à une livre de bœuf salé. On distribua, au lieu de spiritueux, une certaine proportion de bière et de vin ; on donnait aus-i, à intervalles réglés, une petite quantité de choucroute et de conserves, avec autant de vinaigre qu’il était besoin. La ration journalière de jus de limon et de sucre était mélangée, et avec une quantité convenable d’eau, chaque homme la buvait en présence d’un officier désigné à cet effet. Cette dernière précaution peut paraître inutile à ceux qui ignorent combien les matelots ressemblent aux enfants en tout ce qui regarde leur santé et leur bien-être. Quand une pièce de gibier avait été prise, elle devait non point venir en supplément au repas, mais tenir lieu de la ration habituelle, hormis dans certains cas où l’on usait de tolérance; mais en aucun cas, soit pour la quantité, soit pour la qualité, on n’accordait aux officiers la moindre préférence.

L’article du combustible étant d’une importance si majeure dans ces climats, il fallut adopter en ce point une rigide économie, car on n’employait que la quantité de charbon strictement nécessaire au maintien de la santé à bord. Immédiatement après notre arrivée, on chercha de la mousse et de la tourbe; mais on ne pouvait guère employer la mousse, car elle aurait eu besoin d’être séchée avant tout pour brûler. Nous allâmes aussi avec beaucoup d’empressement en quête d’une veine de charbon sur le rivage; mais on n'en ramassa que quelques morceaux pendant notre séjour au port Winter.

On veillait beaucoup sur le vêtement des hommes, et un jour de la semaine était fixé pour l'examen des tibias et des gencives par le chirurgien, afin que la moindre apparence de scorbut fût découverte à temps, et immédiatement arrêtée.

Dans ces longs jours d’inaction et d’oisiveté où nous allions nous trouver pendant une grande partie de l’année, je désirais trouver quelque distraction qui pût abréger, pour les équipages, ces fatigants intervalles. Je proposai doncaux officiersde jouer, à l’occasion, une comédie à bord de l'Hécla, comme étant le meilleur moyen d’entretenir chez nos gens la gaîté et la bonne humeur qui avaient existé jusqu’alors. Cette proposition Ait acceptée avec empressement par les officiers des deux vaisseaux, et le lieutenant Beechey ayant été choisi pour régisseur, notre première représentation fut fixée au 5 novembre, au grand contentement des deux équipages. Je prenais de bon cœur ma part de ces amusements, persuadé qu’un exemple de gaîté, en encourageant tout ce qui pouvait y contribuer, n’était point la partie la moins essentielle de mon devoir dans les circonstances particulières où je me trouvais placé.

C’est dans ce même but, et pour fournir une occupation amusante pendant les heures d’une constante obscurité, que nous élablîmeo une gazette hebdomadaire qui reçut le titre de Gazette de Nord-Géorgie et Chronique lie l'hiver.

Le 19, je fis couper la glace autour des vaisseaux, et cette opération continua journellement tant que le temps le permit. Le lendemain, le temps était très clair, et nos chasseurs virent du haut d’une monlagne que la glace au large était en amas plus élevés qu’auparavant, et dans la matinée nous vîmes nombre de petits cour an Is verticaux de vapeur qui montaient delà mer, puis de l’entrée du port : c’était probablement le phénomène que l’on nomme barber dans l’Amérique du Nord, et qui résulte, je crois, delà vapeur qui s’élève de l’eau, et qui est condensée en une forme visible par le froid de 1 atmosphère.

Le 26, le soleil nous donnait assez de clarté pour écrire et lire dans ma cahinc, 'es fenêtres de l’arrière

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