ORÉGON
Le territoire de l'Orégon s’étend du sud au nord entre les 42° — 54o 40’ latitude nord, c'est-à-dire se développe du nord au sud le long de l’océan Pacifique, et de l'est à l’ouest entre les montagnes Rocheuses et le même océan.
Ce territoire a deux parties presque égales; l’une qui part du 42e degré et finit au 49e, c’est-à-dire qui va de la Californie au détroit de Juan de Fuca ; l’autre partie se prolonge depuis ce point jusqu’à l'Amérique russe. En allant de l’ouest à l’est, le pays offre trois grandes vallées séparées par des chaînes de montagnes, chacune d’elles ayant un sol et un climat distincts. La première commence au bord de la mer et se termine à la chaîne qui court nord-ouest et sudest; sa largeur est de 25 à 40 lieues; son climat est très chaud en été, mais on y a des nuits fraîches ; il y pleut d’octobre en avril; la neige séjourne rarement dans les plaines, et les rivières, comme le Rio-Colombia, ne gèlent presque jamais. La seconde vallée commence aux cascades du Rio-Colombia; elle est comprise entre la chaîne dont il vient d’être question et les montagnes Bleues, situées à 50 lieues à l’est ; les pluies y sont moins fréquentes; le pays est moins fertile La troisième vallée, située entre les montagnes Bleues et les versants occidentaux des montagnes Rocheuses, présente un plateau élevé, large de 90 à 100 lieues, et d’une extrême sécheresse : aussi la pureté de l'atmosphère y est-elle admirable; on y voit rarement un nuage, et les pluies, qui sont toujours légères, n’arrivent qu’au printemps. Cette région fait partie du grand désert américain, et est occupée par de vastes plaines sablonneuses presque sans eau. C’est donc une contrée aride ou peu productive.
Les montagnes Bleues, qui constituent la chaîne intermédiaire de l’Orégon , sont traversées par la rivière des ’lêtcs-Piateset par le Rio-Colombia ; leur direction est du nord-ouest au sud-est; le nord est presque toujours couvert de neige. Les montagnes Rocheuses forment la partie nord-est, et se relient au sud avec la Cordillière des Andes, laquelle divise l’Amérique dans toute sa longueur , depuis le cercle polaire arctique jusqu au cap llorn.
Quant aux rivières, la plus importante du territoire
de l’Orégon est le Rio- Colombia, autrement appelé Orégon, fleuve qui a donné son nom à cette contrée, et qui ne fut découvert et exploré par les Européens qu’en 1766. Les Têtes-Plaies, les Serpents, l’Okana-* gam, les Chutes, le Ouallamel et le Kaoulis sont les principaux affluents. Au sud du Rio-Colombia , la rivière des Toutounis, la rivière aux Vaches et l’Umquia méritent seules d’être mentionnées. Au nord, on trouve la rivière Chékilis, la Nesqually , la grande rivière Fraser, la rivière Simpson et la Stikine. Toutes ces rivières reçoivent une foule de ruisseaux ; elles sont peuplées de castors , de saumons , de truites , et ont leurs rives embellies par de très beaux bouquets de bois. On aperçoit à l’ouest des montagnes Rocheuses un grand nombre de lacs, mais peu étendus, tous navigables en canot, habités par des castors et très poissonneux. La rivière Umquia, qui débouche dans l’océan Pacifique, a une entrée praticable pour les petits bâtiments, et ses bords, ainsi que ceux de la rivière Toutounis ou Klama, sont couverts de pins gigantesques de près de 90 mètres de hauteur. Ces géants du règne végétal s’élèvent d’un jet ou bloc jusqu’à 70 mètres avant de se séparer en branches.
Le Rio-Colombia est formé par deux branches principales : celle du nord, qui est la plus importante et qui est presque constamment navigable, naît dans les montagnes Rocheuses , vers le 53e degré de latitude nord , à peu de distance des eaux supérieures de la rivière Fraser, qui coule à l’ouest, et des rivières Atabasca et Saskatchaouan , qui descendent des versants orientaux de ces mêmes montagnes Rocheuses. La première direction du Rio-Colombia est du nord au sud pendant 80 lieues ; il reçoit alors au-dessous du fort Colvilleet sur sa rive gauche la rivière Clarke ou des Têtes-Plates, venant du sud-est, c’est-à-dire du versant occidental des montagnes Rocheuses de l’Orégon. Le fleuve court ensuite vers l’ouest jusqu’au fort Okanagam pendant un espace de 30 lieues, et reçoit sur sa droite la rivière du même nom d’Okanagam. Depuis cette jonction, son cours devient extrêmement tortueux , et sa direction générale pendant plus de 50 lieues est au sud-est jusqu’au fort des Indiens Nez-Percés, au-dessus duquel il s’unit à gauche avec sa branche inférieure , nommée des Serpents ou de Lewis , qui a un cours très sinueux de près de 200 lieues, et qui vient du sud-est, ayant pris sa source dans les montagnes Rocheuses, à peu de distance des hautes eaux du Missouri. Én face du fort des Nez-Percés, fe Rio-Colombia est déjà large de plus de i,000 mètres; il court à l’ouest et un peu au sud pendant 80 lieues jusqu’au fort Vancouver, audessous duquel débouchent à 3 et 5 lieues de distance les deux bras de la rivière Ouallamet ou Willamette , qui vient du sud. Avant d’arriver au fort, le Rio-Colombia change brusquement de direction, et, pendant 40 lieues, il coule entre le nord-ouest et l’ouest. Près du fort, sa largeur est d’environ 4 ,200 mètres, et elle va en augmentant jusqu’à l’embouchure comprise entre la pointe ou le cap Adams et le cap Désappointement; cette largeur est alors de 3 lieues. La marée se fait sentir jusqu’à la première cascade ou chute à 60 lieues de la mer.
11 n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’on appelle cascade ou chute tout endroit où le cours du fleuve est interrompu par des rochers, et où l’on fait un portage, c’est-à-dire où l’on relire les canots au moyen dé barrages. Nous ajouterons que l’on nomme rapides les points où le courant est très fort, et dalles ceux où la rivière est étroitement encaissée entre des rochers. Or, l’espace entre la première et la seconde cascade du Rio-Colombia est de 25 lieues navigables. La hauteur véritable de la seconde chute est de 7 mètres. Au-dessus, jusqu'à la jonction de la rivière des Serpents , et en remontant au nord des Nez-Percés pendant 20 lieues, la navigation est excellente; on se voit alors arrêté par un rapide nommé le Saut du prêtre (Pries l, leap); mais une fois cet obstacle fran-
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elii, on pcul arriver aisément au fort Okanagain , à 40 lieues vers le nord.
A l'esl du cours du fleuve , on trouve une gorge immense nommé le grand coulé , qui est l’ancien lit de la rivière, abandonné par elle à une époque inconnue. Pendant GO lieues, depuis le fort Okanagam jusqu'au rapide du fort Colville, la navigation est assez facile ; mais ensuite on trouve des rapides très dangereux, entre autres la fameuse dalles des Morts, où douze voyageurs périrent en 1839. l.a partie la plus intéressante du Rio-Colombia est donc depuis son embouchure jusqu'aux premières chutes, et cet interval e est navigable pour de petits navires. Le cours du fleuve est rempli d’îles, de gros troncs d’arbres et de bancs de sable; mais son entrée dans l’Océan est sa partie la plus dangereuse : elle présente une immense ligne de brisants d’environ 3 lieues du cap Désappointement au cap Adams, et formant devant la bouche du fleuve une espèce de croissant. Lorsque la marée descend, la vitesse du fleuve est de 6 à 7 milles par heure, et lorsque les vents de la mer poussent les flots vers l’embouchure, il en résulte un choc terrible qui forme des montagnes de vagues hautes de plus de 20 mètres : ce spectacle imposant est bien digne du pinceau ou de la lyre.
L’entrée du Rio-Colombia est dangereuse en tout temps, mais surtout en hiver, depuis le mois d’octobre jusqu'à celui d'avril : ni la Manche, ni le détroit de Gibraltar , ni le golfe du Mexique , ne présentent des courants aussi rapides, des tourmentes aussi fortes, des changements de vents aussi brusques, et une barre d’une pareille étendue, formée de bancs de sable Pendant la belle saison, on y pêche le saumon. En hiver , à l’embouchure de ce fleuve , les marées combinées s’élèvent jusqu’à 4 mètres, et à l’époque de la fonte des neiges, les eaux du fleuve montent jusqu à 15 ou 20 pieds au-dessus de leur niveau ordinaire. Elles entraînent avec elles des débris de terrains inondés, des arbres déracinés et des pans de bois tout entiers. Il est très rare pendant cette saison de voir le fleuve se geler : la glace ne prend guère que vers le bord , et ne dure jamais longtemps.
Près de l’embouchure du Rio-Colombia se trouve le fort d’Asloria ou fort Georges, composé d’une maison, d’où l’on découvre les navires entrant dans, le fleuve, et d’où l’on peut leur envoyer un guide.
Au nord du Rio, vers le 48e degré latitude nord, est une immense entrée sur l’Océan , appelée détroit de Juan de Fuca, à cause du pilote de ce nom qui la découvrit en 1592. Ce détroit est formé par la grande île de Quadraet Vancouver, qui a plus de 100 lieues de long, et court au nord-ouest sur une largeur qui varie de 10 à 25 lieues. Ce nom lui vient de deux commandants espagnol et anglais qui l’explorèrent; ce dernier en 1792 , c’est-à-dire dix-sept ans après Quadra. Le bras de l’entrée sud suit la direction du sudest pendant près de 40 lieues ; sa largeur est de 7 à 12 lieues, et il se termine par l’entrée de l’Amirauté et la baie de Puget, canaux larges de 3 et 5 milles, et qui descendent au sud pendant plus de 30 lieues. A la pointe sud-est de 1 île commence le bras du nord-ouest. Sa première moitié a une largeur de 6 à 8 lieues ; la seconde est un canal étroit de quelques milles de large; la longueur totale de ce bras est d’environ 130 lieues. L’espace compris entre la grande île et la terre ferme est semé d’îlots et d'archipels; la mer y forme mille détours sinueux, et la côte est découpée par des bras et des canaux plus ou moins praticables.
A l’entrée du détroit de Fuca, et après avoir doublé le cap Flattery, on trouve un petit port environné de forêts, et formant une sorte de cul-de-sac assez profond. Plus haut est le canal de Hood, long de 10 lieues et parsemé d’îles ; puis viennent la baie et le port de Puget , lequel se trouve à peine distant de 20 lieues du Rio-Coiombia, où se jette la petite rivière de Kaoulis, dont la source est voisine de ce port.
Nous avons nommé la rivière Fraser : les Indiens l’appellent Tacoutchi ; elle vient du versant occidental des montagnes Rocheuses; elle a un cours d em ir n 130 lieues , presque parallèle à celui du Rio , et elle débouche dans le détroit do Fuca. Dans sa partie inferieure, ses bords présentent de beaux pâturages et d’épaisses forêts de bouleaux , de cèdres , de pins et d’autres arbres verts.
La grande île de Quadra et Vancouver est bordée d’îlots, et présente à l’ouest l’île Noutka, mot indien qui signifie montagne. Vue de la mer, elle offre un coup d’œil agréable : ses hauteurs sont couronnées de forêts de pins , de chênes , de cèdres et de cyprès. La mer abonde en saumons, morues, sardines, harengs, truites et baleines; le climat est salubre et doux. La saison des pluies commence en septembre. Il tonne rarement, circonstance météorologique applicable également à la Californie. Plus au nord se trouve la grande île de la Reine Charlotte , séparée de la côte par un bras de mer de 25 à 30 lieues de large. Mais revenons au territoire de l’Orégon
Il est habité par 200 Américains, et par des Anglais et des Français du Canada; il est éloigné d’environ 4,800 lieues *de l’embouchure du Rio Colombia , distance que l’on franchit dans un voyage de quatre mois et demi. Ces peuples vivent sous la domination de la compagnie anglaise de la baie d’Hudson , qui doit garder encore jusqu’en 1863 son privilège sur le fleuve Rio, libre du reste dans sa navigation pour l’Angleterre et les Etats-Unis, d’après le dernier traité qui vient d’être conclu entre ces deux puissances; traité qui laisse à la première les régions situées audelà du 49e parallèle, jusqu’au détroit de la Reine Charlotte et à celui de Juan de Fuca, avec la grande île de Vancouver, et donne à la seconde puissance les contrées en deçà jusqu’au 42e, c’est-à-dire jusqu’aux limites mexicaines où commence la Californie , dont nous allons maintenant parler.
CALIFORNIE
Le nom de Californie fut donné par des Espagnols, en 1536 , à cette partie méridionale de la grande péninsule américaine qui s’étend à l’ouest de l’Amérique septentrionale, depuis le 32e degré de latitude nord jusqu’aux limites de la zone torride. Ce pays comprit ensuite la division entière du continent nord-ouest du Mexique, de la même manière que l’on donna le nom de Floride au territoire opposé vers l’océan Atlantique. Aujourd’hui, la Californie est ordinairement considérée comme renfermant la presqu’île et le pays qui s’étendent sur les côtes de la mer Pacifique , depuis l’extrémité sud de cette péninsule jusqu à la limite méridionale de l’Orégon, vers le 42e degré.
La Californie se divise en deux parties qui sont, d’abord : la basse ou vieille Californie, comprenant la Péninsule proprement dite, au sud ; ensuite la haute ou nouvelle Californie , ou Californie continentale au nord. La ligne de séparation entre ces deux grandes divisions territoriales court le long du 32e parallèle, depuis l’extrémité septentrionale du golfe de la Californie jusqu’aux montagnes Rocheuses.
Le golfe de Californie , que nous décrirons tout à l’heure, est un grand bras de l’océan Pacifique, auquel il s’unit sous le 23e degré de latitude, pour de là se développer vers le nord-ouest entre le continent américain à l’est et la Péninsule californienne à l’ouest, et se termine au 32e degré, où il reçoit les eaux du Rio -Colorado. Ses côtes occklenlale’s sont hautes et ardues, offrant peu d’endroits sûrs de relâ-
HISTOIRE DES VOYAGES
che pour les vaisseaux; pas une seule rivière n’entre non pi us dans la mer de ce côté. Les rivages orientaux ou du continent sont généralement bas , et la ! mer dans leur voisinage est peu profonde, ce qui y i rend la navigation périlleuse. Les vents dominants j sont ceux du sud ; néanmoins un courant s’établit | hors du golfe, et il est sensible môme pour les navires j qui passent à une distance considérable de son embouchure.
Le territoire qui appartient à la côte orientale du golfe comprend les deux Etals mexicains de Sonora et Sinaloa, encore très peu habités, possédant des mines riches et nombreuses, jouissant d'un climat très sain, et signalés par des cours d’eau propres au développement de la population. Le port de Guaymas, dans le Sonora, par 27° 40’ latitude, passe pour très sûr en toutes saisons , et le meilleur de celte côle. Mazatlan, rade ouverte, enfoncée dans les terres par 23» \ 2' latitude nord et 108° 42’ longitude ouest du méridien de Paris, à l’entrée du golfe, a été jusqu’ici peu fréquenté par les bâtiments marchands ou autres; il n’est ni aussi sûr ni aussi bien placé que celui de l Guaymas , lequel est entouré d’ailleurs d'un sol très j fertile. Plus au sud-est se trouve par 21° 32’ 34" latitude nord, 107° 35’ 48” longitude ouest, San Blas, rade foraine, avec sa ville de 800 âmes à une lieue de la mer, et aujourd'hui principal port de la république j mexicaine sur la mer Pacifique, et dans un lieu très j malsain , où il règne des fièvres pernicieuses pendant la saison des pluies, outre la présence des mousquites et des maringouins aux piqûres suivies d'éruptions cutanées. Plus loin encore, dans la même direction, viennent Acapulco, port situé par 16° 50' 28” latitude noid, 102° 12’ 41" longitude ouest, peuplé jadis de 9 à 10,000 âmes, et n’en possédant plus q-ue 2,000 ; et Tehuantepec, port commercial, dont l'isthme, par j 16° 18’ laiitude nord, 97° 30’ longitude ouest, est par- I tagé par la Sierra-Madre ou grande Cordillière , et a ï 50 lieues de large de l’océan Pacifique à l’océa-n Àt- j lan tique.
Quant au golfe lui-même de Californie, il est désigné par les premiers navigateurs espagnols sous le nom de merde Cortès ou mer Rouge , ou plutôt mer Vermeille, à cause de la couleur de ses eaux et de sa ressemblance avec la mer Rouge d’Arabie, ressemblance qui est plus exacte encore avec la mer Adriatique : ii a une longueur d'environ 300 lieues; la plus grande largeur est de 60 lieues à son entrée; mais dans toute son étendue la distance d’une côle à l'autre ne varie que de 25 à 40 lieues- A partir du 31e parallèle, la largeur diminue rapidement jusqu'à l’embouchure de Rio-Colorado. Le climat de la Péninsule que ce golfe américain forme avec la mer Pacifique est chaud et sec comme celui d’Arabie. A son extrémité sud une pluie d’été imbibe de temps en temps le sol : près de sa jonction avec le continent, il ne tombe jamais de pluie , excepté en hiver , et dans son milieu on n’aperçoit que bien rarement des nuages. Du reste, il pleut quelquefois dans celte région par le ciel le plus serein; le savant de Humboldt et le capitaine Beechey ont observé ce phénomène, le premier dans l’intérieur des terres, et le second en pleine mer. Cette sérénité du ciel et cette rareté de l’eau font naturellement croire à l’in fertilité du sol; néanmoins, suivant l’Américain Greenhow , on peut en rendre productives certaines parties, au moyen d’irrigations bien ménagées. Somme toute, l’aspect général du pays est triste , horrible même , selon M. de Mofras : rien de plus nu ni de plus désolé. Presque partout sur cetle Péninsule on est frappé de l’absence d’eau et de végétation ; par-ci par-là des mangliers et quelques arbustes épineux. Les orangers et les palmiers sont rares sur les bords de la mer; ii faut s’avancer de plusieurs lieues dans l’intérieur pour trouver de la terre végétale. Le rivage est formé par du sable et des terrains calcaires impropres à la culture. La côle offre sans interruption une suite de pics déchirés et sans aucune
végétation, et cette chaîne de montagnes qui vient du nm d se dirige, dans loule la longueur de la presqu'île, vers le sud pour s’abaisser graduellement en arrivant à son extrémité au cap San-Lucas.
Les marées apparaissent dans tout le golfe, mais leur valeur varie selon la direction des vents et la configuration des côtes; elles sont de 7 pieds à Mazatlan, dont la rade est ouverte, et de 5 pieds et demi à Guaymas, dont le port est parsemé d îles. Parmi les vents, on remarque celui qu’on désigne sous le nom d inversion de l'alizé , et qui est ici sud-ouest, tandis que l’alizé est nord-est sur l’Atlantique et dans les mers au nord de l’équateur. Cette inversion ne règne qu'en dedans de la mer Vermeille, et ne se fait point sentir sur la côle de la Californie, baignée par l’océan Pacifique, au-delà du 23e degré laiitude nord.
Le nom de mer Vermeille donné à ce golfe paraît venir, avons-nous dit, de la couleur de ses eaux : cette couleur est surtout communiquée par les rivières qui y débouchent, et dont la principale, le Rio Colorado, coule sur des terrains ferrugineux. Ce nom peut venir encore de la couleur pourprée que prennent les vagues au lever et au coucher du soleil. Pendant le jour, les eaux sont bleues ou vertes, selon que les nuages interceptent ou modifient les rayons solaires, conjointement avec la nature et la hauteur du fond. On peut, dit M. de Mofras, supposer encore que la coloration de l’eau est produite par des bancs à sa surface, formés par des myriades de petits crustacés rouges armés de tentacules, et semblables à nos crevettes.
Indépendamment d’une innombrable quantité de poissons d’espèces très variées, on remarque dans le golfe des requins énormes, des baleines, des loups de mer et des veaux marins. Les côtes sont remplies de marais salants peuplés de caïmans, de reptiles et d'insectes. Les plongeurs à perles, qui ont à craindre les requins et les mantayaras, espèce de raie monstre, longue de près de 4 mètres, doivent être doués d’une grande force pour arracher dans l’eau, à une profondeur de fO à 12 brasses, les huîtres perlières des anfractuosités des rochers où elles se tiennent cachées.
La basse ou vieille Californie, qui comprend toute la Péninsule, a pour capitale Loreto, sur la côte ou partie occidentale du golfe, par 25° 59' latitude nord, 113° 20’ 37” ouest. Cette ville, assise vis-à-vis la petite île de Carmen, sur le golfe californien , est maintenant réduite à 200 habitants. Le chef politique habite La Paz, port situé par 24° 10’ latitude nord, 112° 20’ longitude ouest, où Fernand Cortez débarqua le 3 mai 1535, et qui est peuplé aujourd'hui de 400 habitants. Ce port est. le plus commerçant de la basse Californie, qui ne compte guère que 4,000 habitants, dont le tiers seulement de race blanche. Le gouvernement mexicain n'entretient aucune troupe dans le pays; le commandant général des deux provinces demeure à Monte-Rey , ville de la haute Californie, que l’ armée des Etats-Unis vient tout récemment d’envahir sans éprouver de résistance sérieuse de la part de la population ni des autorités. Avant d'entrer dans de plus grands détails sur ce dernier Etat, nous allons dire un mot du Rio-Colorado , l’un de ses principaux fleuves.
Le Rio-Colorado de l’ouest, ainsi nommé pour le distinguer du Rio-Colorado de l’est, qui débouche au levant dans le golfe du Mexique, golfe que, pour le dire en passant, on pourrait lier à celui de Californie au moyen de ces deux rivières et de l’Arkansas, qui va joindre le Mississipi; le Rio-Colorado de l’ouest, dis-je, naît au versant occidental des montagnes Rocheuses, vers le 41e degré de latitude septentrionale, 11 court du nord au sud et un peu à l’ouest, en s’éloignant de la Sierra-Madre ou grande Cordilljère. Son cours est de 300 lieues, longueur égale à celle du golfe de Californie, dans lequel il se jette, et ses bords sont habités par des tribus indiennes. Son lit a peu
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do profondeur; il est guénble presque partout durant la belle saison. Lors des pluies cl après la l'unie des neiges, il déborde et inonde le pays plat au milieu duquel il s'avance. Son embouchure, au fond de la mer Vermeille, par 32 ' latitude nord, a près de 2 lieues de large, et est divisée en trois canaux par deux petites îles. La marée monte de 6 à 7 mètres, et occasionne des courants redoutables, dont la rapidité atteint jusqu'à 15 milles à 1 heure. Le fond, à l’entrée de la rivière, est extrêmement bas, et il n’y existe qu’une passe fort étroite. Le lit du fleuve est rempli de bancs qui sont à sec à la marée basse. A 8 lieues au-dessus de son embouchure, le Rio-Golorado reçoit le Rio (ji/n, qui arrive de l'est, après s’être grossi delà rivière de la Asuncion , formée elle-même parla jonction du Rio-Verde et du Rio-Salado. Tous ces courants d’eau ont leur source dans les ramifications de la Sierra- Madre; ils sont peu profonds, et pendant la saison des pluies ils inondent leurs bords, au surplus très fertiles. Les tribus réunies qui vivent près de ces cours d’eau dépassent 20,000 âmes.
Ainsi que nous l’îfvons déjà fait connaître , c’est à peu près à l’embouchure du Rio Colorado qu’existe la séparation entre les deux Californies. La haute ou nouvelle, qui depuis la presqu’île s’étend vers le nord, sur un espace d'environ 500 milles, le long de la mer Pacifique . et jusqu’aux frontières méridionales de l’Orégon, trouve à ces mêmes frontières, pour limite naturelle, la chaîne des monts Neigeux, et pour limite politique le 42® degré de lat. N. Les confins à l’est sont les montagnes Rocheuses, comme ceux de l’ouest la mer Pacifique. La partie sud de cette contrée ressemble à la basse Californie pour le climat, c’est à-dire pour la chaleur et la sécheresse, excepté durant la courte saison d'hiver. Plus au nord l’humidité augmente, et vers la baie San Francisco, dont le port occupe l’entrée par 37° 48’ 30" lat. N., 12i<> 48’ 26” long. O. , les pluies sont pour ainsi dire constantes de novembre à avril. Les vallées sont fertiles et arrosées par de nombreux ruisseaux ; mais la seule rivière importante est le Rio-Sacramenlo, qui débouche dans la baie San-Francisco.
La population blanche de la haute Californie est d'environ 5,000 habitants, répandus sur un territoire d’environ 2,000 lieues carrées. Les Indiens aborigènes sont en petit nombre.
Politiquement, les deux provinces, haute et basse, forment un seul département de la république mexicaine; mais à cause de l’éloignement du chef-lieu (Monte-Rey) et de la difficulté des communications, le préfet de la basse Californie, établi à La Paz, correspond avec le chef politique de Mazatlan , capitale de l'Etat de Sinaloa sur le continent.
Monte-Rey, capitale des deux Californies, sur la baie du même nom, n’est guère qu’un village composé de deux rues parallèles et de plusieurs groupes de maisons dispersées dans la plaine ; le tout peuplé d’environ 1,000 habitants, la plupart indiens ou étrangers. Toutes les maisons ont leur façade principale tournée vers le sud-est, afin d’éviter les atteintes du vent de nord ouest qui souffle pendant la moitié de l’année. Vu de la mer, l’emplacement de Monte-Rey est admirable ; il n’y a pas de position , à ce qu’il paraît, plus pittoresque et plus favorable à l’établissement d’une grande ville. Ce port est le centre des affaires commerciales et celui où il arrive le plus de vaisseaux ; mais un de ses inconvénients, c’est de ne pouvoir procurer aux navires l’eau nécessaire pour une traversée; il donne abondamment les vivres frais , la viande de bœuf et la volaille.
L’agriculture et l’élève des bestiaux forment la principale richesse de la Californie. Les céréales abondent ; les haricots sont très répandus. Les bœufs sont de haute taille , très forts et très agil s ; leur chair est excellente. Les chevaux, communément de la taille des chevaux anglais de course , sont presque tous
entiers, remarquables par leur agilité et les longues traites qu’ils peuvent fournir, douze ou quinze heures sans s'arrêter. Quand 1 animal est fatigué, on lance le lazo ou nœud coulant à un autre pour le mouler , et 1 ou l'ait ainsi 40 à 50 lieues eu un jour. On prend du même au lazo des taureaux et des ours. Les mules et les ânes sont aussi d’une race exc lien le- A l'exemple des Arabes, en partie leurs aïeux, les colons espagnols font jeûner un cheval avant de s’en servir pour une course longue et rapide. L’espèce des moutons est fort belle, mais leur laine n’esi 1 objet d’aucun soin. Les bois de construction abondent en Californie ; les plus précieux appartiennent à la famille des conifères, il y a des pins d'une hauteur prouigieuse, jusqu'à 230 pieds ; on en trouve souvent de 100 mètres de haut et de 20 pieds de circonférence.
Les vallées et les bois sont peuplés de cerfs, de daims, de chevreuils, d ours, d’onces, de castors, d ccureuils, de lapins et d’antilopes. On y remarque aussi des perdrix huppées, des ouiardes et des oiseaux-mouches ; les bords de la mer offrent des alcyons, des goélands , de superbes vautours et de grands aigles bruns à tète blanciie. Le seul reptile dangereux est le serpent à sonnettes, dont la taille es. peiile et qui fuit 1 nomme au lieu de 1 atiaquer. La mer et les ports sont remplis de poissons, de baleines, de marsouins, d éléphants marins et de bancs de sardines.
LaCalifornie ne possédanlaucune espece d industrie, l’exportation ne se compose que des produits naturels du pays. Les cuirs de bœuf sont l’ariicle principal. Les cuirs de cheval ont peu ne cours. Les peaux ue castor se vendent à la livre. Après les cuirs viennent, comme articles de valeur, les suifs de bœuf, de cerf et autres animaux. Les bois de Californie ne sont envoyés qu'aux îles Sandwich.
Parmi les objets importés, les Californiens recherchent les articles français, tels que les indiennes de Mulhouse, les vins de bordeaux, les eaux-de-vie de Cognac, etc.
Les mœurs des Californiens , et il ne s’agit point ici des tribus indiennes qui errent dans les parties non habitées par les descendants des Européens, sont celles de leurs ancêtres, les Colons espagnols ; ils ont de plus quelques-unes des habitudes de luxe des Européens, et un penchant pour l’ivrognerie et le jeu. ün Californien porte toujours dans les fontes de sa selle , à côœ de ses armes, une bouteille d’eau de-vie. Ces hommes, de trè^ belle race, ne vont jamais à pied Leur premier soin en se levant est de seller un cheval , qui reste attaché à la porte de leur maison , et dont ils se servent même pour des distances moindres de 5U pas. Leur vie s’écoule dans l'oisiveté; jamais ils ne travaillent la terre. Si l’on pénètre dans un rancho , on trouve les hommes couchés, fumant le cigarreet buvant l’eau-de-vie, tandis que les femmes, qui par le fait remplacent les hommes dans les travaux ailleurs dévolus à ceux-ci, s’occupent un peu d’agriculture et de jardinage; elles louent quelques Indiens qui les aident à faire de petites semailles. Ces femmes sont eu général grandes, fortes, belles et très fécondés, ayant jusqu’à douze ou quinze enfants; elles manient les chevaux et le lazo avec autant d adresse que leurs maris , auxquels encore elles sont supérieures par l’intelligence et les qualités morales.
Les Californiens , cavaliers intrépides qui naissent et meurent pour ainsi dire à cheval, aiment passionnément les courses, et s’y défient par de gros et ruineux paris. Ils jouent aux cartes, aiment les combats de coqs, de taureaux et d’ours. Ils se réunissent lors des fêtes des missions, et dansent chaque fois au moins deux jours et doux nuits, sans autre interruption que pour l’heure des repas Ils vous engagent souvent à les accompagner à 2 ou 300 lieues, uniquement pour danser quelques jouiv a une réunion de la mile. Ils oui pour la musique un goût tout aussi prononce, et presque tous possèdent une guitare pour s’accompa-
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gner dans leurs airs. Enfin , leur hospitalité est sans iimile; mi ne trouve point d'auberge ou d hôtellerie, et chacun vous accueille et vous héberge sans la moindre rétribution.
Leur premier soin en vous voyant est de vous tendre la main, de vous offrir de l'eau-de-vie, et de vous demander votre nom , votre état et le but de votre voyage; et d’avance, à leur tour, ils répondent à toutes les questions qu’ils supposent que vous leur ferez à ce sujet.
Le costume habituel des hommes est un large pantalon en drap, ouvert à partir du genou et laissant voir un caleçon en toile ; plus une chemise en toile blanche, une cravate noire, une ceinture, une veste ronde en indienne, et des bouffantes aux manches; enfin des souliers en peau de daim et un chapeau noir à larges bords, avec un foulard. Les femmes ont une robe en indienne ou en soie, dont la coupe suit de loin les modes françaises, et une écharpe en coton ou en soie, pour se couvrir la tôte au besoin. Les bas de soie et les souliers sont réservés pour les grandes fêtes. Lorsqu’elles vont tète nue , elles laissent pendre leurs nattes, ou même tomber leurs cheveux sans les tresser. Leur chapeau, dont la dimension est énorme, ne sert que pour monter à cheval, où elles courent avec des selles d'hommes, en se formant seulement un étrier plus long pour le pied gauche. Si un homme et une femme vont ensemble à cheval, celle-ci est devant et le cavalier derrière.
Les Californiens sont d’un commerce agréable et facile; ils sympathisent particulièrement avec les Français, qui reçoivent surtout des femmes l’accueil le plus prévenant et le plus gracieux. Ce sont elles également qui se mettent le plus en frais d’hospitalité. Mais si l’on
entreprend avec des Californiens une course lointaine, il fautcommeeux savoir manier, soitle lazo pour changerdemonture,soitla hachepour couper le bois, l’aviron pour traverser les lacs et les rivières, et enfin la carabine pour tuer le gibier ou pour défendre sa vie contre les bêtes fauves ou les Indiens errants qui peuvent vous attaquer : sans toutes ces précautions, gardezvous d’accepter, du moins quant à présent, les excursions californiennes dans l’intérieur, et bornez-vous au littoral.
Sous d'autres rapports plus physiques, il n’est peutêtre pas inutile d’ajouter ici que les Indiens de la Californie sont, en quelque sorte, plus basanés que les habitants des pays les plus chauds de l’Amérique du Sud; comme aussi les Mexicains proprement dits sont plus basanés que les Indiens de la Colombie ou du Vénézuela et de la Nouvelle-Grenade. Les peuplades éparses au nord du Rio Gila sont plus brunes que celles qui avoisinent l’Etat de Guatemala. Les Mexicains, surtout ceux de la race aztèque , ont plus de barbe que d’autres indigènes de l’Amérique méridionale : aussi presque tous les Indiens des environs de Mexico et ceux de la Californie portent de petites moustaches. A une grande force musculaire les Indiens joignent l’avantage de n'avoir presque jamais de difformités; on ne voit parmi eux aucun bossu, et il est extrêmement rare d’apercevoir des louches, des boiteux oudes manchots. Tous atteignent généralementun âge très avancé. Enfin les Indiens, en général , montrent beaucoup d’intelligence ; mais les Indiens cultivateui s ont moins d’énergie ou de caractère que les Indiens chasseurs.
ÀLBEÜT MON’TÉMONT.
Paris. — lmp. Làcour et Comp., rue Soufilot, 16.
Ch. Mct'.iiis di 1. ,mP- a'riK'S'
PEAU 110UGE.
( Uulloc.)
J. DRY a int, Editeur.
fc'tlô do Cuba.
BULLOGl£.
PRÉLIMINAIRE
Le Mexique, cette vaste contrée américaine, si riche en mines d’or et d'argent, en souvenirs héroïques ou atroces, en antiquités diverses, était, pour ainsi dire, ignoré de l’Europe au moment où le célèbre voyageur Alexandre de Humboldl publia son ouvrage sur les régions équatoriales. Depuis le passage de ce voyageur en ces régions au commencement du xixe siècle, il s’est opéré de nombreux changements dans la situatio n politique et dans les mœurs et opinions des habitants. Il était réservé au voyageur Bullock de nous faire connaître ces changements et de compléter ainsi l’histoire naturelle et politique de ce beau pays, dont nous dirons un mot général avant de passera la relation.
Le Mexique est borné à l’ouest par l’océan Pacifique, au midi par la baie de Honduras et la république Guatemala, à l’est par le golfe du Mexique, et au nord par les montagnes Rocheuses et les Etats- Unis de l’Amérique du Nord. L’étendue de cette contrée, formant aujourd'hui une république analogue à celle des Etats-Unis, n’est pas moindre de cent vingt mille lieues carrées. Une moitié, placée sous le tropique, reçoit les feux de la zone torride; l'autre moitié respire s'ous un climat plus tempéré. La grande chaîne des Cordillères,