CHAPITRE XY
VOYAGE DB LA VBCQUB A lliinm.
Le i5 janvier i8i 5^ je partis de la Mecque avec une petite caravane de pèlerins qui allaient visiter le tombeau du prophète ; elle consistait en une cinquantaine de chameaux appartenant à des Bédouins des tribus de Rischié et de Zebeidé qui accompagnaient eux-mêmes ces animaux ou les faisaient suivre par leurs esclaves. J'en avais loué deux pour mon esclave ^ moi et mon bagage ^ et conformément à l'usage du Hedjaz ^ j'avais payé d'avance l'argent; c'était i8o piastres par chameau. Mon métaouef dont j'étais content quoiqu'il ne fut pas exempt des défauts des gens de sa profession , m'accopipagna jus^ qu'à la plaine de Scheikh Mahmoud où les bêtes de somme étaient rassemblées et d'où la caravane partit à neuf heures du soir. Le voyage jusqu'à .Médj[ne,
de même qu'entre la Mecque et Djidda, se fait de nuit, ce qui le rend moins profitable à l'observateur et en hiver bien moins commode que s'il avait lieu de jour.
J'avais acheté une montre à la Mecque et j'avais obtéiMi d tin navirfe atjglàîs , à Djidda , une bonne boussole. Après une heure et un quart de marche, nous passâmes devant l'Omra; la route jusque-là est pavée en grandes pierres, sur divers points , notamment aux montées. Nous traversâmes des vallées dont le sable était ferme , entre des chaînes irrégulières de coteaux où croissaient quelques arbustes et des acacias rabougris ; le chemin , sauf quelques exceptions, était parfaitement uni.
A cinq heures de Itt Mfefcquèj Aétti vîmes El Meïmounié, édifice ruiné, avec le tombeau d'un santon ; les Wahhabites en avaient démoli le dôme. B y a tout àupt^ès un puits d'eau douCe et un petit réservoir en pierre j un bâtiment contigu au tombeau sert de khan aux voyageurs. Pendant les sii premières heures-, on se dirigea au N.-O. ; aloris on doubla un coteau escarpé que les ca;ravanes ne peuvent pas traverser et on s'avança au N.-N.-Ô. ▼ers l'Ouadi Fatmé où Ton arriva aux premiers anoiAens de l'aurore, après huit heures de marche depuis la Mecque.
16 janvier. — On fit halte à Ouadî Djemmoùn où les caravanes de pèlerins se reposent la veille du jour où elles entrent dans la ville sainte. L'Ouadi Fatmé est bas, abondé en sources et en puits, et s'étend dans la direction de l'E.-N.-E. à une distance de quatre à. cinq heures, où il atteint presgye l'Ouadi
Lîmoun. Il se termine à une heure et demie de mapi che à l'ouest de notre campement, aînsî sa longueuif totale est d'environ six heures. Sa partie la plus oc-^ cidentale est appelée Medoua ; c'est dans l'ouest que se trouvent les principales plantations ; dans l'est il n'y a que peu d'endroits en culture. Cette vallée présente', de ce côté , à la vue, une plaine large de plusieurs milles, couverte de buissons et flanquée à di'oîte et à gauche de coteaux bas, ou de lerraîné élevés et stériles; mais on dit que vers son extrémité érientale elle est très bien cultivée. Les différentes parties de l'Ouadi Fatmé ont reçu chacune tin nom, mais celui que donnent ordinairement à l'ensemble^ les habitans de Djidda et de la Mecque est El Ouadi, la vallée; les historiens arabes la désignent cornftiuttément par celui A'Ouadi Merr. Entre l'Ouadi Fîïtmé et Hadda , station sur la route de Djidda, otf trouve Serouàt etRak'ani (i).
Lés terrains cultivés de l'Ouadi Fatmé , \é sont principalement en dattiers dont le fruit approvi*' sionne les marchés des deux villes voisines, et en plantes potagères qui sont portées toutes les nuits paf dés ânes à Djidda el à la Mecque. On sème aussi lirne petite quantité de froment et d'orge. L'eau étant abondante , l'Ouadi pourrait être rendu plu* fécond qu'il ne l'est, sî les habitans du Hedjaz n'étaient pas en général peu enclins à tout travail manuel. Prés du lieu où nous campions, coule un petit ruisseau venant de l'est; sa laideur est a peu près de trois pieds; sa profondeur de deux; dans une
(i) V. Àsami.
grande partie de son cours il est couvert d'une voûte en pierres^ il n'y a de libre qu'un espace suffisant pour que les caravanes s'approvisionnent d'eau qui est plus tiède el plus agréable au goût que celle du Zemzem à la Mecque. Tout auprès on voit plusieurs édifices sarrasins en ruines, et un grand khan; suivant El Fasi il y avait jadis une mosquée nommée El Fa th. Des cabanes d'Arabes éparses entre les dattiers, appartiennent aux cultivateurs qui sont principalement de la tribu de Lahian ; les plus riches font partie des Doui Barakat, tribu des schérifs de la Mecque; ils vivent ici comme des Bédouins sous des tentes et dans des huttes. Ils ont quelques bestiaux; leurs vaches, comme toutes celles du Hedjaz, sont petites avec une bosse sur le garrot. L'Ouadi Fatmé est également remarquable par ses nombreux hennés, arbres dont les fleurs odoriférantes réduites en poudresont employées par les pfeuples de l'Orient pour teindre la plante des pieds et la paume des mains ou les ongles des uns et des autres. Le henné de cette vallée se vend à la Mecque , aux pèlerins, dans de petits sacs de cuir rouge; beaucoup en rapportent chez eux pour en faire cadeau à leurs parentes. Il me semble probable que les Oaditœ de Ftolomée habitaient dans cette vallée ( Ouadi, 0<idi ).
Nous trouvâmes à notre station une troupe d'une vingtaine de domestiques et de chameliers appartenant à l'armée turque de la Mecque, et qui s'en étaient échappés secrètement pour échappera l'embargo mis par Mohammed Aly sur tous les hommes de leur profession. Ils manquaient de provisions et n'avaient que très peu d'argent ; mais apprenant qu'une cara-
»-* savane allait partir pour Médine^ ils pensèrent qu'ils pourraient l'y accompagner. Quelques uns qui étaient Egyptiens avaient l'intention de gagner Yambo, d'autres c'étaient des Syriens avaient le projet de s'en retourner chez eux par la route du Hedjaz àtraversle désert, et d'aller en mendiant d'un camp de Bédouins à l'autre, puisqu'ils n'avaient pas^ le moyen de payer leur passage par mer jusqu'à Suez.
A trois heures après midi nous partîmes , et il nous fallut une heure pour traverser l'Ouadi jusqu'à son extrémité au nord ; la route des pèlerins monte ensuite doucement entre des coteaux , et traverse des vallées couvertes d'acacias, en suivant la direction du N. 4o 0. , la roche est de granit gris et rouge. Au bout de deux heures , le pays s'ouvre, les arbres diminuent, et on va au N. 55 0.
Vers le coucher du soleil, j'avais marcRé un peu en avant de la caravane , et me trouvant fatigué , je m'assis sous un arbre en attendant mes compagnons; * cinq Bédouins qui s'étaient glissés le long des broussailles enlevèrent brusquement mon bàlon, ma seule arme, qui était à terre derrière moi. Leur chef me dit que sans doute j'étais un déserteur de l'année turque, et par conséquent de bonne prise. Je ne leur opposai aucune résistance; néanmoins les voyant moins déterminés que le sont généralement les voleurs bédouins, j'en conclus qu'ils n'étaient pas exempts de craintes; c'est pourquoi je leur dis que j'étais un pèlerin appartenant à une grande caravane escortée par des Bédouins Harb. « Attendez un peu » avant de m'arrêter, ajoutai-je ; l'arrivée de la ca— n r^ivane vous garantira la vérité de mon dis<coun\
I) gardez*voi(s de me faire aucune violence , parce » que nos guides sauront quels sont ceux qui s'eu ii seront rendus coupables , et en instruiront ceu^j; >i qui opt le pouvoir de vous punir. » J'étais sur qu i|i p'^vaient pas l'intention de me faire de mal, car j'avais simplement un habit de voyage, et seulement quelques piastres fortes à perdre, en supposant la pire des chances. L'un d'eux,. un vieillard, invita ses camarades à attend^^e un peu, parce que ce ne ^rait pas bien de dépouiller un pèlerin. Pendant notice conversation , j'attendais avec impatience l'apparition de ia caravane; elle avait fait une halte d'un quart d'heure, afin de laisser aux voyageurs le temps de s'acquitter de la prière du soir , pratique journalière parmi eux, mais que j'ignorais encore. Ce retard m'était fort contraire, et je croyais à çhaqumnstant que ces vagabonds allaient me dévaliser, quand enfin le pas des chameaux se fit en* tendre^ alors les Bédouim se retirèrent aussi souçUinement qu'ils étaient venus.
Quoique la route de la Mecque à Médine fût regardée comme sûre pour les caravanes comme la notre, qui n'était pas armée , cependant les traineurs courent toujours des risques, et sans la terreur que la victoire remportée peu de jours auparavant par Mohammed Âly avait inspirée à tous les Bédouins 4u voisinage, j'aurais été puni de mon imprudence à me hasarder seul s;ur la route. Pendant la plus grande partie de la nuit, on voyagea dans une plaine plus graveleuse que sablonneuse , où des aschours Ç^asclepias gigantea) croissaient au milieu des
plus de sept heure» de marche ^ on fit halie à El Kara.
17 janvier. On dormit pendant quelques heures de la nuit y ^exjui arrive rarement pendant ce voyage. El Kara est^une plaine noire et, pierreuse » avec des collines basses, à une grande distance dans Test} quelques arbres ,épineu?: y croissent, mais on n'y trouve pas une goutte d'eau. La vue de ce lieu me rappela fortement le désert de Nubie , au sud de Scbigré. Quoique nous fussions au milieu de l'hiver^ la chaleur fut très forte pendant toute la matinée^ Personne dans la caravane n'avait de tente, et j'é-tais le. pi us exposé de tous, mes compagnons étant montés sur un schebrié ou schekdof . sorte de selle de chameau couverte qui abcite un peu du soleil , soit quand on est monté sur l'animal^ soit quand on est assis à terre. Le schebrié sert à une seule personne, ef le schekdof a deux places, chacune d'un côté du chameau ; mais j'avais toujours préféré un siège ouvert sur un animal chargé, parce que c'est plus commode, et que d'ailleurs c'est plus conforme à la cqutume arabe; on a l'avantage de monter et de descendre sans laide du chamelier, et sans arrêter le chameau; ce qui est très difficile quand ils ont ces machines sur le dos, notamment le schekdof, où les deux personnes sont obligées de se tenir continuellement en équilibre.
Aujourd'hui je hs une connaissance plua intime avec mes compagnons de voyage, car dans les petr tites caravanes chacun cherche à être sur un pied amical avec son prochain. C'étaient des Malais ou, çojEKUuç ûA \^ OQnune 44iis le LeYaut^ des Javans^^
et , à Texceptron de quelques uns de la côte de M alacca, de Java et de Sumatra^ ils étaient tous de la cote de Malabar et sujets britanniques. Les Malais font régulièrement le pèlerinage, et souvent amènent leurs femmes : il y en avait trois dans notre troupe. Beaucoup de ces Malais restent pendant des années k la Mecque à étudier le Koran et la loi, et sont connus parmi les Indiens vivant dans le Hedjaz comme scrupuleusement attachés aux préceptes ou au moins aux cérémonies de leur religion. Bien peu parlent couramment l'arabe, mais tous lisent le Koran , et même en voyage s'en occupent. Ils subviennent à leurs dépenses en vendant du bois d'aloès , dont ils me dirent que la meilleure espèce, qui est le ma ouardi, coûte dans leur pays de trois à quatre piastres fortes la li^re, et se vend à la Mecque de vingt à vingt-cinq. Ljeurs traits longs et alongés, leurs fronts saillans , leur stature courte mais robuste, leurs mauvaises dents, qui présentent un contraste frappant avec celles des Arabes brillantes comme des perles, les distinguent partout, quoiqu'ils portent le costume indien ordinaire. Leurs femmes étaient sans voile; elles avaient des robes et des mouchoirs de soie rayée de fabrique chinoise. Ces Malais paraissaient être des hommes très rangés et très paisibles , mais extrêmement avares; leur manque de charité se montra suffisamment p.ir leur conduite envers les pauvres fugitifs qui s'étaient joints à nous à rOuadi Fatmé. Durant tout le voyage, ils ne vécurent que de riz et de poisson sec ; leur riz était cuit à l'eau, sans beurre, denrée très chère dans le Hedjaz^ mais qu'ils ne dédaignent pas;
plusieurs d'entre eux demandèrent à mon esclave de leur donner eu secret un peu du mien pour assaisonner leurs mets;. Comme c étaient des gens à leur aise , l'avarice seule pouvait être la cause de ce régime si frugal; ils étaient tous assez punis par les malédictions des Bédouins , qui s'étaient naturellement attendus à partager leurs dîners , et ne pouvaient se décidera avaler le riz cuit à l'eau. Leurs ustensiles de Cuivre étaient de manufacture chinoise, et, au lieu de V abri A, ou pot dont les Levantins se servent pour se laver et faire leurs ablutions, ils emtployaient leurs théières chinoises.
Durant ce voyage , j'eus de fréquentes occasions de m'instruire de l'opinion de ces Malais sur le gouvernement et les coutumes des Anglais leurs maîtres actuels ; ils manifestèrent une rancune décidée et un esprit hostile envers eux , et blâmèrent sans réserve leurs usages ; toutefois les pires qu'ils connussent étaient qu'ils buvaient trop de vin etqueles deux sexes, dans les relations sociales, n'étaient pas séparés l'un de l'autre; mais aucun n'accusa l'équité du gouvernement qu'ils opposaient à celui des princes indigènes, et quoiqu'ils accablassent les Anglais des mêmes épithètes injurieuses Senties musulmans fanatiques chargent partout les Européens , ils ne manquaient jamais d'ajouter : w mais leur gouver- » nc^ent est bon. » J'ai çntendu beaucoup de conversations semblables entre les Indiens à Djidda et à la Mecque, ainsi qu'entre les matelots arabesque le commerce conduit à Bombay et à Surate; le résultat général était que les musulmans de l'Inde haïssent les Anglais , quoiqu'ils aiment leur gouvernements
Oa le?« le camp à dix heurds du soir et on marcha dans la plaine de Kara , en suivant la direction du N« 4o 0. Au bout de trois heures^ on passa le Sébilel Kara^ bâtiment ruiné^ où jadis un puits , aujourd'hui comblé , fournissait de l'eau aux voyageurs. Je n'aperçus pas de coteaux à l'ouest. Ici la plaine est couverte d'arbres épais et de buisson^ touffus; elle se termine à une distance de six heures de marche, et Ton commencé à monter doucement par une vallée large et boisée, où on trouve le Bir Asfan, grand puits profond revêtu de pierres et au fond duquel coule de l'eau très bonne. C'est une station de pèlerins. Une autre route , à quatre milles à Test de celle que nous avions prise , conduit aussi de rOuadi Falmé à Asfan. Nous ne fi mes pas halte à ce puits. Samhoudi , historien de Médine , parle d'un ▼illage à Asfan , avec une source nommée Ooula; ce village n'existe plus. Au bout de sept heures commence un passage étroit et montant entre des roehers ; il n'y a de place que pour urï chameau. Les torrens qui en hiver se précipitent à travers ce défilé ont entièrement détruit le chemin et Font rempli de gros fragmens de pierres anguleuses : dans plusieurs endroits il seml)lait avoir été taillé dans le roc , mais la nuit était trop noire pour pouvoir rien distinguer. Au bout de huit heures on parvint au haut de cette gorge, il y a là un petit bâtiment, peut-être le tombeau d*un cheikh. Ensuite on voyagea dans une vaste plaine, parfois sablonneuse, et ailleurs mêlée de %able et d'argile, là croissant des arbres et des broussailles. A quatorze heures, un peu avant l'aurore, on passa de- Tant un petit camp de Bédouins et une heure après
on fît une balte près du village de Kholeïs» Pendant }a nuit pous uous étions arrêtés plusieurs fois et noua avions fait du feu pour nous chauffer.
La plaine où est le Khpleïs offre sur divers points des bosquets, de dattiers, des champs de dhourra^ da bamié et de dokken. Divers hameaux sont compri$ sous le nom général de Kholeïs ; le plus grand est Es Souk ou le marclié, près duquel campent les pé* lerin^. Un petit ruisseau dont Teau est tiède comm^ pelle de l'Ouadi Fatmé, a sa source près du Souk | elle est réunie , hors du village, dans un réservoir maintenant ruiné , puis arrose la plaine. On voit ^ussi, près du Réservoir, les ruines d'un sebil ; c^est un petit bâtiment ouvert qu'on trouve souvent à côté des fontaines ; les voyageurs y font leuçs prières et s'y reposent : suivant Rotobeddin , le réserypir et le sebil furent bâtis par Kaïd Beg, sultan d'Egypte vers 885 A. H. A cette époque , Kholeïs avait son émir qui était un personnage très puissant dans le Hedjaz. Il y avait là beaucoup de vaches et de brebis : les Arabes se plaignaient de ce que leurs, champs souffraient de la sécheresse j il n'était pas encpre tombé de pluie, quoique la saison fûf ' avancée. L'eau du ruisseau paraissait ne pas suffire pour l'irrigation de tout le terrain cultivé , et lef Arabes* par leur négligence en laissaient perdre la moitié qui coulait hors de son canal étjH)it.
Levillaged'EsJSouk renferme à peu près cinquante maisons toutes bâtiesen terre, et très basses; sa prin-r cipaie rue est bordée de boutiques tenues par deshabitans de Kholeïs et fréquentées par tous les Bédouins du voisinage; on y s^endait principalement dos datt^t
ensuite des lentilles^ et des oignons d'Egypte^ du dhourra, de l'orge, du riz et d'autres denrées ; mais il n'y avait pas de froment , les Bédouins de ce pays en faisant peu d'usage ; enfin on y voyait des épiceries , des drogues , une écorce d'arbre qui sert à tanner les outres et du beurre. On n'y trouvait pas de lait , parce que personne ne se soucie d'être appelé marchand de lait. Une mosquée assez bien construite s'élève le long du ruisseau, près de sycomores gigantesques (Jicus s/comorus). J'y rencontrai deux pèlerins nègres du Darfour ; la nuit précédente ils avaient été volés, sur la route, de quelques piastres gagnées à la Mecque; l'un d'eux, ayant essayé de se défendre, avait été rudement battu; ils avaient le projet de retourner à Djidda, afin de tâcher d'y réparer leur perte par quelques mois de travail. Un des Bédouins qui les avaient dépouillés, fumait sa pipe dans le village, pourtant ils n'avaientaucun moyen de iprouverlevol, nid'obtenirjustice.Kholeïsestle chefîieudela tribu deZebeïd, branche des Béni Harb; leur scheikh y réside. Ils sont pour la plupart Bédouins; et beaucoup même de ceux qui cultivent la terre, passent quelques mois sous des tentes dans le désort, afin de faire brouter à leurs troupeaux les herbes qu'il produit. Quelques familles de Béni Amer ou A'amer i), autre branche des Harb, sont mêlées avec cette tribu à Kholèïs.
Avant la conquête des Turcs, le signe d'échange t)rdinaire à ce marché était le dhourra, maintenant
(i) Les Béni A^amcr ne doivent pas être confondus aTcc lej Ainery •ulretiibudesHarb. *
c'est la piastre et le para. K|io1e!s envoie quelquefois (le petites caravanes à Djidda , qui est à deux longs jours de marche , ou à trois jours pour une caravane. On me dit que les montagnes voisines étaient peuplées de Bédouins. A peu près à trois heures de distance au N.-E., est TOuadi Khaouar, vallée petite^ connue par raboudance de ses bananes dont elle approvisionne les marchés de la Mecque et de Djidda.
i8 janvier. Ayant rempli nos outres, nous parti-* mes vers trois heures après midi. On se dirigea au N. 20 E.. à travei^s la plaine. Eu deux heures on arriva au Theniet Kholeïs/ haute colline dont le flanc escarpé était couvert d'un sable profond, et nos chameaux ne purent niion ter qu'avec difficulté. On voit, au sommet, d'antiques ruines d'un grand édinoe. Le chemin des deux côtés de la colline , est bordé d'un mur, afin d'empêcher un trop grand amoncellement de sable : il était couvert de cadavres de cha-: meaux, laissés là par la dernière caravane de pèlerins. En descendant, une plaine s'étendit devant nous au nord et à l'est à perte de vue. A l'E.-N.-E., on apercevait de hautes montagnes à une distance de 20 à 3o milles. Nous marchâmes dans la plaine au N. 10 0.; elle était de gravier ferme, mais au bout de trois heures et demie, ce ne fut plus qu'un sable profond parsemé de tarfas outamariscs^ arbre qui se plait da^s cette sorte de terrain, et qui dans la saison la plus, aride, quand tous les végétaux voisins sont flétris, ne perd jamais sa verdure. Il est très commun dans le désert d'Arabie, de l'Euphrate à la lM[ecque, ainsi que dans ceux de Nubie; ses
jeilnèè feuilles sont imer excellente pâturé pour les chameaux. Au bout de qtiatre heures un'quatt, le chemin était couvert d'utie croule saline, indiquant le voisinage de là mer. Ensuite on Suivit divèrs^es directions. *
Conformément à Tusage du Hedjaz, les chaMeaux ifaârchent sur une seule ligné, celui de derrière étant Uëàlà queue de cdui'qui le précède. L'Arabe qui était en avant, devait guider la troupe, mais il s'endormait fréquemment, ainsi que ses compagnons derrière lui; alors son chameau prenait le côté qui lui convenait et souvent égarait toute la caravane. Au bout de douze heures, on fit halte à KuUeïa ou Kubeïba, station des pèlerins. Chaque point de la plaine d'Arabie est connu par un nom particulier , et l'œii et l'expérience d'un Bédouin sont nécessaires pour distinguer un petit canton d'un autre ': les différentes espèces d'arbustes ou de pâturages que les pluies y font pousser, sont d'un grand secours pour ciela, et quand les Bédouins veulent indiquer à leurs compagnons un lieu qui n'a pas dé nom , ils le désignent toujours par l'espèce d'herbe qui y croît; par exemple Abou Schih, Aboa'Aga'l, etc.
A peu près à deux heures de distance au N.-E. du lieu où nous nous reposions, il y a de l'eau et un petit bocage de dattiers. On me dit que la mer était éloignée de six a huit heures. On continuait à Vcnr à 20 ou 5o milles à l'E. des montagnes à -sommet aigu avec des pics escarpés et isolés. Elles sont habitées par la tribu d' Ateïbé qui, dans le dix-seplième siècle, occupait aussi l'Ouadi Fatmé, suivant Asa-
M. Pans la 'matinée ^ des Bédouines parurent,
conduisant qilelque^ troupeaux de brebis H èe Tchèvres affamées qui eherchaieiit le!i tnaigre* heN bâges de ces lieux: Pas une goutte d'eau n*étaît tombée dans cette vallée, tous les arbustes étalent flétris, et cependant ceS Bédouines n'osaient pasal- ]$r à la découverte de meilleurs pàtut^ages dans les montagnes voisines qui île dépendent pas du territoire de leur tribu; car lorsqu'une sécheresse SUr^ vient y les limites de chacun sont soigneuseftient gardées par les pasteurs. J*allai avec plusieurs Mûlàîs Vers ces femmes pour leur demander du lait ; les Mi- Isâ^ avaient apporté de l'argent pour en achetëf^ Quant à moi j'avais rempli, dans le même dessein, me^ ^ poôhes de biscuit; leS Bédouines refusèrent de preti^
^j drë l'argent > disant qu'elles n'étaient pas accoulu*-!
^"^ sbées àjrendpe le lait; mais quand jô leur donnai lietl v biscuits, elles me remplirent en retour ma gamelle' de lait. Durant le passage des pèlerins, tes pauvrei Bédouines s'ênfairent de toutes p^rts, connaissant lefc habitudes pillardes des soldats qui escortent la ca^ ravanefc
19 janvieré On partit de Kulleïa à une heure et demie après midi. Au bout de trois heures de marche d^ns la plaine, ou atteignit des collines basses dé sable iïiobîIe> et au bout de quatre heures, une plaine pierreuse y où des masses de rochers traversaient le chetnin; on se dirigeait au N. 25 0. Au bout de neuf heures on ût halte pendant la nuit près.du village dfe Rabegh, après avoir constamment voyagé sur un ter=rain uni. Trois ou quatre hameaux à peu de distancé l'un de l'autre sont compris soûs ce nom : le prind*pal| de même queeelui de Kholels^ est distingué pat
Tëpithéte d'El Souk (le marché). La plaine voisine est cullivée, et des plantations touffues de palmiers font de Rabegh un lieu remarquable sur cette route. Au milieu de ces arbres^ on aperçoit quelques tamariniers ou thamr hindi, dont le fruit verdàtre était suffisamment mûr et agréable. Quelques uns de ces arbres croissent également à la Mecque. Il était récemment tombé un peu de pluie , et la terre était cultivée en divers endroits. La charrue de ces Arabes , traînée par des bœufs ou des chameaux, ressemble à celle que Niebuhr a dessinée, et qui, je crois, est généralement usitée dans le Hedjaz etl'Yemen. Rabegh a l'avantage de posséder un certain nombre de .puits , mais leur eau n'est pas bonne. Gomme ce fieu .est voisin de la mer dont on me dit qu'il n'est éloigné que de six à sept milles, mais que les bocages de dattiers empêchent devoir, beaucoup de navires du pays qui ont besoin d'eau fréquentlent cette côte. Je ne ^ puis concevoir ce qui a pu induire Ptolëmée à placer ' une rivière entre la Rlecque et Yambo , car certainement, dans tout le Hedjaz, nulle rivière n'a son embouchure dans la mer. En hiver, beaucoup de torrens se précipitent du haut des montagnes.
Les Bédouins de cette côte s'adonnent à la pèche avQC beaucoup d'activité, et apportent ici, des ports les plus éloignés, leur poisson salé; on en trouve toujours en quantité sur les marchés, où il est acheté j)ar les équipages des batimens arabes qui en consomment une grande partie , et vont vendre le reste en Egypte ou à Djidda; la population de Rabegh appartient aux tribus d' A^amer et de Zebeïd et notamment à la dernière. Dans les montagnes à l'est ,
vivent les Béni Ouof, autre tribu des ïtarb. Les pèlerins qiii se rendent par mer d'Egypte à Djîdda, sont obligés de prendre rihrajn en passant devant Rabegh, cequ'ils fo))t soit sur le rivage, soitàbord du navire.
XJq événement survenu ici montra, de la liiaDÎérè ia. plus évidente , le manque total de charité de nos cotpp3gaohsle« Malais. Quelques uns de leurs çompati'iptes, que leur' pauvreté empêchait delou^ un chameau, 'les suivaient à pied: jnais comine no^ marches de nuit étaient Igngàes. cies gens ne nous rattrapaient que le matin, une heure ou deux apr^ que nous ayions.'ïaît haUe. Aujourd'lmi l'un deyx i^t améûë soiis l'escorte de deux nL'doulnsT)uof;,ils y6us!dîrent qii'iU, l'avalent trouvé ^garé dans leader sert, et.quiiieur avait promis vingt piastres, s Js Toulîûent lè mener àsa cancane, et ajoutèrent qu'ils espéraiieritque.'ses amis paieraientcettersomipe obqr lui, car ils voya(^t bien qu!il ne ppssédait pas un para. 'Quand ils s'a perçurent, que personne de nptre troupene manifestait la moindre inclination de cofl^i- 1er la plus petite pari!elle de cette somme, et que tous les- Malais prétendaient lie pas .connaître cet homme qui, disaieot-its, s'étaitjointà la caravane, à son départ de la Mecque, sans que personne sût qui il était, les Bédouins déclarèrent qu'ils le dépouilleraient de ses chétifs vêtemens et le garderaient prisonnier dansleurs tentes, jusqu'au passage de quelque Matai qui consentit à le relâcher.
Au moment où la caravane se préparait à partir, ils le saisirent et l'emmenèrent à quelquedistance, du càù du bois. L'excès de la firayeur coupa la parole «