PREFACE
Après avoir consacré plusieurs années à l'étude des arts, de l'histoire et de la littérature de T Italie , et avoir fait plusieurs voyages dans cette docte el poétique contrée, j'ai essayé de peindre une Italie nouvelle, et si j'ose le dire, inconnue. Un voyage en Corse, à l'île d'Elbe et en Sardaigne m'& paru se rattacher à ce système de découvertêk; deuxspremières de ces îles devenues célèbres, sônt peu connues; la dernière estreétééâ pçuj^s ignorée.
Si la fatigue du voyage qui ne peut se faire qu'à cheval et par d'affreux chemins, était bien plus grande en Corse qu'en Italie, la fatigue littéraire était encore plus forte. Je n'avais plus
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à mettre en œuvre ces excellens ouvrages d'art et d'antiquités, écrits par de savans auteurs;, mais il me fallait peindre des mœurs et rappeler de glorieux souvenirs : au lieu de tableaux et de statues, j'avais en Corse des actions et des hommes.
La Corse, la dernière de nos provinces françaises, ne s'est montrée inférieure à aucune d'elles par la qualité de ses habitans. En moins d'un demi-siècle, elle avait produit des capitaines et des hommes d'état tels que les trois Paoli , Bonaparte , Salicetti , Arena , les deux Casabianca , Abbatucci , Cervoni , Pozzo di Borgo, les deux Sébastiani, et des magistrats tels que Vidau Bertolacci », Castelli et Colonna 3 . Il semble que cette île infréquentée ait encore vu passer et comme attiré les plus puissans contenipojrains . Mirabeau y sert commfe &0tei;er'; DfftfiQÛrifcz jeune y intrigue et s'y Wt; JMsoa-bLess&y perd un œil : Murât fugitif y rêwfcon *rctaîe, - et s'y embarque pour aller moWïpj •pt^K^vâidqueur de Rivoli et d'Essling ainsi que le roi Charles-Jean y sont
* Premier président à Florence sous l'Empire.
* Ancien président de la cour suprême en Corse. 3 Voyez sur ces deux magistrats , le chapitre vi.
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faits caporaux. A côté de ces héros de l'histoire , la Corse est encore parcourue par quelques héros de romans, Guibert et Lauzun. Récemment, elle a été visitée par un Bolingbroke, par la princesse de Galitzin, née Souvaroff, et par quelques Français distingués; l'illustre auteur des Souvenir* , Impressions , Pensées et Pat/sages pendant un voyage en Orient, avait parlé de s'y rendre, et elle commence à devenir à la mode.
Les trois îles que j'ai visitées se recommandent diversement à l'intérêt et à la curiosité du voyageur, môme après l'Italie. La Corse offrira les délicieuses vallées du Cap-Corse , la charmante Balagne, la vaste plaine d'Aleria, l'immense prairie du Coscione , les plus belles forêts de l'Europe, et le gigantesque Monterotondo.
L'île d'Elbe a sa superbe mine de fer, et le passage de Napoléon.
La Sardaigne compte deux merveilles , les premières dans leur genre : la grotte d' Alghero, la reine des grottes , et la forêt d'orangers de Milis, à laquelle les plages même de Sari-Remo, de Salô et de Gaëte ne peuvent être comparées. Le point de vue de Cagliari est à la fois sin-
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gulier et magnifique. Le nouveau musée phénicien , unique en son genre , présente les antiquités religieuses les plus reculées. Le peuple sarde est resté , je crois , le plus pittoresque de l'Europe, et ses fêtes nombreuses au mois de mai sont admirables. Enfin pour décider certains voyageurs indifférens à tant de divers mérites, la Sardaigne est un des premiers pays du monde pour la chassp, et nulle part on ne dîne aussi copieusement.
Le grave accident survenu à ma vue à la fin de ce voyage en a suspendu la relation. Ce retard a toutefois contribué à rendre l'ouvrage moins imparfait,- j'ai pu profiter des matériaux officiels recueillis par M. Robiquet dans ses Recherches statistiques sur la Corse : les chiffres de cet écrivain sont ainsi venus en aide à mes impressions et à mes remarques qui lui devront de mériter plus de confiance. Une autre circonstance peut-être ne m'a pas été moins utile : un régiment presque entièrement composé de Corses a tenu garnison pendant plusieurs mois dans la ville solitaire que j'habite, vaste ruine qu'une pensée royale et française vient de ranimer en y évoquant les souvenirs de notre gloire. Après avoir travaille le matin
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sur mes notes et les livres , j'allais le soir achever mes idées au corps-de-garde et je serais ingrat si je taisais ce que je dois au 60." régiment, mon collaborateur.
11 est un secours plus doux , plus gracieux , dont je parlerai sans pudeur : c'est celui de ma femme; sa tendre sollicitude pour les débris de ma vue ne m'a point permis de toucher à une plume; le journal du voyage a été déchiffré par elle , et le manuscrit est tout entier de la main de cet intelligent et aimable secrétaire.