‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 103 sur 129 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Maison de Napoléon. — Présentations. — Drapeau. — Garde impériale. — Caserne. — Route. — Théâtre. — Départ.

Les deux anciens quartiers du génie et de l'artillerie réunis par un salon devinrent le palais impérial de Napoléon. Une allée d'acacias a été plantée par lui sur l'ancien rempart changé en jardin. Une citerne à pompe est aussi son ouvrage. On reconnaît dans la nouvelle et passagère habitation l'esprit et les habitudes d'ordre du maître , et tout le soin du matériel de la vie, sans svbarisme , qui distinguait les résidences impériales , si habilement réparées, dégagées et embellies sous son règne. Une porte de derrière ménagée en cas d'invasion, montre les vicissitudes de cette fortune , si long-temps menaçante et réduite à craindre sous son propre toit. On remarque dans les appartemens et particulièrement dans l'anti-chambre de la chambre à coucher, quelques gravures de la grande description de l'Égypte, souvenirs des temps de jeunesse, d'espérance et de gloire de l'hôte déchu. Dans le

ILE D'ELBE. 529 cabinet, le bureau d'acajou est reste' à la même place; il sert au gouverneur actuel de l'île, ancien officier de la grande armée, décoré de la Légion-d'Honneur, qui ne se doutait guère lorsqu'il servait dans nos rangs, qu'un jour il dût signer des ordres sur le bureau de l'empereur.

L'étroit asile de Napoléon ne fut pas toutefois sans dignité , sans grandeur : l'empereur détruit était toujours contemplé avec une admiration curieuse ; d'illustres étrangers venaient le visiter, et pendant son règne de dix mois , les présentations anglaises seules s'élevèrent à près de mille. Selon un historien bien informé , sa conversation étincelait alors d'esprit, de saillies et de vérités piquantes *.

Si Napoléon avait conservé une maison, une cour, des chambellans , son aigle glorieux , son drapeau populaire avaient disparu, et ils étaient remplacés par un joli et insignifiant pavillon blanc partagé diagonalement par une bande écarlate avec trois abeilles d'or de chaque côté. Mais les raille hommes d'infanterie de la vieille garde étaient là de nobles, d'admirables représentai

» Voyez Y Histoire du pape Pie VII par M. le chevalier Artaud , Paris 183C, T.. II , 583. M. Artaud était à cette époque secrétaire d'ambassade à Rome où l'on était très-occupé et fort au courant des nouvelles de l'île d'Elbe.

de la France : la cavalerie , moins nationale, se composait de Polonais et de Mamelucks qui témoignaient aussi de nos lointains exploits.

La belle route qui mène de Portoferrajo à Portolungone , est due à Napoléon qui l'avait plantée de mûriers abattus l'année suivante. Deux édifices caractérisent encore le passage de ce souverain , la vaste caserne et le petit théâtre. Ce dernier , autrefois couvent de carmélites , fut construit en quelques semaines; l'empereur avait donné le terrain et allait en personne encourager les travailleurs. La dépense a été faite par les propriétaires de la ville qui ont eu des loges à proportion de l'argent qu'ils avaient versé; chaque action de mille francs rapportait une loge. La salle est jolie, commode ; Napoléon avait sa loge en face. H assistait au bal masqué (veglionè) de ce théâtre, le a4 février 181 5, et le 26 il partait pour la France sur le brick V Inconstant.

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