CHAPITRE XXXIV
Vico. — La Sposata. — Couvent de Saint-François. — Eaux de Balogna. — Château de la Zurlina. — Trahison de Filippino da Fiesco. — Guagno. —Bains. — Martyre patriotique d'un curé. — Bon italien et bon français de Corse. — Arbori. — Château.
Vico, petite ville ancienne, industrieuse, qui compte près de quatorze cents habitans , est une des deux sous-préfectures supprimées sous l'Empire, et qui pourraient être rétablies. De hautes montagnes l'environnent : une d'elles porte le nom gracieux de la sposata, parce que l'imagination italienne trouve qu'elle représente la tête d'une jeune mariée.
Le couvent ruiné de Saint-François , agréablement situé, fut le lieu des premières et élémentaires études de M. Pozzo di Borgo , études commencées sous un pauvre moine, et devenues ensuite, à Ajaccio, sous la direction de l'érudit professeur corse Cuneo , si classiques , si littéraires.
A une demi-lieue de Vico , les eaux de Balogna sont estimées pour les maladies cutanées, et
même pour les longues, tristes et mystérieuses maladies des yeux , si voisines des peines de l'ame.
Sur la route de Vico à Guagno , entre Musso et Boccasorro , on aperçoit les ruines du château de laZurlina, qu'occupait en 1488, Rinuccio de Leca, parent et confédéré de l'illustre Jean-Paul 1 , lorsqu'il fut attiré à Vico , sur la fallacieuse parole de Filippinoda Fiesco qui promettait de lui rendre son fils , arrêté à Gênes , à la nouvelle de l'insurrection de son père. Fiesco avait été gentilhomme du duc de Milan , Sforze , en même temps que Leca, et s'était rendu seul et sans armes à la Zur* lina , afin de lui témoigner de la confiance et de l'inviter à descendre ; mais , à peine à Vico , il le saisit, le garrotte de ses propres mains, et l'envoie à Gênes, où peu de jours après, Leca expire au fond d'un cachot. La manière dont Filippini raconte et juge cette action , peut atténuer le reproche qui lui a été fait de sa complaisance envers la domination génoise, puisqu'il traite de goffissima (trèsbête), la résolution naturelle et généreuse de Leca, de suivre un capitaine génois, afin d'embrasser et de délivrer son fils. Les ruines de la Zurlina s'élèvent pittoresquement sur un mamelon de rochers, et de leur sein s'élancent de grands arbres qui les couronnent majestueusement, Guagno,
« Voyez CMtosas , chip. xxxt.
VICO. 111 village dans un fond de montagnes, sans beautés naturelles, compte six cents habitans.
Les eaux sulfureuses , efficaces contre les rhumatismes et les maladies cutanées, sont les moins mal tenues et les plus fréquentées de la Corse. Ji y a jusqu'à une auberge et une chapelle , et le nombre des baigneurs monte annuellement de six à huit cents.
Ce petit village de Guagno rappelle le stoïquc et rare courage d'un de ses cures : cerne dans un profond ravin par des soldats génois qui ne lui permettaient de sortir qu'à la condition de prêter serment aux oppresseurs de son pays , il préféra se laisser mourir de faim au milieu des rochers , martyre plus patriotique que chrétien , mais qui montre une force d'ame comparable à celles des plus grandes et des plus ce'lèbres victimes de l'histoire.
On cite Guagno pour la pureté' de son italien ; Vico aie même mérite. Le français de Corse n'est nullement corrompu, et ne ressemble point au barbare patois de la plupart de nos provinces. Chose singulière, ces insulaires et ces montagnards corses parlent à la fois l'italien et le français de , Rome et de Paris. Le dialecte corse est le moins corrompu des dialectes italiens, et infiniment plus intelligible que le jargon de Naples, de Gênes, de
Bologne, de Milan , et que le gracieux vénitien. Au milieu des révolutions et des systèmes linguistiques actuels , une haute fortune attend peut-être ce dialecte , puisque le célèbre auteur de la Storia degli antichi popoli iUdiani, a cru y reconnaître la racine des anciennes langues italiques l .
A une lieue et demie de Vico , entre Arbori , village de quatre cents habitans , et la rivière du Liamone , était le château de l'illustre Jean-Paul de Leca. Ce château historique , sur un rocher, conserve encore la citerne et le pont-levis.
1 E sempre, dit M. Micalt, che si pot esse avère buona cogniiione del dialetto proprio dei montanari cor si, non sarebbe impossibile ritrovarvi addentro talune radici affini aile anticke lingue italiche* Nel dialetto corso, uno dei meno alterati, s'adopera comunemente VU per 0 : proprietà dei primi Unguaggi italici : quindi dicono inativi duve, trovàtu, biawcu, specchio, etc. Cap. xx. Une remarque de M. Viale, à la suite de plusieurs eanzoni contudinesche in dialetto corso (Bastia 1835), peut servir d'exemple et fournir un nouveau rapprochement entre le latin primitif et le dialecte corse : no , e più comunemente un e indd è for se uriantichissima preposizione latina invece dïin, che si riscontra sovente nei frammenti di Ennio e di Lucilio, in cui si legge per esempio indu foro, invece di in foro,
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VICO