‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 39 sur 129 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Palais île Corte. — Appartement de Paoli. — Son gouvernement. — Sou université de Coite.

Corte qui compte aujourd'hui trois mille trois cents habitans , était la ville de prédilection de Paoli et la capitale de son état naissant. Elle pourrait en effet par sa position centrale devenir la véritable place de guerre de Pile , intercepter toutes les communications, et permettre de jeter en quarante-huit heures des forces sur les divers points.

J'ai visité au palais de Corte , dans le lieu où le tribunal tient ses séances , l'appartement de Paoli. Une des chambres devenue le greffe, est encore garnie d'épais volets, doublés de liège, qu'il y avait fait mettre afin d'échapper aux coups de fusil d'un de ses adversaires , logé vis-à-vis de lui. On me fit remarquer dans une petite pièce ? les tringles destinées à soutenir le dais placé audessus du fauteuil élevé sur lequel étaient brodées en or les armes de Corse, avec une couronne qui seule dépassait et surmontait la lete du général ,

prétendu trône , que Paoli fit retirer après la leçon qu'il reçut du silence des Corses , lorsqu'il essaya de s'y placer. Cette pièce était la salie du conseil, composé de neuf membres qui partageaient avec le général le pouvoir exécutif. Le gouvernement provisoire de Paoli, national, était absolu, violent, arbitraire. Sa garde, imposée par la sollicitude de la consulte générale, était de quatrevingjts hommes , mais il préférait et trouvait moins importuns les six gros chiens corses couchant dans sa chambre et son antichambre, ses véritables gardes-du-corps. L'armée , c'était la nation : tous étaient soldats de dix-huit à soixante ans, y compris les ecclésiastiques, à l'exception des curés; et un tiers de cette milice devait être , pendant huit jours et alternativement, toujours prête à entrer en campagne. La guerre que Paoli soutint douze années , fut à la fois étrangère et civile, car il n'avait pas moins à redouter ses rivaux que l'ennemi. Telle était la confiance qu'il avait inspirée à ses compatriotes , que malgré de si puissans obstacles, et même le manque d'argent, il devint réformateur et législateur , et fonda le premier en Corse et à Corte , une imprimerie , un journal et une université. ?

Cette université, créée en 1764, et détruite par l'invasion française , forma des hommes dis-

CORTE. 429 tingués dans les sciences, le droit et les lettres, tels que les Laurent Giubega , les Castelli , les Cataneo, les Arena, les Porapei, lesPietri, les Boerio et le père de Napoléon, Charles Bonaparte. D'après un legs de Paoli tardivement exécuté et accru des fonds votés annuellement par le conseil-général du département, une semi-université a été établie à Corte en i836. Quelques esprits sages et qui connaissent le pays , contestent l'utilité d'une telle fondation qui , avec la confiance corse, doit peupler le pays de beaucoup trop de docteurs et augmenter le nombre déjà trop considérable des solliciteurs de places *. Il est une école que je préférerais en Corse à toutes les universités du monde ; ce serait , je l'avoue tout bonnement, une grande école d'arts et métiers ; elle seule peut y faire naître l'industrie et l'amour du travail , sans lesquels la Corse sera toujours languissante. L'argent du legs de Paoli eût peut-être été mieux employé en bourses dans les collèges du continent; on aurait ainsi ramené dans leur patrie des jeunes gens mieux instruits , plus for-

» « Nulle part, dit M. Rohiquet, les emplois ne sont plus recher- « chés qu'en Corse. Il n'y a peut-être pas non plus de pays où le

• nombre des employés soit plus grand , relativement à la popula-

• tion , et où la somme absorbée par les appointemens de ces em- « ployés soit plus considérable , relativement au produit des conc tributions. » Recherches historiques sur la Corse, p. 406 , 407.

Page 1