CHAPITRE XXXIX
Aspect. — Pacification. — Porcs.
Je ne sais si l'aspect de Corte ressemble exactement à celui de Lacédémone, ainsi que le trouvaient les deux doctes anglais cités par Bosyvel , mais l'enlrëe par une avenue de châtaigners aboutissant à une grande place, est assez imposante.
Le calme de Corte me frappa à mon arrivée; c'était un dimanche. L'avenue était remplie de paisibles promeneurs , et sans l'âpre horizon de montagnes, on aurait pu se croire au cours de quelque petite ville de France. J'avais beaucoup entendu parler de la roideur et de l'indépendance du peuple de Corte, de ses violentes vendette, de ses irrévérences envers l'autorité, de ses hommes et même de ses enfans de parti * . Je sus bientôt
1 Le 21 avril 1833, les enfans du sous-préfet, du maire et du juge de paix , qu'une femme menait à la promenade , furent assaillis À coups de pierres , par les enfans du parti opposant : un enfant et
que la tranquillité actuelle était due au nouveau sous-préfet, M. Giubega fils, ancien lycéen de Paris, resté littéraire , qui comme son vénérable père, s'était concilié l'estime de ses administrés des diverses opinions, et qui mériterait le beau, le rare surnom de conciliateur.
L'intérieur de Corte ne répond point , il est vrai, à la majesté de son entrée ; il semble envahi par les porcs ; leurs troupes noires errant parmi la ville , rappellent le // nigrum cantpts agtnen , et leurs grognemens sont comme les cris des rues. La langue salée de ces porcs de montagnes, est regardée en Corse , comme un mets très-lin.
h femme furent blessés. Le nombre d'assassinats, de meurtres et de tentatives de ces crimes, pendant les douze années de 1822 à 4833, avait surpassé à Corte, cehii de toute l'île; il s'était élevé par dix mille individus, à quatre-vingt-quatorze, tandis qu'il n'avait été, dans les arrondissemens de Dastia et de Calvi, que de cinquante-neuf et de soixante-quinze.