CHAPITRE LUI
La niletta. — Sorba. — Femmes de chambre politiques.
Sur la route de la pépinière à gauche , est le petit terrain dit la Villetta , planté uniquement d'orangers et dé citronniers, autrefois possédé par la famille Sorba. Par un hasard étrange, un homme de cette famille était ambassadeur de la république de Gènes à Versailles lors de la réunion de l'ilo, traité inique , puisque Gênes n'avait plus le droit de vendre le peuple qui depuis trente ans avait conquis son indépendance , et qu'un Corse surtout n'aurait jamais dû signer. Pour prix de ces menées, le jardin de quelques perches de la Villetta fut pompeusement érigé en marquisat. Dès l'année précédente , Sorba avait intrigué afin de faire doubler le nombre des troupes auxiliaires envoyées pour accabler sa patrie : une partie de la cour était gagnée depuis le preinier gentilhomme jusqu'à la femme de chambre de la duchesse de Grammont , mademoiselle Julie avec laquelle , comme on sait , le génie peu fier de M. de Voltaire n'avait point dédaigné
AJACCIO. 471 de correspondre «. Mademoiselle Julie n'est point la seule femme de chambre du dernier siècle qui se soit mêlée des affaires de l'État. Je ne citerai point mademoiselle Delaunay, un des meilleurs écrivains de notre langue , car les femmes de chambre des princesses étaient une classe à part. La femme de chambre de madame de Pompadour, madame du Hausset a laissé de curieux mémoires sur sa maîtresse. Une femme de chambre de la marquise de Maurepas , madame Roussel , eut aussi sa cour et ses protégés : on disait alors que si le Roi était conduit par M. de Maurepas, ce .ministre était mené par sa femme et celle-ci par madame Roussel.
1 i Le marquis de Sorba , raconta Dumouriez dans ses piquons ? Mémoires ( t. 1 , 52 ) , avait promis à cette fameuse intrigante de « lui changer cinq cent mille francs de billets Nouette ou du Canada, « qui perdaient soixante-quinze pour cent ,* contre pareille somme « en bons billets sur la banque de Saint - Georges. C'est ainsi que • se faisaient alors les affaires de la Fronce. »