‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 59 sur 129 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Suarella. — Mort de Sampiero. — Cortège armé. —

Fusillade.

Entre les jolis et pittoresques villages de Suarella et d'Eccica, une tradition certaine indique la place où périt Sampiero , le 17 Janvier 1567 , assassiné par derrière à l'âge de soixante-dix ans et en face l'ennemi : le meurtrier était Vittolo, un de ses confidens , dont le nom est resté en Corse , une injure et synonyme de traître à la patrie. Cette guerre avait été la plus sanglante des innombrables et perpétuelles insurrections de la Corse contre les Génois. Le génie guerrier de Sampiero était alors à son apogée ; l'expérience et l'âge en avaient tempéré la fougue. Il périt à la tête de sa cavalerie , car il y en avait dans son armée , ce qui semble indiquer pour l'époque une organisation militaire assez avancée > .

On arrive au lieu témoin de la catastrophe par

1 La mort de Sampiero est le sujet d'unetra gédie italienne vraiment historique, jouée avec succès en Toscane, et impriméeà Paris en 1832 ; l'auteur ait M. G. C. Cregorj , non moins zélé pour sa patrie comme

porte que comme érudil.

un chemin sauvage le long d'un beau torrent, c'est une espèce de petit rond-point au milieu de makis. Près" delà, sont les ruines mêlées de chênes verts et d'oliviers , du château del Giglio ( du lys ) où Sampiero avait passé la nuit et interrogé et fait tuer un paysan convaincu d'intelligence avec les Génois. Aucune pierre ou inscription n'indique ce lieu difficile à reconnaître et qui doit finir par être oublié. Cette négligence dont il y a de nombreux exemples ] étonne avec l'esprit national des Corses. Le pays est éouvert de pierres de granit , de porphyre ; elles forment les murs de clôture de leurs champs; quelques unes pourraient bien être destinées à rappeler le souvenir* ^ de leurs héros.

Je fus conduit dans cette course par un jeune homme dont la famille était en vendetta ; ses amis , ses paysans , à cheval , avec leurs fusils , nous accompagnaient. A la vue de cette caravane armée , on aurait pu se croire voyageant plutôt en Arabie que dans un département français. La Corse est en feu , et si je ne plaignais ses malheurs , je me féliciterais comme peintre , de la trouver aussi pittoresque *• Quelque temps auparavant , le propriétaire de la maison dans laquelle je devais loger à Dominicacce , se prome-

1 Voyez ei-apros les chap. lui , lxit et \.\x.

486 LlVtfE I. CHAP. L1X. ,

nant devant sà porte avec M. B.

, contrôleur des contributions , une balle destinée au premier , siffla près d'eux ; les partisans du propriétaire accourus aussitôt ripostèrent, la fusillade fut bientôt générale , et le pacifique contrôleur

qui ne cessait de s'écrier qu'il s'appelait B ,

qu'il était étranger à tout cela , n'eut que le temps de se sauve/ dans une maison neutre. Le soir , àmi de vivre en paix et de paraître bien aveo tout le monde, il alla coucher chez l'adversaire de l'homme qu'il avait visité le matin ; mais celui- !f ci retiré à Ajaccio n'osait point retourner chez

lui.

Cette déplorable agitation ne doit point toutefois inquiéter le voyageur; les chemins sont parfaitement surs, et je doute qu'en aucun pays du monde , l'étranger soit plus respecté.

AJAGGIO. 187

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