‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 60 sur 129 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

B as t clic a. — ■ Dominicacce. — Tour de Sampiero. — * Naissance de Sampiero. — Beauté des montagnards. — Mariages. — Combats de femmes. — Potzi.

Bastelicà au pied du Monte d'Oro et des bois y et qui compte jusqu'à deux mille quatre cents habitans, passe pour le village le plus considérable de la Corse.

Dominicacce, hameau qui touche presque à Bastelicà 7 est la patrie de Sampiero. A peu do distance, on montre sur un gros rocher dans un bois de grands chênes verts et de châtaigners, l'empreinte d'un pied qu'on dit être celui de Sampiero y une autre marque voisine serait celle de son fusil , à la suite d'un saut que fit le plus brave des Corses pour ramener les siens au combat contre les Génois , tant l'imagination italienne se plait à animer les lieux par des souvenirs saints ou guerriers.

A Dominicacce est la maison dite la tour de Sampiero , avec la date de 1 546 , grosse maison de pierre , à murs épais, occupée en partie par de pauvres gens et le propriétaire. La seule recherché de cette maison est une cheminée, rareté en Corse pour

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le temps. Surlesmurs extérieursd'une petite maison voisine sont grossièrement sculptés unesyrène et un griffon avec deux inscriptions inintelligibles. Cette maison passe pour l'écurie de Sampiero et doit se rattacher à quelque trait de sa vie. A la vue de ces grossiers édifices, j'inclinais à ne trouver dans Sampiero qu'un fils de berger et qu'un chëvrier luimême, opinion consacrée par la tradition du pays, qui relève la gloire du héros et qui fut admise par le sage de Thon, son contemporain. Il me semblait probable que la noble alliance de sa famille avec celle de sa femme Vannina d'Ornano, avait bien pu être forgée par son fils le maréchal , afin de devenir apte à recevoir l'ordre du Saint-Esprit , diplôme qu'il dut facilement obtenir en Corse avec la faveur dont il jouissait à la Cour de France.

Le sang de Sampiero paraît avoir continué à couler dans les veines des patres de ces montagnes, ainsi qu'on a pu le voir par l'exploit et la mort des vingt et un bergers du Campo del Oro l . J'eus occasion de voir et d'entretenir un certain nombre de ces paysans , l'hôte chez lequel je logeais , ayant coutume, lorsqu'il était à Dominicacce, de les réunir le soir dans une grande chambre où ils jouaient au loto. J'assistai à ce rustique rout et j'admirai les belles physionomies, la haute stature de ces mon- 1 Voyez f'i-dcsjus, cliap. vtm.

tagnards , cites avec raison comme des plus beaux de l'île , et dont les visages barbus avaient précédemment fourni quelques études à M. Pasqualini pour la partie de ses gravures historiques de la / Corse représentant la vie de Sampiero.

Le pittoresque des mœurs va s 1 e (laçant de jour en jour au sein même de la montagne. Parmi quelques bizarres usages du canton de Bastelica , cesses depuis une vingtaine d'années , il en était un qui contredisait cette remarque maligne de saint François de Sales , écho involontaire des satires anticonjugales de nos vieux fabliaux : Le mariage est un certain ordre où il faut faire la profession devant le noniciat; et s'il y avait un an de probation comme dans les cloîtres , il y aurait peu de profàs. Ici les mariages arrête's au mois d'octobre ou pendant l'hiver, ne se célébraient qu'à la Notre-Dame d'août, et il n'y a point d'exemple qu'un seul de ces mariages ait été rompu. Le soir de la convention (ahbraccio) les familles s'embrassaient , on tirait des coups de pistolet , on fc dansait sur la place publique et l'épousée commençait à vivre avec son époux. Aussi à la messe du mois d'août , la plupart de ces jeunes mariées étaient-elles grosses et quelques unes presque à terme. Les curés pendant long- temps n'avaient point osé attaquer ce concubinage rustique dans

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la crainte de l'inimitié des femmes unies de cette * étrange manière. ,

„ Les femmes de ce canton paraissent en effet très^redoutables. Des rixes furieuses s'élevaient •fljors fréquemment entr'elles au sujet des nouvelle! mariées que se disputaient les villages de l'épouse et du mari. On s'attaquait sur les ponts

nt quelquefois presque nues de la bataill * Aux Pozzt (puits) , plaine au sommet de la . montagne , sont les ruines d'une autre maison de Sampiero qu'il habitait l'été. Ces puits quelquefois profonds et au nombre de plus de cent , sont peuplés de truites exquises ; ils offrent des formes va- * nées , bizarres ; plusieurs représentent des lettres de l'alphabet et leur ensemble est des plus pittoresques , des plus curieux. T .

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