‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 69 sur 129 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

Coscione. — Piano de Rinuccio. — Inctidine. — Famille

corse en voyage.

Quoique la saison ne fût point encore assez avancée , j'ai visité au commencement d'avril , le célèbre Coscione, vaste pelouse, immense pâturage , le meilleur de la Corse , et l'un des plus beaux du monde. Arrosé de limpides fontaines, coupé de jolis ruisseaux, le Coscione devient, pendant l'été , le but des promenades et des parties des habitons de Quenza et des environs, et il retentit de leurs joyeux refrains «. L'eau de la Fontana bianca , la première des fontaines que l'on rencontre, est d'une exquise fraîcheur. La charmante rivière de la Viola serpente à travers h Coscione; elle était encore en quelques endroits encombrée par la neige qui avait brûlé, jauni , comme le plus ardent soleil , l'épais et fin gazon de la prairie ; mais on pouvait juger de la brillante fertilité de ces lieux au mois de juin.

Alors le Coscione est animé par la multitude de

« Voyez l'appendice n.» 7.

SARTÈNE. 219 chevaux et de bœufs qui le parcourent ; ces derniers maigres, agiles, de petite taille, presque sauvages, y galopent comme les chevaux. Il n'y a en Corse , ni étables , ni écuries ; l'iiifériorité du hëtail tient à son mauvais gîte , et il aurait un extérieur aussi avantageux qu'ailleurs avec un autre régime. Malheureusement le paysan corse ne parait guère porté à cette sorte d'amélioration. Un agronome habile, M. Paléologue que la munificence de M. Pozzo di Borgo avait appelé en Corse , disait à des paysans : « Que ne débart rassez-vous vos champs de leurs pierres afin d'en « construire de petites étables qui ne vous revien- « draient qu'a quelques dizaines de francs? » — « Nous prenez-vous pour des ambassadeurs? »

répartirent ces sauvages ennemis du progrès raisonnable.

Les ruines d'un château de Rinuccio sont voisines du Coscione : à l'entrée du piano, dit de Rinuccio , un long tas de pierres indique l'ancienne limite du domaine de ce puissant feudataire. Des ruines du château où je gravis à travers la neige, la vue n'est pas aussi étendue qu'on pourrait le croire d'un point aussi élevé , car il est dominé pâr plusieurs montagnes, et surtout par Vlncudine (l'enclume), une des plus hautes montagnes de la Corse , masse énorme terminée par une lé^

gère plate-forme de pierre grise , lisse et unie qui

lui a valu son pittoresque nom.

A mon départ de Quenza pour revenir à Sainte- Lucie de Tallano, je fus escorte' par une bande joyeuse déjeunes gens de quinze à dix-huit ans, fils de propriétaires de l'endroit , armés tous déjà de leurs fusils ; ils portent plus tôt les pistolets et les stylets qui sont comme les jouets de leur enfance. Les rencontres avec quelques uns de leurs parens, de leurs amis, étaient extrêmement cordiales, bruyantes, expressives. Ainsi les affreux chemins de Corse, pittoresques par les lieux, le sont encore par les passans. Quelques jours auparavant, étant accompagné par un riche propriétaire , maire d'une commune voisine , nous rencontrâmes sa fille , belle personne , à califourchon sur son cheval, suivie de ses domestiques et de la nourrice chevauchant de la même manière et tenant fort solidement en bandoulière son poupon qui ne poussait pas un cri. Cette vie rude , armée , voyageuse , dès les premières années de la vie , a dû sans doute contribuer à la forte nature des Corses.

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