CHAPITRE LXXIV
Saint-Roch. — Pestes italiennes. — S ainte-Marie-Majeure. — Loggia. — Clocher. — Saint-Dominique. Inscription. — Couvent. — Saint-François. — Tombeaux. — Fontaine. — Bois.
Sur une petite place à moitié chemin de la montée du faubourg à la ville , la chapelle de'diée à saint Roch indique l'endroit où tomba le dernier mort de la terrible peste de 1 528. Bonifacio, à l'exemple des grandes et florissantes cites de l'Italie , consacrait par un monument religieux la cessation du mal qui l'avait ravagée. Ce n'était point à la vérité une merveille de l'art comme les temples de Venise et de Florence , mais le sentiment était le même , et tandis que notre affreux choléra s'éteint obscurément dans les bulletins mensongers de la police , les hommes de ces temps de foi aimaient à consacrer par de publics monumens les témoignages de leur reconnaissance envers la divinité. Il faut remarquer encore à l'honneur de la civilisation italienne et chrétienne des xv." et xvi. e siècles, quoique si vicieuse, si cri-
BONIFACIO. 259 minelle dans ses princes et ses grands , qu'aucune des terribles pestes qui alors ont désolé l'Italie , n'a excite' chez le peuple les violences, les meurtres enfantés par la peur ou une stupide crédulité , dont nos grandes cités du xix.' siècle si avancées, si progressives, ont été le théâtre à l'apparition du même choléra.
Les églises de Bonifacio attestent diversement son ancienne importance , ses mœurs , sa richesse et sa civilisation.
Sainte-Marie-Majeure élégante église de construction, pisane, brillante de marbres, de porphjre, a une majestueuse loggia où se délibéraient autrefois les affaires publiques. Le clocher jadis le plus haut de la Corse et encore un des premiers, fut à la fin du dernier siècle abaissé par les trop crédules Bonifaciens d'après les avis d'un ingénieur qui crut devoir avertir les magistrats que le clocher ne se soutiendrait point sans cette diminution.
Saint-Dominique ancienne église des Templiers, d'un gothique léger, avec un clocher à jour, octangulaire , aussi fort remarquable , est la plus grande de Corse. Commencée par les Pisans, les armes des nobles et infortunés chevaliers, prodiguées à l'extérieur et sur les pilastres, indiquent qu'ils en ont construit la très-grande partie ; elle fut achevée
vers 1 343 par les aumônes et les legs des habitans.TJne double et bizarre inscription en dialecte bonifacien à l'ancien couvent, aujourd'hui hôpital militaire, atteste encore cette pieuse munificence; on y lit que le marguiller Jean de Saiceto et sa femme Jacqueline laissent à la fabrique leur four et leur maison dont le revenu doit être consacré à l'achèvement de l'église , à charge de prières par les religieux et d'entretien de ladite maison et dudit four. Le chœur est vaste , la sacristie magnifique, et l'autel de la chapelle du saint, éclatant de marbre et de sculptures.
La fondation du couvent remonte à un religieux toscan, le P. Nicolas Fortiguerra de Sienne, disciple de saint Dominique, mort l'année 1270 en odeur de sainteté, évêque d'Aleria, et ancêtre du joyeux auteur de Richardet.
L'église Saint-François est un autre témoignage de la religion libérale des Bonifaciens. Une gothique inscription de la citerne du couvent , qui porte le nom de l'artiste toscan Abrigho (Henri) de Pistoie , et la date de 1 3g8 , annonce que l'église doit être antérieure ou à peu-près de la même époque. Deux tombeaux en marbre sont remarquables : le premier, du franciscain Raphaël Spinola , évêque d'Ajaccio , sur lequel il est représenté en habits épiscopaux ; le second, de Philippe
BONIFACIO. <>\\ Cattacciolo, l'hôte enthousiaste de Charles-Quint. * L'empereur satisfait de l'hospitalité' corse, promit à Cattacciolo de lui accorder ce qu'il demanderait: l'unique faveur que celui-ci réclama, peint assez bien avec le trait du cheval , la singulière ferveur de ses sentimens monarchiques et religieux ; cette faveur fut d'être enterre dans le sancto sanctorum <le sa paroisse.
L'e'glise offre un curieux phénomène de la nature , qui n'a point été' observe', une source perpétuellement jaillissante sur cette plaine de rochers si fort au-dessus de la mer.
Saint François, dont les traces ne sont pas moins nombreuses que celles des plus puissans Empereurs et des conque'rans , fut contraint par la tempête à son retour d'Espagne vers i a 1 4, de toucher à Bonifacio. Mais la grotte voisine du couvent de Saint-Julien au petit village de Cantarana , à un mille et demi de Bonifacio, où il se retira, devenue propriété particulière , est aujourd'hui à peuprès abandonnée et sans oratoire.
A côté de l'église Saint-François, était jadis un bois antique d'énormes oliviers sauvages, de genévriers et de lentisques , promenade délicieuse , extraordinaire , unique en Corse , qui rapprochait Bonifacio des grandes cités du continent , et dont la perte est encore regrettée par les habita ns qui i. i G
n'ont point de jardin public. Sa barbare destraction commencée en 1792 par les volontaires nationaux du Liamone, fut consommée en 1797 par la garnison républicaine. Ce bois merveilleux garantissait encore la ville du vent qui depuis la tourmente.
BONIFACJO.