CHAPITRE XCI. ' n
La Porta, — Eaux gazeuses. — Eglise. — Curé. — Chapelle Saint-Louis. — M& r Scbastiani. — Maison de MM. Sébastiani. — Pont.
La Porta , qui n'a qu'un peu plus de six cents habitans , est située au pied du mont Sampietro ; son vallon boisé , assez riant , parait un séjour peu agréable : on y étouffe l'été', et l'hiver y est glacial. La vertu de ces eaux gazeuses y attire du monde pendant la belle saison.
La paroisse, avec son haut campanile, a le même genre de splendeur que les petites églises italiennes. Sa visite m'offrit un nouveau trait de la dignité du peuple en Corse et de son mépris de l'argent '. Il n'était pas cinq heures du matin lorsque je fis éveiller le sacristain pour m'ouvrir les portes de l'église. D'après mes habitudes d'Italie et le paul de rigueur accordé à tout douanier, sacristain, custode et autres gens incorruptibles, je crus devoir glisser dans la main du Corse, un demi-franc qu'il refusa nettement malgré mon instance, et laissa tomber à terre. Le petit salaire
* Yoye* ci-dessus les cliaj». xu et i.x\xiv.
était cependant bien acquis , puisque la nécessite' de monter à cheval et de me mettre en route avant la grande chaleur m'avait obligé de déranger cet homme à une heure indue.
Le curé sorte de prélat , renommé pour son bel • extérieur, a été chanté agréablement par l'auteur du poème héroï-comique de la Dtonomachia.
Dipaffuta beltà questi i un modello; E gran sorte èpernoiche, s'egli muore.
Non perderem la razza d'uom ù bello.
Sa il Francese, e Vmsegna aUê tiynore; Ma deUa Ungua délie genti dotU
Apprête appena in/ino al qui que quotte.
Arriva al Borgo il Provicario bello, Ed accorte ogni fetnmina a vedello.
Cortese a 9 baci lof la mono ei stenrte, E porge anco a baciare a quella e a questa Un eacro anel, ch'all orïol gli pende, Omi genttli accoglienze in tutte desta Un segreto desio spirituals Di far da lui la confession pasquale '.
1 Dionomachia. Cant. vii, *r. 13, 14, 15. Cehii-ci est un modèle de beauté et de fraîcheur ; et il est heureux pour nous que s'il vient à mourir, nous ne perdions pas la race d'un si bel homme. Il sait le français et l'enseigne aux dames , mais de la langue des savans il put à peine apprendre le qui quœ quod
Le beau vicaire arrive au Borgo , et toute la gent féminine acrourt pour le voir. Il leur tend gracieusement «ne main à bai«»r, et
ALERTA. 289 Ce gracieux cure', cousin de MM. Sebastiani dont la Porta est la patrie , a eu le tort et le mauvais goût de se faire leur ennemi. Il ne peut leur pardonner de ne lui avoir pas obtenu l'évôché d'Àjaccio, s'imaginant peut-être qu'un e'vêque * se nomme comme un maire ou un juge de paix.
Dans son dépit, il a e'te' dit-on, jusqu'à renvoyer au général Horace son portrait, et pour rendre le tour plus sanglant , il a cru devoir couper le nez à cette grave figure. Il vote aux élections de la Porta contre ses parens et ses premiers protecteurs aux* quels on pourrait dire avec Mithridate :
Tes plus grands ennemis , Home, sont à ta porte .
Sur la hauteur, une chapelle a été' consacrée à son grand patron par le dernier évêque d'Ajaccio, Louis Sebastiani, oncle des deux généraux, promu dès 1 802 et mort il y a quelques années , prélat versatile dont les mandemens pour Napoléon ou la Restauration , furent tour-à-tour un peu trop enthousiastes. La longue et faible administration de Ms r Sébastiani a fait à la religion de ce vaste et difficile diocèse une plaie profonde : le choix des curés et toutes les nominations étaient sous Pin-
livre même aux lèvres de celle-ci èt de celle-là , un unneau sacré qui pend à sa montre. Un si gentil accueil Tait naître au cœur de chacune un pieux et secret désir de faire au vicaire la confession pascale.