‹ Voyages en Corse. à l'île d'Elbe, et en Sardaigne;Chapitre 93 sur 129 · CHAPITRE XCIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCIII

Morosaglia. — Couvent. — Clément Paoli. — Franciscains patriotes. — Vue.

Morosaglia , village de six cents habitans, illustre par la naissance et le séjour de Paoli , était avant la conquête génoise, le lieu d'assemblée des consultes de la nation , glorieuse vallée dite il piano di Morosaglia. 11 est remarquable de voir naître , après quatre siècles, sur cet antique théâtre des libertés de la Corse , l'homme généreux qui devait un jour l'affranchir.

L'ancien et vaste couvent des Franciscains , résidence d'été de Paoli pendant la guerre de l'indépendance, est aujourd'hui propriété communale. L'école élémentaire fondée par le testament de Paoli, zélé jusqu'à sa dernière heure pour l'instruction de ses compatriotes, y est établie ainsi que la justice de paix et la gendarmerie. On suit à l'école la méthode de l'enseignement mutuel ; le nombre des élèves est de deux cents , y compris ceux de l'école supérieure élémentaire.

Les trois ou quatre céllules qui formaient l'appartement de Clément Paoli, et dans lequel mourut à la fin de 1 7 9 3, chargé d'années , et pleuré de tous ses concitoyens , ce brave et pieux patriote ,

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Bayard de l'indépendance Corse r sont occupées par la gendarmerie. Clément Paoli, appelé' dès 17 53 au magistrato stipremo , conseil formé de quatre membres , refusa avec modestie d'être général de l'insurrection disant qu'il était plus propre à porter un fusil qu'à commander une armée. Jl invita le conseil à députer à Naples le fameux clianoine Orticoni qui ramena Pascal Paoli dont Clément devint comme le bras. Ce chef militaire était affilie' au tiers-ordre franciscain , et en remplissait les pratiques. Telle e'tait la mysticité' de son maintien, que. le poëte de la Dionomachia a pu dire :

Ei mentre Vinfallibile moschetlQ Al nemico drizzava , in aria pia Parea dir : requie eterna Iddio li dia 1 .

Clément Paoli sut habilement profiter de l'ascendant des moines qui peuvent être comptes, parmi les premiers et les plus ardens excitateurs de l'insurrection. Le clergé et les autres ordres religieux ne développèrent pas un moindre pa^ triotisme : les ustensiles du culte étaient offerts pour être convertis en monnaie et en canons 5 le. père Léonard de Campoloro , professeur à l'uni*., versité de Corte , avait écrit dans un livre d'ins-

V Cant. iî, st. 49. « dûment, lorsqu'il ajustait l'ennemi , de sa « carabine infaillible, semblait dire d'un air pieux : Que Dieu te • donne le repos éternel, t

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truction primaire que ceux qui mouraient pour la liberté devenaient élus et martyrs , et Fra Filippo Bernardi criait de sa chaire que quiconque tuait un Génois, effaçait tous ses péchés. Vingt théologiens corses avaient déclaré sainte la révolte de 17*9- Un d'eux , le père Bernard de Casacconi capucin, fait prisonnier et exposé aux injures populaires sur la place de Bastia , ne cessa de protester de la justice de sa cause , et envoyé à Gênes pour êtra condamné, il y tint le même langage. Il eût été mis à mort sans l'intercession du légat , de l'archevêque et du pape qui lui donna un asile à Rome. Le marquis de Maillebois employa même un expédient bizarre pour faciliter sa conquête ; ce fut d'appeler dans Pile des capucins français chargés de tempérer la fougue indépendante de leurs frères corses.

Le couvent des franciscains a réuni d'illustres hôtes, puisqu'il fut habité par Paoli, Pozzo di Borgo, Lucien Bonaparte et Napoléon qui vint en 1 790 , y visiter Paoli dont l'esprit pénétrant , avait pressenti le génie et les hautes destinées de son jeune compatriote.

La vue du couvent est belle ; d'un côté s'étend un immence rideau de châtaigniers , et de l'autre , une ligne de montagnes élevées , légères , parmi lesquelles domine le Montcrotondo.

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