‹ Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents diversChapitre 4 sur 16 · OBOCK PORT DE RELACHE · texte numérisé non relu

OBOCK PORT DE RELACHE

11 ne faut point Toublier :

Les Anglais à Aden ont, pendant la guerre franco^llemande, inter^ dit de vendre du charbon à un ou à des navires français. Ce seul fait (il est historique) démontre surabondamment que si la France ne veut point s'exposer, à un moment donné, à perdre dans Textréme Orient une situation laborieusement et onéreusement acquise, elle doit avoir un port à elle dans les parages mêmes oii les Anglais ont reconnu qu'il leur était indispensable de posséder un établissement pour la sûreté de leur empire des Indes.

Le simple examen d'une carte suffit pour démontrer qu'un poit de relâche, entre Suez et les Indes, est tout aussi bien placé sur la côte d'Afrique que sur celle d'Asie. Incontestablement la situation d'Obock est bien supérieure, pour un port de refuge, à celle d*Aden ; tous les navigateurs qui connaissent le port anglais et la rade française sont unznimes sur ce point.

Il ne &ut qu'examiner la côte d'Afrique de Massâouah à Gardafui| voir Assab, Reita, Tadjourah, Zeîlah, Berberah, pour reconnaître la grande supériorité d'Obock sur ces différents ports, tous plus ou moins ouverts aux vents du Sud ou du Nord.

Dans ces parages, soumis à l'influence des moussons de la mer des Indes, les vents sont périodiques et réguliers, plus ou moins impétueux ; ils soufflent constamment ou du Sud ou du Nord ; généralement du Sud- Ouest en été, ils tournent au Nord-Est en hiver.

Obock, situé à la corne Nord de la baie de Tadjourah et à l'intérieur du redan que forme le cap Ras Bir, se trouve ainsi fermé à tous les vents qui soufflent du Nord.

RAPPOBT SUR LA POSSBSSION FRANÇAISE D^OBOCK 25

Les venu qui soufflent du Sud sont sans effet sur la mer à Obock, car elle est brisée et amortie par les îles» bancs et récifs qui se trouvent entre Obock et Zeîlah, point lui-même abrité, par un cap, des vents du Sud.

Le mouillage d^Obock tel quMl est, sans travaux, offre une rade close, abritée de tous les vents, où un grand nombre de navires de tout tonnage peuvent trouver en tout temps un refuge assuré.

Les ressources d^Obokh jusque dans ces derniers temps ont été bornées à celles d'une côte sauvage : de Teau de très bonne qualité, du poisson, du gibier, de la viande fraîche, du bois.

Il ne manquerait donc à Obock que les ressources qui peuvent y ttrt amenées par le commerce. Elles y arriveront tout naturellement le jour où le gouvernement français, au lieu de faire relâcher ses navires à Aden, en territoire anglais, les fera relâcher à Obock, en terre française.

Non seulement ce changement de direction n'occasionnerait aucun frais à TÉtat, mais il réaliserait, par ce fait, de notables économies rien que sur les sommes qu^il verse dans les caisses de TAngleterre, à Aden, pour nos navires de guerre, comme droits de port, pilotage, etc., etc.

Il passe année moyenne, à Aden, près de 200 navires dépendant de rÉtat, tels que : transports, navires de guerre, paquebots subventionnés, bâtiments coloniaux, bâtiments affrétés par l'État.

Ces navires laissent tous des sommes importantes à Aden. Un négociant de cette ville (ce n^'est point le fournisseur de la marine française), m^a assuré que pour lui seul, le passage à Aden d^un transport français, venant ou allant en Cochinchine, représente une augmentation dans ses recettes de la journée de 600 à 800 roupies.

2^ OBOCK COLONIB FRANÇAISE

Obock ne sera jamais une colonie agricole, mais les ressources de son sol sont suffisantes pour permettre à des Européens de s'^y établir dans de bonnes conditions.

Le climat d^Obock est aussi sain que peut l'être celui d^une région très chaude. Toute excessive qu'elle soit, la chaleur se supporte mieux à Obock que dans d'autres régions des mêmes parages, car elle y est toujours sèche et de plus assez souvent tempérée par des vents de terre et des brises de mer. Ni les fièvres intermittentes, ni les dyssenteries ne sont à redouter à Obock; Thépatie seule y est à craindre.

t&6 RAPPORT SDR LA POSSESSION PRAKÇAISB D^OBOCK

On uouve à Obock tous les matériaux nécessaires aux constructions tx>is, argile, sable, pierre à chaux, moellons, pierre de taiUe.

Les terres arables et irrigables y sont en assez grande quantité pour fournir les légumes et fruits nécessaires à la consommation d^une importante population fixe, et à Tapprovisionnement d^un grand nombre de

navires.

Les pâturages de Tintérieur nourrissent de nombreux troupeaux qui s^augmenteraient rapidement s*il y avait à Obock des achats suivis.

Les Européens qui s^établiraient à Obock pourraient s^ livrer facilement à deux industries importantes : — ..

t^ Le set;

2» La pèche.

11 serait facile de transformer en marais salants plus d^un kilomètre carré de la plage d^'Obock même. Le sel, on le sait, a une très grande valeur dans tout Fintérieur de T Afrique.

Des Arabes, en assez grand nombre, viennent à Obock pêcher et faire sécher au soleil des poissons, qui sont dans les Indes et même en Chine Fobjet d^un commerce important, surtout Taileron, d'une espèce particulière de requin très abondante à Obock. On peut aussi pêcher à Obock des tonnes et, dans les environs, des nacres.

30 OBOCK CENTRE DB COMMERCE MARFriMB

Avant de parler du commerce possible d^Obock, il est important de noter les causes de la liquidation des deux sociétés qui y sont venues. i La première, la société Franco-Ethiopienne, a été mise en liquidation

à la suite de Tassassinat de son directeur, M. Pierre Arnoux.

La deuxième, la Société française dT Obock, l'a été pour des motifs étrangers à ses opérations en Afrique. Je le sais et puis le prouver. Cette société a eu en Afrique un succès comme affaires qu^il eût même été téméraire d^espérer.

On ne peut donc nullement arguer de Tinsuccès de ces compagnies, car il ne prouve rien.

Il est certain qu^à Obock on peut faire dMmponanu achats d*écaille^ de nacre, de perles, ce point étant en tout temps d'un accès facile aux embarcations des pêcheurs.

Obock est fréquenté par de nombreux boutres arabes venant de tous

RAPPORT SUR LA POSSESSIOTI FRAHÇAISB DOBOCK 2J

les points de la mer des Indes et de la mer Rouge, car c^est le seul lieu où ils puissent, dans ces mers, relâcher sans avoir rien à payer. Us y viendront bien plus nombreux le jour où ils sauront qu^ils peuvent s^'y livrer à des opérations commerciales suivies.

Le jour où, à Obock, on pourra régulièrement vendre et acheter du riz, il s'y établira par ce seul fait un commerce important.

Car, d'une part, le plus grand nombre des boutres arabes venant des Indes à Aden sont chargés de riz ; d^autre part, tous les boutres de la côte d'Afrique qui viennent à Aden y chargent du riz.

Le riz aurait à Obock, pour le commerce maritime, la même importance que le sel pour le commerce avec Tintérieur.

49 OBOCK TÊTB DE LIGNB' d'uNB ROUTE COMMERCIALE VERS L^ÉTHIOPIE MéRIOIONALB

De tout temps la petite ville de Tadjouràh a été le centre d'un commerce suivi avec le royaume du Choa et les pays Oromons (Gallas), situés au Sud et à l'Ouest de ce royaume.

Les Tadjourates sont en même temps marchands, conducteurs de caravanes, marins ; ils se sont constamment considérés comme les vassaux du Choa et ils n'ont jamais cessé de payer tribut aux souverains de cet État.

Or, Obock est situé dans la même baie que Tadjourah, et aurait pour tous les marchands le très grand avantage de n'être point en territoire égyptien, avantage considérable à cause des droits excessifs que le commerce a à payer aux douanes de l'Egypte, sans parler des vexations sans nombre et de toute nature qu'il a à subir de la part des fonctionnaires du khédive et des chefs locaux. ^

Jadis, aussi bien qu'aujourd'hui, Tadjourah a été le centre d'un honteux trafic d'esclaves. La famille du pacha de Zeilah, le tadjourate Aboubaker, a le triste privilège d'avoir actuellement presque monopolisé, entre ses mains, cet ignoble trafic.

Personnellement, en me rendant d'Obock au Choa, j'ai rencontré deux caravanes d'esclaves :

La première à Allouli, le 4 septembre 1882. Elle appartenait au pacha de Zeilah, Aboubaker, et était conduite par un de ses fils du nom de Maki.

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