‹ Voyages en Éthiopie (janvier 1882-octobre 1884) notes, lettres & documents diversChapitre 5 sur 16 · RAPPORT SUR LA POSSESSION PRANÇAISB D^OBOCK · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA POSSESSION PRANÇAISB D^OBOCK

La deuxième, dans les plaines d^Errer, le 20 septembre 1882. Elle appartenait également au pacha de Zeilah, Aboubaker, et était sous la conduite d'un de ses captifs^ son homme de confiance^ le nommé Assaro.

Depuis longtemps cet inhumain trafic aurait cessé si les gens de Tadjourah et autres marchands musulmans ne menaçaient de ne plus laisser passer le sel, indispensable à la consommation de TEthiopie, si on ne les laissait circuler en Ethiopie avec leurs esclaves.

Or, le sel a, en Ethiopie, la même importance que les céréales en Europe.

On transporte dans TEthiopie deux espèces de sel :

10 Du sel gemme, découpé en cubes qui ont à peu près la forme et le volume de pierres à aiguiser les faux, connu sous le nom d^amoulé, et servant de monnaie ;

2^ Du sel marin, renfermé dans des sacs en nattes et nommé, contenant et contenu, ankabo.

Les ankabos sont Tobjet d^un très important commerce qui met en mouvement des caravanes de 2,000 à 3,ooo chameaux.

La production du sel à Obock, et ce commerce placé entre des mains françaises, aurait donc pour premier résultat la suppression de la traite,, au moins dans la baie de Tadjourah.

Cest parce qu^ils se rendent bien compte de ce dernier résultat, que le pacha de Zeîlah, Aboubaker, et les siens se sont montrés et se montrent hostiles à tous les efforts tentés pour amener le commerce français à Obock; cette hostilité s^est manifestée par de nombreux fiiits. Les principaux sont : Tarrit, à Zeîlah, de la caravane de Pierre Amoux; Passassinai de ce dernier à Obock (3 mars 1882) ; les tentatives d'^sassinat sur moi'^mSme,

Actuellement la route d^Obock au Choa et du Choa à Obock est ouverte, bien ouverte.

Depuis le mois de janvier 1882, il est passé par cette route :

i» Vingt courriers;

2« Quatre caravanes sans Européens ;

30 Quatre voyageurs européens, savoir, par ordre de date :

MM. Paul SoleiUet, Léon Chefneux, Teissier, Pietro Antonelli. Ce dernier, il est vrai, est parti d*Assab, mais les routes d^Assab et d^Obock, outre qu'elles sont en très grande partie les mêmes, sont de plus, ce qui est tout dans ces contrées, dans les mains des mêmes tribus.

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Mon voyage à Kaffa est une preuve, elle en vaut bien une autre, que la route commerciale d^Obock au Kafia, parle Choa, est actuellement libre.

Par cette route on peut recevoir à Obock :

10 Produits animaux : Peaux de bœuf, de chèvre, de mouton sèches et tannées, peaux de lion, de panthère, de loutre, de singe, plumes d'autruche, oiseaux pour parures, colibris, merles métalliques, pallombes, etc. Ivoire, cornes de buffle et de rhinocéros, dépouilles et ivoire d'hippopotame, cire, musc;

20 Produits végétaux : Gommes et résines de différentes sortes, kosso, ankoko et autres plantes médicinales, café, cardamone, gingembre, berberi. safran, coton, lin et autres textiles, céréales ;

30 Produits minéraux, ceux actuellement exploités, tels que : le fer, le soufre, le cuivre, Tor (rare et cher), ne me paraissent pas exportables à Obock.

11 est nécessaire de faire suivre la liste des marchandises que les caravanes de l'Ethiopie peuvent importer à Obock de celles que les mêmes caravanes pourraient exporter d^Obock en Ethiopie.

Ce sont :

|0 Le sel; 2» Les armes;

30 Des tissus de coton, de laine, de soie de FEurope et des Indes; 40 Quincaillerie, bimbeloterie ;

50 Des métaux, aciers en barre, plomb en saumon, étain en lingot, cuivre laminé ;

60 Des liquides et de la parfumerie.

Une importante observation pour ceux de nos négociants qui seraient désireux d'aller faire du commerce à Obock, c^est qu^ils ne sauraient espérer d^y faire la troque ; achats et ventes s'y traitent en numéraire. Pour le moment c^est le taler de Marie^Thérèse qui sert de monnaie de compte et d^'étalon pour les poids qui représentent tous un nombre exact de talari.

11 ne me reste plus maintenant. Monsieur le Ministre, pour terminer le présent rapport, qu'à vous présenter quelques observations sur le royaume du Choa, où je réside depuis le i" octobre 1882.

Mes remarques sur le Choa, quoique très succinctes, vont être divisées en trois parties :

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i» Historiques; — 2» Politiques; — 3« Economiques.

lO REMARQUES HISTORIQUES

Diaprés une tradition également reçue des Juife, des Chrétiens et des Musulmans» l'Ethiopie aurait été colonisée par Cusch, petit^fils de Noé, dont les enfants auraient bâti la ville d^Axoum peu de temps avant la naissance d^ Abraham*

Les souverains d'Ethiopie se croient et sont regardés comme descendanu du roi Ménélik, prince qu'une reine de Saba, nommée Bekis par les Arabes st Makada par les Ethiopiens» aurait eu de Salomon.

Les chronologistes éthiopiens ont une histoire plus ou moins fabuleuse qui remonte au commencement du règne de Makada, en Tan 102 5 avant notre ère.

Les principaux faits de cette histoire sont : Introduction» en Ethiopie, des lois civiles et religieuses des Juifs; Au n*< siècle de notre ère, introduaion en Ethiopie du christianisme par Frumentius (Abba Salama), sacré évéque d'Axoum par lé patriarche d'Alexandrie saint Athanase.

Au vi< siècle» introduction en Ethiopie des Pandectes, des Institutes de Justinien, d'une Pragmatique sanction. Ces livres» traduits en ghéez (langue sacrée de PEthiopie), forment» depuis cette époque, la loi écrite de toute l'Ethiopie. •

En 1439» des délégués du clergé éthiopien assistent au concile de Florence.

En 1490» le portugais Cavillan se rend en Ethiopie; il s*y établit» arrive aux premières charges de TEtat, et obtient de l'impératrice Hélène renvoi à Lisbonne d*une ambassade.

Du temps de Cavillan» la cour des empereurs d^Ethiopie résidait au Choa» et des princes appartenant à la famille impériale possédaient la province d'Iffat. Ces princes sont les ancêtres de la famille actuellement régnante au Choa. Cest à cause d'eux que le roi actuel du Choa, Ménélik, a le droit de se dire de la maison de David, héritier de Salomon.

La cour de Lisbonne» de son côté» envoya en Ethiopie une ambassade

composée de personnes de différents états. François Alvarès» secrétaire et

chapelain de la légation portugaise, a laissé une relation de cette ambassade.

LVmpereur David III se voyant dans l'impossibilité de résister à un

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chef {omali du Harar, le musulman Hamed Gragne, chaigea un Portugais resté auprès de lui, Bermudez, d^aller à Lisbonne solliciter les secours du Portugal, promettant, s^il les obtenait, de reconnaître la suprématie spirituelle du pape.

En 1540 Bermudez, qui avait été élevé à la dignité de patriarche de TEthiopie par le pape Paul III, retourna auprès de rempereuravec400 0ù 700 hommes d'élite commandés par Christoval da Gama. Avec Taide de ce secours, David III chassa les musulmans de ses états; Christoval da , Gama, presque tous les Portugais, Hamed Gragne et un grand nombre de musulmans périrent dans la bataille de Zantira, le 26 février i543.

A partir de ce moment, et pendant près d'un siècle, l'influence des Portugais devient prépondérante en Ethiopie. Ils y bâtissent des ponts, des palais, des églises, des couvents. En 1628, il y avait plus de 19 jésuites portugais en Ethiopie, oti des ingénieurs du Portugal étudiaient les moyens de détourner le Nil et de faire de TEgypte un désert.

Le dernier patriarche envoyé par le pape en 1625, Don Alphonse de Mendez, était un homme orgueilleux et autoritaire ; animé d^un zèle religieux farouche, il ne se contenta point de voir la croyance de Rome prépondérante à la cour, il voulut la voir seule régnante en Ethiopie. Il se rendit ainsi odieux aux Ethiopiens restés fidèles à Téglise d'Alexandrie, qui obtinrent de Tempereur Socinios de renoncer publiquement à la religion romaine, et forcèrent son fils, lorsquMl lui succéda à Tempire, en i632, de bannir le patriarche et tous les Européens, contre qui des mesures sévères furent prises.

Pendant 70 ans l'Ethiopie resta fermée aux Européens. Le premier qui y rentra fut le médecin français Poncet, en 1698, et ensuite l'écossais Bruce en 1769.

Bruce, dans la relation de son voyage, fait mention des honneurs particuliers rendus par Tempercur Tecla Haimanot lui-même à Amha Jassous, fils du chef du Choa, état formant déjà un vaste pays indépendant, entre PAbai et TAouach, et dont relevaient un très grand nombre de tribus oromons, tribus pastorales dont les terribles cavaliers apparaissent, pour la première fois, au commencement du xv« siècle, sur les champs de bataille de TEthiopie.

Diaprés leurs traditions, les Oromons (Gallas) descendent d^un arrière petit-fils d'Esaû nommé Oromo; ils auraient pénétré en Afrique par le Zanguebar, au vn< siècle de notre ère.

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3l RAPPORT SUR IJl POSSESSION FRANÇAlt3 O^OBOCK

A la fin du xyii^ siècle, ils deviennent très puissants en Ethiopie. LHin d>ux, Gouangoul, chef d'une famille musulmane de Tldjou, s'empare de Tautorité de sa province, se déclare indépendant et a pour successeur son fils Guelmo et son petit-fils Ali, surnommé le Grand, qui sVmpare du Bégmadir et prend le titre d^Iman ; les descendants d^Ali (les chefs de famille seuls cependant) se font chrétiens et, sous le titre héréditaire de Ras du Bégmadir, ils accaparent le pouvoir souverain en Ethiopie, relèguent les attiés dans leur palais de Gondar, les intronisent et les déposent suivant leur caprice ; en un mot, les ras du Bégmadir jouent en Ethiopie le rôle joué en Francei sous les derniers mérovingiens par lesmaires du palais.

Vers i83o TEthiopie était entre les mains de Ras Ali ; le clergé et les magistrau de Gondar écrivaient en France et en Angleterre pour demander des secours contre les musulmans que Ras Ali protégeait sous main, et envoyaient des ambassadeurs à Sahala Selassié, chef du Choa, en le priant de prendre le titre de Négus (roi) et de cesser les rapports depuis longtemps nominaux qu^il avait avec TAstié (empereur), pour qu'Alix ^<^ ^^ moins, disaient-'ils, en Ethiopie, un prince chrétien, descendant de David, qui maintienne intactes les traditions civiles et religieuses reçues des aïeux.

Sous le titre modeste de Mardasmatch, Sahala Selassié et ses ancêtres occupaient depuis l'invasion d'Hamed Gragne, en 1540, la plus grande situation de TEthiopie ; séparé, du reste, de l'empire par les Wallo-Gallas musulmans et PAbai, il n^avait rien à craindre même de Ras Ali, qu'il ne reconnut jamais.

Les Oromons, de TAouach au Guébé, étaient ses sujets ou ses amis et formaient la principale force de son armée. Sahala Selassié avait établi la capiule de ses États à Angolala, en pays oromon, parlait leur langue, les admettait à tous les emplois ; il s^efforçait de so.umettre ou de s^attacher le plus grand nombre de tribus oromons, espérant former de ces peuplades de même race une nationalité.

En même temps, Sahala Selassié, au moyen des tribus addals qui de l'Aouach à Tadjourah reconnaissaient sa suzeraineté, entretenait un commerce régulier et lucratif du côté de la mer, recevait des armes à feu qui le rendaient redoutable et divers prodnits manufacturés de l'Europe et des Indes. Sahala Selassié cherchait aussi à attirer dans ses États le plus grand nombre possible d^ Européens.

Un certain nombre d'Européens, de conditions diverses, ont été en

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relations avec le négus Sabala Selassié. Tous lui ont reconnu de très grandes qualités * et parlent de lui comme d*un prince très éclairé, très

libéral.

Ami du progrès sous toutes ses formes, le n^us Sabala Selassié décréta la liberté de conscience dans ses états et signa avec !e gouvernement français, sous le règne du roi Louis-Pbilippe, un traité de paix et d'amitié. ' Sabala Selassié est mort en 1 848 ou 1 849, après avoir été plus de 3o ans souverain du Cboa.

Son fils Aiellé Malacote lui succéda. Il fut en i856 détrôné par Tbéodoros qui emmena prisonnier le prince héritier du Cboa, le jeune Sabala Mariem, âgé de 14 a 1 5 ans, et déjà connu en Etbiopie à cause des paroles fatidiques prononcées sur lui, au lit de mort, par son grand-père Sabala Selassié, lorsqu''il le recommanda à Atto Nado, gouverneur du prince. Voici les paroles de Sabala Selassié :

Atto Nado, aies bien soin du prince Sahala Mariem, car ce sera te lion de Juda, le juge de VEthiopie^ le nouveau Ménélik.

Tbéodoros s''attacba au prince Sabala. Mariem et lui donna même une de ses filles en mariage.

En 1866, le jeune Sabala Mariem parvient à s^écbapper de Debra- Tabor et rentre au Cboa. Il se proclame roi, prend le nom de Ménélik II et, pour rappeler en tout la prédiction de son aïeul, sa devise est : // est ni le lion de Juda. Il donne à son cbeval le nom de justicier, ce qui, suivant Tusage étbiopien, lui a fait prendre comme nom de guerre celui de père du justicier. *

Depuis 1866, Ménélik II a non seulement reconstitué le royaume de son grand-père Sabala Selassié, mais il Ta, de plus, considérablement agrandi.

Ménélik II est reconnu par Tempereur Jean comme négus du Cboa et de Kaffa et désigné comme son successeur à Tempire ; ce roi possède incontestablement Téut le plus grand, le plus bomogène, le plus ricbe, le mieux policé, le plus sagement administré de toute l'Afrique orientale.

I Voir ce qui t été écrit sur SthaU Selassié, ptr Combes et Tamisier, Rochet dHérîcourt, les frères d'Abbadic, le capitaine Haris, Dufey, K^pf> Isambert, Ferret et Galignet, etc.

RAPrOBT SDR LA POSSESSIOlt FIUUÇAISB O OBOCK 2« REMARQUES POUTIQURS

Les sympathies du roi Ménélik II pour PEurope en général et pour la France en particulier sont bien connues.

Les Anglais et les Italiens, ces derniers surtout, font de grands efforts pour profiter exclusivement de ces dispositions du roi de Choa pour les Européens.

Jusqu^à présent Tinfluence française est restée prépondérante au Choa, ob le roi et les grands du royaume, pieux continuateurs de la politique de' Sahala Sclassié, ont conservé pour la France un attachement jusqu^à présent inaltéré.

11 n^est point inutile de reproduire ici un passage d^une lettre écrite en juillet dernier à M. le Président de la République, par le roi Ménélik II. Void ce passage :

« Nous n'en poursuivrons pas moins notre oeuvre d'ouvrir et d'as" surer à la science, au commerce et à Findustrie, les routes qui du Choa conduisent dans les riches pays du Sud, »

Le programme politique du roi Ménélik II est : Ouvrir ses étais à FEurope.

En me faisant conduire dans le Kaffa, il a donné une première preuve de la sincérité de ses déclarations. Il n^a, je le sais, qu'un désir, qu^un espoir, c^est que la France lui demande encore d^autres preuves de sa sincérité. De son côté, s^il est si désireux d'établir avec le gouvernement français des relations régulières, c^est qu^il espère, à la suite de ses relations, obtenir de la France une protection particulière, proteaion quMl veut et quil peut reconnaître en nous donnant des avantages paniculiers.

Telle est la politique extérieure du roi Ménélik II.~

Quant à sa politique intérieure, trois choses la caractérisent :

!• Désir de réunir sous son sceptre toutes les populations de race ororoôn de FEthiopie. Comme son grand-pè^e, il voit dans ce peuple, encore patriarcal, la force et Tavenir de TEthiopie.

2<» Maintenir ses rapports de bonne amitié avecTempereur Jean, dont il est le successeur désigné, tout en conservant son indépendance, et atucbcr à sa fortune d'ores et déjà, par ses libéralités, les principaux cour* tisans de la cour impériale.

3<» Détruire les Étau esclavagistes musulmans situés an Sud et à

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