SIENNE
Cathédrale. Ravissant petit morceau, fini incomparable, un bijou, une ciselure. Voilà bien la religion toscane, joli, gentil, coquet. Salle de Raphaël et de Pinturicchio, Vie de Pie II, sa première manière. Deux portraits de Raphaël, joli petit garçonnet.
Admirables vignettes des livres de chœur. Fini incomparable. Beauté pure des formes avant la Renaissance et l'étude de Tantique. L'Italie les avait redevinées, ou plutôt ce pays, toutes les fois que l'humanité perdra la
mesure et le sens de la proportion des formes, ce pays l'y ramènera, tant tout ici est harmonieux ; rien d'extrême pas de ces... profondes de Part du Nord. Les formes humaines ne furent jamais altérées en Italie. Les deux manières de Raphaël, la première est encore Moyen Age. La nature, les villes, le paysage, les costumes (exemple cette Vie de Pie II ! son naufrage en Libye). La seconde tout idéale. La vie circule, et anime ce glacé, ce compassé, ce convenu de la manière du Pérugin. Et pourtant, pour représenter les mystères chrétiens, cette manière a une grâce inimitable.
C'est une ville toute physionomique, que Sienne, toute d'art. Palais d'un superbe caractère. La Piazza del Campo, le pala's. L'église San-Domenico, beau caractère : de grands murs blancs, bruts, charpente en haut, sur
laquelle on a collé des ornements magnifiques. Nul ornement dans les murs.
Chapelle de Sainte-Catherine. Etonnante de type féminin chrétien. Vierge^, religieuses, le Christ, extases, tombe en épuisement, stigmates, bandeau. Des religieuses jeunes, grosses, pâles et rouges à la fois, grands yeux, toutes de même type, d'un effet très sensible.
Comment n'ont-ils pas vu le seul effet que cela peut produire ?
Types de madones dans les couvents, délicieux de mollesse. Elle est partout ; ah ! cela se comprend. C'est ce petit œil de femme qui agit. Mollesse de l'ascétisme. Charme que j'y trouve.
Je sais d'où il vient. La vierge, la femme à l'œil perçant et doux. Son rôle dans les temps modernes. Douceur assoupissante de cette femme dans ses voiles, la face demi-voilée, le sein rappelé par le soin avec lequel il est
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couvert, l'oeil baissé, mais touchant.
L'Italie moderne présente le spectacle étrange de belles et nobles âmes en assez grand nombre, concevant très noblement un idéal patriotique italien (Roma mia sarà encor bella)^ mais incapacité de réaliser. Elle passa son temps à chanter son idéal (Pétrarque) ,mais elle est impuissante à agir.
Combien le peuple florentin passe facilement du rire aux larmes et réciproquement mêle les deux. Stenterello est caractéristique de cela, Stenterello survient toujours à l'endroit larmoyant, Savonarole et Benedetto de Forana (le dominicain qui joua un rôle au siège de 1529) faisaient tour à tour rire et pleurer. Voir le récit comique et tragique de la peste de Florence par Machiavel. Etonnante gaillardise de ce petit peuple. Manière de prendre l'enfer en riant.
ITALIE 184g
Fonds d'incrédulité et d'irréligion du peuple toscan. L'art toscan n'est pas religieux, ils font des églises comme une œuvre d'art. Pise, le Campo- Santo. Croient peu, peu de foi, thème de jolies choses (le Noé de Gozzoli).
Fréquentes luttes de Florence contre les papes.
Stenterello de la Piazza Vecchina.
Meilleur que celui d'Ogni Santi. Rien ne vaut un petit théâtre de Florence.
Folle gaieté du peuple. Tous y vont, enfants, etc. Incroyable entente de l'acteur et du spectateur, sympathie étonnante. Gaieté, on ne peut la concevoir qu'en ce pays.
San Marco à Florence. Reliques, le cilice de Savonarole, sa chemise du dernier jour, morceau du poteau. Pein-
ture d'Angelico en espèce de grenier, chambre sombre, occupée par les Autrichiens. Chambre de Savonarole.
Vive impression. Génie artistique de ce peuple. Peinture pour la peinture, Angelico peignant en vrai galetas, grenier sous la charpente, endroits éclairés par lucarnes. Cloître, belle légende de peinture. Tout est art en ces couvents. Fête des Florentins pour la Vierge de Cimabue.
Santa-Maria Novella. Michel-Ançe l'appelait sua sposa.
Goût des arts en Italie. Qu'importe la saleté ? En ville, pas notre petit genre d'agrément. Ils ne cherchent pas le plaisir en art, mais le beau. L'art partout, chefs-d'œuvre en villages et maisons particulières, inconnus, ou-
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bliés. Ils sont là pour la contemplation paisible du maître.
Je n'ai compris saint Thomas qu'à Santa-Maria Novella. Extrême préoccupation de lui. Lui partout. Son système encyclopédique à la chapelle des Espagnols, comme à la saint Thomas (v. Dante, Paradiso). Tous les grands hommes de Florence : Giotto, Cimabue, Gaddi, même Dante, Boccace.
A la Fiammetta, Pétrarque et Laure (les Dominicani, chiens poursuivant et déchirant les hérétiques). Admirable, c'est ce que j'ai vu de plus beau à Florence. Les poètes ont introduit leur maîtresse en église.
L'Italien naturellement limite son horizon, et fait étroit le champ de la vie, pour l'y concentrer plus vive.
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La cité toscane au Moyen Age, combien chère ! Dante à Sienne et à Lucques se trouve exilé, comme un Normand de Caen le serait à Rouen.
« Le soleil et les étoiles se voient de toute la terre», dit-il, comme dirait un Français en Amérique. Etre à Florence, au milieu de ses popolani^ aller
à la Piazza, voir la ? de Giotto et
mio bello San Giovanni, voilà la patrie du Florentin. Ces murs, ces habitudes, ces connaissances municipales^ vivre sur ce petit théâtre, voilà ce qui attachait si fort.
La civilisation n'a pu naître qu'en république. Grèce, Rome, la vieille civilisation italiote, etc. La Renaissance au Moyen Age en républiques italiennes ou plutôt besoin d'activité et de développement libéral a fait constituer en républiques les peuples chez lesquels il y a germe de civilisation.
Mais ensuite le besoin de se réunir. La petite cité insuffisante. Que Forum, comices, curies, petits édifices, devaient sembler petits du temps d'Auguste !
Quand on examine avec soin le Capitole. Palatin, emplacement du forum, on voit que ce n'était pas plus grand qu'une place de village avec petits édifices municipaux. Lieu de réunion pour affaires, entre Sabins et Romains.
Un village qui se gouverne, voilà la cité antique.