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même chemin, en revenantàCusco, il trouvâtes corps de ses compagnons à la même place, et tenant en bride les corps de leurs chevaux ; les gelées continuelles avaient empêché la putréfaction, et les chairs des chevaux étaient encoîe si fraîches, que la petite armée se ravitailla dans ces sentiers de désolation.
L’année suivante, d’Almagro mourait sur l’échafaud pour s’être révolté contre l’autorité de Pizarre.
Ses compagnons, les hommes du Chili, comme on
les nommait, vengèrent sa mort en assassinant Pi-
zarre (1541).
Pizarre, quelque temps avant cette catastrophe, avait préparé la réunion du Chili aux possessions déjà immenses du roi d’Espagne dans ce nouveau * monde qu’une bulle du pape lui concédait, à lui roi très-catholique et à ses. descendants, à l’exclusion de tous autres monarques européens.
François I er dit à ce propos : « Je voudrais bien que le pape me fit part de la clause du testament d’Adam qui m’exclut d’une partie de sa succession. »
Pedro de Valdivia, législateur et guerrier, mais sordidement avare, envahit le Chili à la tête de cent cinquante Espagnols êt d’un corps auxiliaire de Péruviens (1540), -triompha partout de la résistance des naturels et fonda Santiago, aujourd’hui la capitale de la République, au milieu d’une plaine couverte des huttes de plus de vingt mille Indiens. Ces vingt mille Indiens périrent le même jour, mais la guerre
de vengeance commença dès lors et dure encore.
Lantaro, jeune chef, qui mourut à dix-neuf ans, dans un combat, arrêta Valdivia près de l’endroit où fut fondée la ville de ce nom, par Valdivia lui-même, douze ans après son arrivée. Deux siècles de luttes meurtrières n’épuisèrent pas les forces des Arauca* niens. — En 1602, ils reprirent une belle revanche, s’emparèrent de tous les établissemens fondés par Valdivia, et refoulèrent les Espagnols jusque par delà le Bio-Bio.
Déjà, en 1722, ce fleuve avait été reconnu comme étant la limite des possessions espagnoles. Ces guerres ont immortalisé les Indiens, et depuis la grande crise de 1802, il n’y a plus eu que des hostilités partielles, des massacres de circonstance.
Une paix assez sérieuse dura jusqu’à 1810, époque à laquelle les Indiens intervinrent encore dans la lutte entre les Indépendants et la mère patrie. Ils prirent parti pour les Espagnols; vous savez pourquoi.
Quelle guerre que cette guerre de l’Indépendance ! vous verrez plus loin.
Les premiers symptômes se manifestèrent en 1810,
et elle dura jusqu’en 1827.
La France provoqua indirectement la révolte. Cette action indirecte de la France est aussi curieuse que peu connue.
Un jour, la nouvelle se répand au pied des Andes
que Napoléon envahissait l’Espagne et chassait les princes de la famille royale.
. Un cri de vengeance contre les Français retentit par toute l’Amérique méridionale. Une révolution éclate ; le directeur royal du Chili, Curasco, est déposé; son successeur a le môme sort deux mois après, et une junte provisoire s’organise.
La junte gouverne pendant quelque tems au nom du roi captif, mais tout à coup elle confesse hautement la liberté et brise violemment tous les liens qui rattachaient la colonie à la mère patrie.
L’immense majorité des Chiliens applaudit, et la junte révolutionnaire put gouverner en paix et maintenir l’ordre jusqu’au mois d’avril 1811 , époque à jamais mémorable, où la liberté reçut le baptême auquel elle n’échappe jamais, le baptême du
sang!
C’était au moment où le peuple se réunissait pour élire les députés du premier congrès. — Un bataillon de troupes royalistes essaya de rétablir l’autorité des Bourbons en attaquant à l’improviste le peuple dans l’exercice de sa souveraineté.
Les patriotes les repoussèrent. La mêlée fut terrible sur la grande place de Santiago, et les deux partis y laissèrent des morts nombreux.
Désormais, la guerra el muer te, la guerre à mort, était commencée.
Le premier congrès se réunit au mois de juin de
la même année. Au commencement de 1813, l’Espagne fit une tentative sérieuse pour reconquérir le Chili. Pareja l’envahit à la têle d’une armée nombreuse; mais les frères Carrera le battirent dans deux rencontres successives.
Quelle héroïque légende que cette légende des deux frères Carrerai Jeunes, riches, braves et patriotes, ils épousèrent la révolution; le peuple ratifia cet hymen et les proclama sauveurs de la patrie, et la jeune République s’enorgueillit de leurs victoires. Un jour, cependant, la fortuneies trahit, et le peuple oublieux les accusa d’avoir trahi la fortune. Ils s’exilèrent; ils errèrent pendant cinq années loin de cette patrie qu’ils adoraient et qui les accusait de conspirer contre elle. La haine qai les poursuivait sans cesse les atteignit enfin par delà les Andes, et le jour même où la victoire de Maipu consolidait à jamais l’indépendance chilienne, pour laquelle ils avaient combattu les premiers de tous, leurs têtes tombaient sur l’échafaud de Mendoza...
Quelques années après vint la réhabilitation. Le congrès décida que les restes des deux martyrs seraient transportés à Santiago et inhumés avec pompa dans l’enceinte du Panlhéoo.
Quelque temps après la défaite de Pareja, le général Gainza battit les bandits révoltés, comme on les appelait à Madrid, et l’armée chilienne dut se réfugier, après la déroute de ltancagua, de l’autre côté de la
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Cordillère, abandonnant aux troupes royales le sol <le la patrie.
Les patriotes chiliens se rallièrent dans les pampas et prêtèrent main-forte aux. Buenos-Ayriens qui luttaient aussi contre l’Espagne. Les Buenos-Ayriens, vainqueurs, rendirent le même service aux Chiliens et les ramenèrent, sous la conduite de San- Martin, jusqu’aux plateaux de Chacabuco, où l’armce royale essuya une défaite complète (1817).
’ Après Chacabuco, l’Espagne ne posséda plus qu’un seul point fortifié dans le Chili : Taleahuana, où Ordonez se maintint pendant plusieurs mois sans être attaqué.
O’Higgins, nommé directeur suprême de la République, vint faire le siège de Taleahuana ; mais il y renonça bientôt et se réunit aux troupes de San-Martin pour marcher contre Osorio, qui venait au secours d’Ordonez à la tête de six mille vétérans espagnols.
Le 5 mai 1818, Osorio, renforcé par trois mille autres soldats, offrit la bataille aux cinq mille patriotes commandés par San-Marlin. La rencontre eut lieu dans la plaine de Maipu, aux portes de Santiago, et les habitants sortirent en foule de la ville pour assister à ce combat qui allait décider si le Chili serait désormais république ou colonie espagnole.
Osorio, trompé par de faux rapports ou par ses télescopes, crut voir dans celle foule de peuple quiltant la ville, une réserve de troupes fraîches accourues au
secours des Indépendants. Les soldats, se croyant inférieurs en nombre, perdirent leur aplomb et leur entrain, se débandèrent après une sanglante mêlée de quatre heures , et la victoire couronna les efforts des patriotes au moment même où les deux Carrera subissaient le dernier supplice.
Le Chili était donc perdu à jamais pour l’Espagne, et quelques jours après Ordonez évacuait Talcahuana.
Les patriotes chiliens et buenos-ayrjens voulurent, avant de rentrer dans leurs foyers, aider les Péruviens à s’affranchir du joug espagnol. Ils créèrent donc une marine commandée par lord Cokrane et des officiers étrangers, et, en 1820, l’armée libératrice, toujours conduite par San-Martin, fit voile vers le Pérou.
Je n’entreprendrai pas de vous parler de tous les directeurs ou présidents de la République qui succédèrent à O’Higgins. Il y eut parmi euv des hommes capables.
L’instabilité de ces magistrats a été compensée par la stabilité de la Constitution ; celle de 1833, proclamée par Prieto, est encore debout.
En parlant du Chili, ondil avec plaisir la République du Chili ; c’est que, de tous les États des Amériques centrale et méridionale, le Chili est le seul auquel ce nom ait encore porté bonheur.
Seul, le Chili n’est plus déchiré par les luttes des prétendants à la présidence ; le peuple est digne de cette indépendance pour laquelle ses enfants sacri-
fièrent si longtemps leur vie et leur fortune ; le commerce, l’industrie se développent sans aucun temps d’arrêt ; on travaille, on est heureux.
Je n’établis aucun terme de comparaison entre le Chili et les États-Unis. La grande République des Américains du Nord est une république fédérative ; celle du Chili est une, démocratique et représentative.
Au Centre-Amérique existe encore un petit État indépendant, chef-d’œuvre de bon ordre, d’aisance et de liberté : — Costa-Rica . 1
Je*vous y conduirai un jour.
Le Chili et le Pérou, si bons amis autrefois , se sont déjà fait la guerre. J’ai rencontré, un jour, dans une forêt, l’état-major du général Bowlnes, et j’ai vu s’embarquer une armée de cinq mille hommes destinée à assiéger Guyaquil. Je reviendrai plus tard sur ces souvenirs.
Les officiers étaient presque tous Européens ou Américains du Nord. La guerre de l’Indépendance avait ptoduit une disette d’hommes. La paix a réparé les pertes de la population ; l’État a créé des écoles militaires* et le métier de la guerre s’apprend sur les frontières de l’Arcfucanie, comme nos soldats l’apprennent en Algérie.
Le Chili a donc maintenant une armée vraiment chilienne.
l Avant les campagnes de Walker.
On retrouve ici, et j’en ai vu quelques-uns, on retrouve, dis-je, passés à l’état de bourgeois apathiques, ventrus, mariés, pauvres ou riches, jamais dans le dénûment, quelques anciens volontaires de 1814, qui, aprèsla pacification de l’Europe, sont venus guerroyer contre le despotisme espagnol, et travailler à l’éducation militaire des guerriers de la jeune Amérique. Ils ont adopté ce pays, qui, le lendemain de la victoire et de la proclamation de l’indépendance , se constituait en République une et indivisible.
Ces hommes n’ont remis l’épée au fourreau 'qu’après Chacubuco et Maipu.
Je vous conduirai chez l’un d’eux, don Gaspardo, un Chilien de Seine- et-Oise, un ancien beau de Versailles.
A propos, pour terminer cette leçon d’histoire et de géographie, sachez que la superficie du Chili est évaluée à 190,000 milles' carrés (mesure anglaise); je l’emploie, car je n’ai pas d’autres relevés sous la main; d’ailleurs”, elle estla moins inexacte.
La plus grande partie de cette superficie est occu- • pée par les Cordillères, leurs chaînes parallèles et les ramifications qui s’étendent en quelques points jusqu’à l’océan Pacifique .
Les points culminants des Cordillères forment la limite des terres du Chili et de la Plata. Le versant de la Plata descend en pentes successives jusqu’aux plaines immenses des pampas. Le versant chilien dé-
vie plus brusquement , de sorte qu’un tiers à peine en étendue de la Cordillère appartient à cette dernière République.
La bande chilienne entre les Andes et la mer forme un plan incliné dans la proportion de 16 à 20 milles de pente pour une largeur d ? environ 100 milles; mais, en réalité, on peut compter trois étages de plateaux séparés les- uns des autres par des vallées, et s’élevant successivement jusqu’au faîte des hautes montagnes. Il faut avoir, comme moi, croisé pendant des mois entiers sur les atterrissages du Chili pour ne plus douter que les sommets des Cordillères, avec leur seize volcans en activité, sont visibles à 60 lieues au large. D’ordinaire, un épais rideau de brume s’interpose entre ces montagnes et le navigateur qui gouverne sur Valparaiso ou sur Talcahuana, ou qui longe la côte. Souvent on consigne sur le journal du bord qu’à une petite distance de terre, les montagnes sont invisibles; tandis que, plus au large, on peut contempler à l’œil nu leurs incommensurables dimensions.
Une luxuriante végétation foisonne sur les terrasses que les neiges fondues arrosent par les canaux d’un drainage naturel; pas de grands fleuves, mais quelques rivières navigables à leur embouchure, telles que le Bio-Bio, le Rupel.
La fertilité du Chili s’est révélée et le commerce des blés s* est développé malgré le tremblement de terre
qui frappa de stérilité les grandes vallées de San- Pedro , d’où les provinces péruviennes tiraient leurs céréales. Les premiers grains de froment importés sur la côte ouest de l’Amérique du Sud le furent, en 1535, par dona Maria de Escobar. Elle les sema, les cultiva, les moissonna elle-même, et, en l’honneur de sa première récolte , elle invita ses parents et ses amis à une fête, leur distribua le précieux grain et les engagea à suivre son exemple. Uona Maria mourut avec l’idée qu’elle seule avait introduit la culture du froment dans les nouvelles colonies de l’Espagne ! Elle ignorait que, dès 1528, un nègre de Cortez avait trouvé quelques grains de blé perdus dans les provisions de riz de l’armée et les avait semés. Le père José Rixi, franciscain, sema le premier du blé dans la province de Quito. On conserve encore, dans le couvent des frauciscains de cette ville, la petite jarre de terre dans laquelle il apporta d’Europe les semences. C’est une belle et sainte relique!
Les richesses minérales des Andes sont incommensurables. Le sol est un coffre-fort dont on peut à volonté faire sauter le couvercle. Mines d’argent, mines d’or, de mercure , de plomb , de soufre , d’étain, de cuivre. Aussi, le nombre des établissements métallurgiques augmente-t-il chaque année. Copiapo et Coquimbo, seuls, pourraient fournir du cuivre à l’Europe entière.
On vient de découvrir tout récemment, près du
port d’Echato, non loin de Talcahuana, un merveilleux gisement de charbon de terre d’une qualité supérieure à celui qu’on extrait des ports llota et Coronel. Les vapeurs du Pacifique n’auront plus à ■redouter le manque de combustible.
Pendant que je rédige ces notes de voyage, je lis dans les journaux qu’une des mines d’or inconnues depuis trois siècles , l’une de celles sans doute dont les Indiens refusèrent d’indiquer les gisements h leurs bourreaux voilà trois siècles , et que tant d’aventuriers espagnols , anglais et français , ont, depuis lors, vainement recherchées, vient d’être signalée à trente lieues de la Conception, non loin des mines d’argent de Nacimiento (novembre 1855). On annonce qu’en moins de vingt-quatre heures, des chercheurs d’or se sont relevés millionnaires, que la République entière .est atteinte de la fièvre du métal jaune, et que toutes les boutiques de Talcahuana ont ces mots pour en- .seigne : /ci, on vend de l'or.
Je ne suis pas chanceux, moi; j’arrive toujours trop tôt. Je visite San - Francisco de Californie, et -quelques années après on y moissonne de l’or. Je quitte l’Australie, et, au bout de six mois, les placers «de Ballarat et du mont Alexandre donnent la fortune aux premiers mineurs qui se penchent vers eux. Me voilà au Chili , je m’apitoie sur les misères de Talcahuana, et quand je ne suis plus là, Talcahuana devient une ville dé changeurs. Enfin, je passe à
Cayenne, je n’y trouve que des déportés et du vomito, et à peine suis-je rentré en France, que le Moniteur officiel annonce la découverte des pépites de i’Oyapock !
Il y a soixante ans environ, dans le district de Toma-Ileura, corregidorerie de Porco , Amérique méridionale, un flâneur mit la main sur une pépite eomme les placers australiens et californiens n’en n’ont jamais livré et n’en livreront jamais. Elle fut estimée au prix de 15 millions de livres d’alors.
De tout temps, la recherche des nouveaux pays de For a eu ses Argonautes. Les premiers colons espagnols et leurs descendants ne se contentèrent jamaisdès richesses qu’ils avaient sous la main. Ils moururent par milliers en quêtant dans les déserts di* Centre, l’Eldorado, le royaume du merveilleux do Paititi , où le métal tant désiré est plus commun que les pierres.
Le climat du Chili passe pour être le plus sain de tous les climats du monde. Pas de grandes chaleurs, pas de grands froids, peu de pluies, excepté dans la partie méridionale, à Chiloé, surtout, où rarement les cataractes du ciel font relâche.
La culture européenne y trouve un terroir d’élection, et le guano, cet engrais à la mode aujourd’hui et que connaissaient les incas, donne la fertilité aux terrains les plus stériles. M. Raimondi, professeur d’histoire naturelle à la Faculté des sciences de Lima,.
a présenté à no»re Académie des sciences, un mé moire sur les gisements de guano des îles Chinchas, où tant de navires européens prennent un chargement de retour.
Garcilasso de la Véga, dans ses Commentarios reales (1460), dit : « On n’emploie ici d’autres excréments, pour engraisser les terres, que ceux des oiseaux marins qui existent sur la côte du Pérou, grands et petits ; ils vont par bandes si grandes, que cela est incroyable pour qui ne l’a pas vu ; ils pondent dans des îlots déserts qui existent près de cette côte, et la quantité d’excréments qu’ils y déposent est égarement incroyable. De loin, ces amas de matières ressemblent aux sommets de montagnes neigeuses. Du temps des rois, des incas, on apportait tant de vigilance dans la garde de ces oiseaux, qu’au moment de la ponte, personne ne pouvait aborder aux îles, sous peine de mort, de peur d’effaroucher les oiseaux et / de leur faire quitter leurs nids; il n’était pas non plüs permis de les tuer à aucune époque, ni dans les îles, ni au dehors, sous la même peine. »
M. Raimondi accompagna les ingénieurs que le gouvernement péruvien envoya, en 1853, aux Cliinchas, pour y mesurer la quantité de guano existante.
La couche, en certains endroits, a plus de 30 mètres d’épaisseur.
MM. Girurdin et Bidard pensent que la formation de ces matières n’appartient pas à l’époque actuelle
et la considèrent comme un coprolite ou excrément d’animaux antédiluviens. M. Raimondi est d’une opinion contraire, et réfute M. de Ilumboldt, qui prétendait que les oiseaux et principalement les ardea et ■les phenicopterus , qui couchent la nuit en grand nombre sur les Chinchas et les autres îlots de la côte, n’auraient pu fournir, depuis trois siècles, qu’une couche d’excréments de quatre à cinq lignes d’épaisseur. Selon lui, les espèces de Ilumboldt n’arrivent qu’accidentellement aux Chinchas, et les habitués du lieu se composent de palmipèdes marins de tous .genres; les îles en sont quelquefois entièrement couvertes, sans compter ceux qui se retirent au fond des terriers creusés dans le guano.
Ce qui prouve aussi que le guano appartient à l’époque actuelle, c’est qu’on y trouve beaucoup de cadavres dje phoques (otaries), les uns enterrés à une profondeur de quelques pieds et d’autres à peine recouverts, ou exposés à l’air, et que la squelettologie de ces otaries est identique à celle des otaries qui fréquentent les mers de ces parages.
Une nouvelle preuve irrécusable est fournie par les débris de l’industrie humaine, les vases de terre et les morceaux de bois, ouvrages qui paraissent avoir servi jadis à l’exploitation de cet engrais, et qu’on exhume parfois des fosses les plus profondes. La tradition populaire vient en aide aux opinions de M. Raimondi. On prétend que sous les collines de
guano d’une île, près d’Arica, se trouve une raine d’argent très-riche, et jadis exploitée.
Je vous ai déjà parlé et je vous parlerai encore, tantôt ici, tantôt ailleurs, des arbres, des plantes et des fleurs; ainsi ferai-je pour les animaux domestiques et sauvages; car j’ai hâte de clore la série de ces documents, pour lesquels je vous renvoie aux livres spéciaux. Un mot cependant à propos de la géographie botanique du Chili , sur laquelle M. Claude Gay vient d’écrire un mémoire très-remarquable :
« Parfaitement limité par des barrières infranchissables, au nord par le vaste désert d’Ataeama, au sud et à l’ouest par l’océan Pacifique, et àl’est parles grandes Cordillères, le Chili, dit M. Gay, se présente dans une condition tout exceptionnelle, pour donner à l’ensemble de ses productions naturelles le caractère spécial qu’on ne rencontre ordinairement que dans certaines îles. La végétation offre surtout cela de particulier, qu’elle s’y trouve représentée par plusieurs familles et par une foule de genres que l’on n’a pas encore trouvés ailleurs, ou qui y offrent un si grand nombre d’espèces particulières, que l’on peut sans crainte les considérer comme placés dans leur véritable centre de création.
» La nature y contrarie presque aussi souvent qu’en Océanie les lois posées par les physiciens.
» Ainsi, les variations diurnes de l’aiguille aimantée signalent constamment un troisième mouvement dans
leur marche ; le baromètre accuse les plus grandes hauteurs du mercure dans le temps de pluie; beaucoup de reptiles lacertiens et bactriens sont vivipares ; des invertébrés, partout ailleurs aquatiques, tels que des sangsues, s’y montrent terrestres, etc. Dans le nord, où les pluies sont très-rares et n’arrivent même, en certaines localités, que tous les trois ou quatre ans, la végétation est faible dans son ensemble et robuste dans ses détails. Les particules d’eau que le vent enlève de la mer et les rosées dispensées par les brouillards suffisent pour la préserver contre les excès de chaleur et de sécheresse. Sur les côtes et près des sommets des montagnes, la végétation n’a aucun caractère bien prononcé, et malgré quelques formes singulières et même la présence du palmier, le paysage se ressent de ce mélange et de ce vague que l’on trouve dans tout ce qui, dans la nature^ sert de passage d^une forme à une autre ; les arbres sont rares à l’approche des neiges perpétuelles et tendent «i disparaître; les cactus se reproduisent jusqu’au pied de ces neiges, où, par suite d’un* ciel extrêmement pur, sec et toujours sans nuages, et de la grande force du rayonnement nocturne, les soirées sont très-chaudes et les journées trèsfroides. Ces accidents de température et l’action incessante des grandes rafales, que les gens du paysappellent tempêtes de vent, enlèvent leur élégance de forme aux grands végétaux et les aplatissent en quel-
AU CïHLl
que sorte; simultanément, les plantes qui tapissent •ces hauteurs deviennent ligneuses et cachent leurs tiges fortes et tortueuses sous une épaisse couche Je terre. La troisième subrégion botanique du Chili (celle qui n’appartient ni au littoral de l’Océan, ni aux sommets des Andes) nous montre la végétation arrivant à son plus haut degré de luxe. Des forêts vierges, •chargées, non pas d’orchidées épiphy tes , ainsi que plusieurs voyageurs l’ont avancé, mais de broméliacées, de gesneriaciées, de lêpidocèras , de mysodendrums , etc., etc., couvrent une grande partie de ces contrées et donnent lieu à un paysage un peu monotone dans sa forme, mais assez varié dans sa composition. D’après les arbres qu’on y trouve, je comparerais volontiers, ajoute M. Gay, cette végétation à celle de l’Australie; on y trouverait aussi un certain air de parenté avec les forêts des tropiques. Sauf le myrtus stipulons , qui forme à Cliiloé des massifs impénétrables appelés trépuales par les gens du pays qui en récoltent les fruits, je ne pourrais pas citer dans ces forêts un seul arbre social. »
M. Gay entre ensuite dans quelques considérations sur la végétation des llanos et des pampas, sur la formation des chivincs, où îles flottantes des marais, et appelle l’attention des naturalistes et des philosophes sur la lutte des forêts avec les plaines, des «arbres avec les graminées, et sur l’influence de la civilisation, influence telle, qu’il serait de la plus
grande utilité que des botanistes allassent étudier ces pays lointains, peu fréquentés, où l’ouvrage du Créateur se trouve encore dans toute sa pureté. « Quoique l’Araucanie, ajoute-t-il, connue depuis trois siècles, soit restée presque toujours à l’état d’indépendance, cependant le voisinage de l’homme a suffi pour exercer le plus grand ravage dans la nature et dans la physionomie dequelques-unes de ses forêts. Le pommier, introduit en 1579 sur les frontières de cette nation, a trouvé, dans son terrain et dans son climat, une * condition d’existence si favorable, qu’il s’y est propagé de manière à former des bois immenses qui envahissent de plus en plus cette contrée, et semblent vouloir subjuguer les véritables hôtes de ces forêts (les arbres indigènes) et les supplanter. Vers le centre . de l’Amérique méridionale, chez les indiens Chuntaquiros et Pantartambinos, visités jadis par des missionnaires, ce sont des bois d’orangers et de citronniers que j’ai vus (M. Gay) remplir le même rôle. »
Je regrette beaucoup de n’avoir pu pter en son entier l’intéressant mémoire de M. Gay ; il m’a fallu le mutiler.
San-Carlos de Chilqé, que nous visiterons en faisant route pour le cap Horn, San-Carlos resta quelque temps encore au pouvoir des Espagnols après l’affranchissement des provinces de la terre ferme.
Quintanilla y représentait l’autorité royale. Freyre, le successeur d’O’lliggins, entreprit la conquête de