A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
Tou* droit» nhurvéa.
PRÉFACE
L’Afrique équatoriale, cette singulière contrée, dont j’ai eu la bonne fortune d’explorer le premier l’intérieur, et dont les habitants, les animaux étranges et les productions végétales feront le sujet des pages suivantes, est surtout remarquable par sa faune qui présente, à beaucoup d’égards, un caractère extraordinaire et même tout exceptionnel. C'est sur cette bande de terre, comparativement étroite, qui s’étend de chaque côté de l’Equateur, que se trouve cette monstrueuse et féroce espèce de singe, le gorille. Là aussi, et là seulement, habite cet autre singe si curieux, le troglodytes calvus, qui se construit un abri et que les indigènes appellent nshiégo-mbouvé, aussi bien que le kooloo-kamba, espèce inconnue jusqu'à ce jour, non moins remarquable que le troglodytes calcus, et enfin le nshiégo ou chimpanzé. Au nord, au sud et à l’est de cette région, le lion règne dans les forêts et le désert; il n’y a que sur cette zone qu’on ne le rencontre pas.
On peut voir par là quel champ de richesses spéciales un tel pays ouvre au zèle ardent d’un naturaliste. Le gibier n’y est pas aussi abondant que dans les vastes plaines du sud de l’Afrique ; on y tue beaucoup moins ; mais si le garde-manger est plus mal garni , l’explorateur, tout affamé qu’il est, n’en a pas moins ses jours de bonheur, lorsque la découverte de quelque animal encore inconnu vient le récompenser de ses fatigues, de ses dangers et de ses souffrances.
Il PRÉFACE.
Non-seulement la faune de cette région embrasse une quantité plus qu’ordinaire d’espèces exclusivement indigènes, mais plusieurs même des animaux qui lui sont communs avec le nord et le sud me paraissent être des variétés spéciales. Ainsi, je suis porté à croire que l’éléphant de ce pays est une variété distincte, sous beaucoup de rapports, de sa famille du sud de l’Afrique.
Sans aucun doute, la configuration de cette contrée est la première cause de cette condition exceptionnelle. Au lieu des vastes plaines découvertes, arides ou pauvrement arrosées de l’Afrique du nord, do l’est ou du sud. l’explorateur trouve là un pays marécageux et montagneux, et recouvert de forêts si épaisses qu'on pourrait le représenter comme ne formant tout entier qu’une même jungle impénétrable, à travers laquelle l’homme est obligé de se frayer une roule à coups de hache. Ces forêts, qui reposent probablement depuis des siècles dans leurs sombres solitudes, ne semblent pas favorables à l'accroissement rapide des animaux, dont elles sont principalement la retraite. On ne les y trouve pas réellement en troupeaux; et enfin, les habitants de cette région n’ont pu encore atteindre à ce premier degré de l’échelle de la civilisation, qui consiste dans la possession dos bêtes de somme ; car on ne voit là ni chevaux, ni chameaux, ni ânes, ni bétail : l'homme, ou pour mieux dire la femme, y est la véritable bête de somme.
La distribution des eaux dans cette contrée me semble éminemment favorable au succès des entreprises commerciales. Avant que je les eusse explorées, on croyait que les fleuves le Nazareth, le Mexias et le l'ernand-Vaz étaient trois cours d’eau différents; mais le lecteur pourra voir, en consultant la carte qui accompagne ce livre, que chacun d’eux est relié aux deux autres. Le Mexias et le Nazareth ne sont que des branches de l’Ogobay qui, de son côté, verse une partie de ses eaux dans le Fernand-Vaz, en empruntant le cours du Npoulounay. Ainsi, ces trois fleuves ne sont en réalité que des bouches de l’Ogobay, et forment avec les basses terres qui les séparent (véritables dépôts alluviens) un réseau très-étendu et très-compliqué de criques,
PRÉFACE
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de marécages et de forêts épaisses, que je me propose d'appeler le Delta de l’Ogobay. Ce Delta est borné au nord par le Nazareth, qui se jette dans la mer au 0”ft \ ' de latitude .Sud et au 9*3' de longitude Est1, et au sud par le Femand-Vaz, qui s’y déverse au 1”17' de latitude Sud et au 5“58' de longitude Est. L’embouchure du Mexias est entre les deux autres, au 0''56' de latitude Sud et au 8"fi6' de longitude Est.
Si je ne rends pas compte, dans le récit qui va suivre, de mes explorations à travers ce labyrinthe, c’est qu’elles n’ont présenté aucun incident de nature à intéresser le lecteur. Je les ai renouvelées plusieurs fois ; c’étaient des expéditions fort ennuyeuses, dont le seul résultat a été de me convaincre que ce vaste espace n’est nulle part habité par l’homme ; que dans la saison des pluies, quand les fleuves et leurs affluents se gonflent, toute la contrée est submergée, et que *
le sol y est recouvert d’immenses forêts de palmiers, sans qu’on y rencontre le moindre palétuvier, arbre si abondant d’ordinaire dans les terrains de ce genre. La terre et l’eau ne sont occupées que par des bêles féroces, des reptiles venimeux et d’insupportables essaims de moustiques.
Le Eernand-Vaz, le fleuve que je connais le mieux, et l’une des clefs de cette contrée, est d’un accès très-difficile, à cause des bancs de sable mouvants qui en encombrent l’entrée ; et pourtant il n’a jamais moins de quinze h vingt pieds d’eau de profondeur, en tout temps. Ce fleuve, aussi bien que le Mexias, verse dans l’Océan, pendant la saison pluvieuse, des torrents d’eau douce en immense quantité. L’abondance en est telle, et le courant en est si rapide, que bien que les embouchures aient à peine un demi-mille de large, le volume d’eau qui s’en échappe pendant les pluies se fraye une voie à part à travers l’Océan, jusqu’à une distance d’au moins quatre à cinq milles, avant de se mêler à l’eau salée. J’ai même vu des époques où la