I. Méridien de Greenwich
PRÉFACE
marée n’avait aucune action sur cette puissante colonne d'eau qui refoulait les efforts de la mer.
Au-dessus de Monway, sur un parcoure d’une trentaine de milles» le Fernand- Vaz, qui prend là le nom de llembo, mot usité parmi les naturels de cette partie de l'Afrique pour désigner le courant principal d’un fleuve, coule à travers un pays si plat, que pendant la saison pluvieuse ses rives sont inondées dans une étendue de plusieurs milles, et qu’en certains endroits on découvre à peine un pied de terre sèche. Quand on remonte le fleuve, le terrain s’élève, et les eaux supérieures du Rembo et de l’Ovenga, encaissées entre des bords escarpés, traversent une contrée tout à fait montagneuse. Mais ces montagnes mêmes, si magnifiques, sont entrecoupées de plaines cl de larges vallées, qui sont submergées pendant la saison pluvieuse. Au retour de la saison sèche, ces inondations laissent une grande quantité de matières en décomposition ou déjà putréfiées qui, tout en fécondant le sol, donnent aussi naissance à des fièvres. Mais les fièvres, dans l’intérieur du pays, sont moins fréquentes et moins dangereuses que celles qui proviennent, sur le rivage, du mélange de l’eau salée et de l’eau douce, et lorsque ce pays aura été conquis à la civilisation, ce sera sur les montagnes que l’homme blanc devra chercher un refuge sanitaire.
Laissons le Femand-Vaz qui, bien qu’alimenté en partie par l'Ogobay, est un cours d’eau indépendant, prenant sa source dans les montagnes Ashankolo, et passons à l’Ogobay même, qui est probablement un des plus grands fleuves de l’Afrique équatoriale occidentale. L’Ogobay est formé par la jonction de deux cours d'eau trèsimportants de l’intérieur : le Rembo-Ngouyai et le Rembo-Okanda. J’ai exploré le premier en partie ; quant au Rembo-Okanda, je ne le connais que par les récits des indigènes; ils assurent qu’il est bien plus large que le IS'gouyai, et que sa navigation est obstruée en beaucoup d’endroits par de vastes quartiers de rochers ; des blocs semblables, dispersés sur ses hautes rives et sur les plateaux de l’intérieur, donnent au paysage un caractère saisissant tout particulier. Les rives
RÉFACE.
de l’Ogobay, aussi loin que j’ai pu les visiter, sont sur beaucoup de points sujettes à une inondation périodique.
Le Rembo-Ngouyai, coulant, sur une grande largeur, à travers un pays montagneux et admirablement boisé, est le plus magnifique cours d’eau que j’aie vu en Afrique. Il reçoit une grande quantité de petits affluents. Sa navigation est malheureusement interrompue par la grande cataracte Eugénie, ou Samba- Nagoshi ; mais il serait très-facile aux steamers de remonter jusque-là. Quant à la portion du fleuve qui est au-dessus de la cataracte, elle est navigable pour la plupart des bâtiments pendant la majeure partie de l’année, et elle traverse un pays d’une magnificence sans égale sous
les tropiques, riche en bois précieux de toute sorte, et très-propre à l’agriculture. Je ne pouvais m’empêcher, en contemplant ses ondes, de soupirer ardemment après le jour qui les verrait animées par le mouvement des bateaux à vapeur cl sillonnées par leurs roues, entre des rives bordées de comptoirs et d’établissements de missionnaires. L’ébène, le bois rouge et le caoutchouc, l’huile de palmier, la cire et l’ivoire sont les produits naturels de cette contrée , aussi loin que mes ressources bornées m’ont permis de la parcourir. Mais tous les végétaux des tropiques peuvent se développer dans ce sol vierge. Il ne faut que la main habile et la tète intelligente de l’homme blanc pour faire de tout ce vaste espace un grand pays de production.
Mon peu de connaissances en géologie, joint à l’impossibilité de transporter des échantillons d'un grand poids, m’a empêché d'observer avec fruit la structure souterraine de celte région. Tout ce que je puis dire, c'est que le schiste micacé, le talc et le quartz se trouvent en grande quantité dans les montagnes, mêlés à des masses de grès de diverses espèces, tandis que chez les Ashiras c’est le grès rouge qui semble dominer. Le fer y est très-abondant. L’or, dont le minerai est très-riche, affleure le sol en beaucoup d’endroits. Je n’y ai pas rencontré de cuivre, quoique les nègres de Loando en apportent de l'intérieur sur le littoral, où les Européens l’achètent.
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Les montagnes que j’ai explorées lors de mon dernier voyage, et dont le prolongement est tracé sur la carte jusqu’au point extrême où je me suis arrêté, me semblent n'être qu’une partie d’une grande chaîne qui doit traverser à peu près tout le continent, sans s’écarter de plus de deux degrés de la ligne de l’Équateur. Non-seulement toutes les apparences s'accordent pour rendre cette supposition vraisemblable, mais encore tous les rapports des indigènes et de leurs esclaves tendent à en démontrer l’exactitude. Les Apingis ont des esclaves qui ont été amenés d’une contrée située à l’est, à une vingtaine de journées de marche, et qui assurent tous, sans varier entre eux, (pie la chaîne de montagnes qu’ils ont actuellement sous les yeux se continue jusque dans leur pays, et môme bien au delà, tant que leurs connaissances peuvent s’étendre.
C’est pourquoi, basant mon jugement sur mes propres observations, aussi bien que sur des informations consciencieusement prises au sein des peuplades reculées de l’intérieur, je pense qu’il y a tout lieu de croire qu’une immense chaîne de montagnes partage en deux le continent africain, en suivant à peu près la ligne de l'Équateur, et qu'elle part à l’ouest des crêtes qui s’étendent le long de la côte au nord et au sud, pour aboutir à l’est aux pays situés au sud des montagnes de l’Abyssinie, ou peut-être même pour s’arrêter brusquement au nord du lac ’l'anganyika, découvert par le célèbre capitaine Burton, qui se trouve de nouveau sur la côte d’Afrique, et qui ajoutera sans doute de nouvelles découvertes à celles que la science géographique lui doit déjà. Peut-être lui sera-t-il un jour permis de vérifier notre supposition.
Du versant septentrional de cette chaîne de montagnes descendent probablement la plupart des cours d'eau qui alimentent le Niger, le lac Tchad et en partie le Nil, tandis que les sources qui s’échappent du versant méridional vont sans doute, les unes se réunir au Rembo- Okaiula. au Rcmbo-Ngouyai et au Congo, les autres se déverser dans le Zambesi et dans le grand bassin ou suite de lacs de l'Afrique orientale et centrale; ce qui tend à fortifier la théorie établie avec
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vu
tant de sagacité par l’éminent géographe sir Roderick Murchison , en 1852 , et confirmée depuis par le célèbre voyageur David Livingstone !.
Je propose de donner h cette chaîne de montagnes, dans toute la partie que j’ai visitée et reconnue, le nom indigène de N'koomoo- Nabouali , en mémoire du pic magnifique que j'ai découvert et qui forme la pointe occidentale de la chaîne. Je suppose que ce sont les forêts inaccessibles de ces montagnes et leurs féroces habitants (pii ont arrêté le cours victorieux des conquêtes mahométancs vers le sud. Aussi n'ont-elles jamais pu pénétrer au sud de l’Equateur.
Sur huit années que j’ai passées à visiter cette partie de l’Afrique, ce volume ne contient que les souvenirs des quatre dernières, 1800, 57. 58 et 59, qui seules ont été consacrées à des explorations suivies dans l’intérieur.
I/cxposé des résultats de mes quatre années de voyage offrira peut-être quelque intérêt au lecteur. J'ai fait à pied, et sans être accompagné d'aucun autre homme blanc, environ 2,700 lieues. J'ai tué, empaillé et rapporté plus de 2,000 oiseaux, dont plus de 00 espèces toutes nouvelles, et j’ai abattu plus de 1,000 quadrupèdes, dont j’ai empaillé et rapporté 200, avec plus de 80 squelettes. Parmi ces quadrupèdes, il n’y en a pas moins de 20 d’espèces jusqu'alors inconnues à. la science.
Parmi les difficultés les plus sérieuses que j’aie éprouvées, je dois signaler principalement le transport de mes collections au rivage.
Le livre que je présente respectueusement au public a été écrit d'après les notes de mon journal. Je me suis applique surtout il donner au lecteur une idée exacte d’un pays qui présente encore un sol vierge pour les missionnaires et les commerçants, ces deux pionniers de la civilisation, et (pii offre un champ fertile !i leurs doubles travaux.
Je dois ajouter ici que je n'ai fait aucune observation scientifique
i. Voir le journal de the Royal yeograpliinil Society, vol. XXII, J8ol, President Adresses’ el Livingslone's missionary Travels , p. oOH.
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do géographie, car j’élais dépourvu de tout instrument de précision, sauf le compas et la boussole. Et quand bien même j’aurais eu à ma disposition les instruments nécessaires aux déterminations astronomiques, il in’cùt été impossible d'en faire usage pendant mes marches continuelles à travers des forêts épaisses, où le soleil lie pénètre pas.
l.a carte qui accompagne ce livre a été revue et rectifiée en partie, d’après les travaux du savant géographe de Gotha, M. Aug. Pelerniann, que je prie de recevoir mes remerciments pour l’intérêt qu’il a pris à mes voyages.
J'espère trouver auprès du public la même indulgence que j’ai eu le bonheur de rencontrer chez, les membres les plus éminents des Sociétés de géographie de Paris, de Londres et de New-York, et de leurs honorables présidents.
Qu’il me soit permis de remercier particulièrement M. Jomard, le doyen de nos géographes, dont l'accueil paternel a été pour moi une belle récompense de mes efforts, ainsi (pie MM. Malle-Brun et Vivien de Saint-Martin, dont les conseils si éclairés m’ont puissamment servi k rendre cette édition aussi digne que possible d’être offerte au public.