‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 162 sur 247 · RELATION DE BOSMAN · texte numérisé non relu

RELATION DE BOSMAN

si absurdes et si incroyables, qu’il est facile de voir tout ce qu’ils ont encore ajouté d’extravagant aux fables des nègres.

Teniming cite, dans ses Esquisses zooloyùpies sur la côte de Guinée, un passage de Bosman, qui semble avoir trait au gorille et au chimpanzé. Si l’on doit y voir autre chose qu’une fable, c’est un rapport des plus exagérés et des moins dignes de foi. Voici ce que dit Bosman :

u Ils (ces singes) sont dans le pays par milliers, l.e premier et le plus commun de tous est celui cpic nous appelons smitlen; il est d'une couleur fauve. et devient très-grand; j’en ai vu de mes propres yeux qui avaient cinq pieds de haut, presque la taille d'un homme. Il est très-méchant et très-hardi; un négociant anglais m’a même dit, ce qui parait à peine croyable, que derrière le fort que les Anglais occupent à Wiinba, ces singes, très-nombreux, sont assez audacieux pour attaquer les hommes. »

Bosman continue :

« Il y a des nègres qui assurent que ces singes peuvent parler, et que s’ils ne le font pas, c’est qu’ils ne veulent pas s’en donner la peine. Ces singes sont fort laids, etc. »

Et plus loin :

(i Ce qu’il y a de mieux h dire, h propos de cette espèce de singes, c’est qu’ils sont capables d’apprendre tout ce que leur maître voudra leur enseigner. »

Sans nous arrêter aux autres contes de voyageurs de la même force, nous arrivons enfin au rapport de T. E. Bowditch, qui l’a fait paraître dans sa Relation d'une mission du cap Coast à Ashantée , publiée à Londres en 1819. Il est le premier qui appelle le gorille par son nom mpongwé. Il s’exprime ainsi dans la partie de l’ouvrage qui relate sa visite au Gabon ;

« Notre sujet de conversation favori et le plus curieux , quand il était question d’histoire naturelle, c’était Yingéna, un animal pareil à l'orang-outang, mais d’une taille bien plus élevée; il a cinq pieds de haut, et quatre en largeur, d’une épaule à l'autre. On dit que sa main est d’une grandeur démesurée et qu’un seul coup de cette main peut donner la mort. Les voyageurs qui vont à Kaybe le rencontrent ordinairement ; il s’embusque dans les fourrés pour tuer les

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hommes qui passent, et i! se nourrit surtout de miel sauvage. Parmi les autres traits qui caractérisent cet animal, et sur lesquels personne ne varie, ni hommes, ni femmes, ni enfants, chez les Mpongwés ou les Sheekaïs (Shekianis), on rapporte celui-ci : c’est qu’il se bâtit une cabane, grossière imitation de celles des indigènes, et qu’il dort sur le toit de cette demeure1. »

On voit que jusque-là tous les voyageurs sont en défaut ; ou ils n’ont connu que le chimpanzé, ou ils n’ont parlé du gorille que sur des ouï-dire. Il était réservé au révérend docteur Wilson de nous fournir la première preuve palpable de l’existence de ce monstrueux animal, et au docteur Savage, ainsi qu'au célèbre professeur d’anatomie comparée, Wyman, de donner à l’histoire naturelle le premier mémoire sur une partie du squelette et sur le crâne du gorille. En attendant, aucun voyageur ni aucun résident de la côte n'est parvenu à atteindre le gorille jusqu’au fond de ses retraites, dans les régions inconnues de l’intérieur; et le peu de détails qui a été transmis sur son compte en Europe et en Amérique ne provenait que des indigènes, dont l’imagination, excitée par l’effroi que leur inspire cette terrible bête, accueille à son sujet toute sorte d’idées superstitieuses et de notions exagérées.

Ma résidence en Afrique m’a procuré de grandes facilités pour nouer des relations avec les indigènes; et comme ma curiosité était vivement excitée par les récits que j’entendais faire de ce monstre si peu connu, je me suis déterminé à pénétrer dans ses repaires et à le voir de mes propres yeux. C’est un bonheur pour moi d’ôlre le premier qui puisse parler du gorille en connaissance de cause, et si mon expérience et mes observations m’ont démontré que plusieurs des habitudes qu'on lui prête n’ont de fondement que dans l’imagination des nègres ignorants et des voyageurs crédules, d’un autre côté je suis à même de garantir qu’aucune description ne peut donner une idée trop forte de l’horreur qu’inspire son aspect, de la férocité de son attaque, et de l’implacable méchanceté de son naturel.

Je regrette d’être obligé de détruire d'agréables illusions; mais le gorille ne s'embusque pas sur les arbres de la route pour saisir avec

\ . Mission à Ashantée , p. 440.

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