PREMIÈRE DÉCODVERTE DO GORILLE
avec une partie de squelette qu’il présenta il la Société d’histoire naturelle de Boston.
Le premier crâne découvert par le docteur Wilson fut donné par lui au docteur Savage, de Boston, qui plus tard s’en procura aussi un autre, celui d’une femelle; ces divers ossements fournirent au docteur Savage et au professeur Jeûnes Wyman le sujet d’un mémoire descriptif, imprimé dans le volume V du Journal d'histoire naturelle de Boston, qui, pour la première fois, annonça au monde scientifique l’existence de ce nouvel et singulier animal *.
Ceci m’amène à examiner les récits des divers voyageurs qui. depuis Hannon jusqu'à nos jours, font mention d’un animal ressemblant plus ou moins au véritable gorille; on a supposé qu’ils voulaient parler de cette espèce de grands singes et qu’ils en avaient déjà vu et tué.
La relation du voyage d’Hannon est un des plus curieux fragments que l’antiquité nous ait laissés. On présume que ce voyage a eu lieu au sixième siècle avant Jésus-Christ, quoique plusieurs critiques le placent à une époque beaucoup plus récente. Naviguant pour le compte du gouvernement de Carthage, Hannon avait pour mission de faire le tour du continent africain. Son journal commence par la phrase suivante , qui exposç suffisamment l’objet de cette expédition ;
« Les Carthaginois ont décidé que Hannon entreprendrait un voyage par delà les colonnes d’ Hercule, pour fonder les cités lybophéniciennes. En conséquence, il a mis à la voile avec soixante navires de cinquante rames chacun, portant à leur bord trente mille personnes, hommes et femmes, et des vivres ou autres provisions, en quantité nécessaire. »
t . Il y a encore d’autres mémoires publiés dans les volumes V cl VI du Journal (l'histoire naturelle (te lloslon. par le professeur JelTries Wyman qui donne ta description de quatre crânes et d’un squelette; dans les volumes lit et IV des Transactions rte la Société géologique de tendres, par le professeur Richard Owen qui '1er rit un squelette; dans le tome VIII des Archives du Muséum, par Duvernav; et dans le volume X des Archives du Muséum d'histoire naturelle, par Isidore GeofTrov Saint-Hilaire. Le docteur Wyman et lo docteur Savage ont ap|ielé ce nouvel animal gorille, du nom qui fut donné pur Hannon, un ancien navigateur carthaginois, à des hommes velus et sauvages rencontrés par lui sur la côte d’Afrique.
L’A F R I Q U B ÉQUATORIALE
Suivant Pline, il devait côtoyer le continent jusqu’à ce qu’il eût trouvé le golfe Arabique.
Le passage du Peripius, ou Voyage d’Hannou, où l’on croit voir une allusion à l’animal aujourd'hui connu sous le nom de gorille , est ainsi conçu :
« Le troisième jour, nous partîmes de cet endroit, et passant devant les courants de feu, nous arrivâmes à une baie appelée la Corne du Sud. Au fond de cette baie était une île comme la première, puis un lac, et dans ce lac une autre île peuplée de sauvages. C’étaient en grande partie des femmes dont le corps était couvert de poils; nos interprètes les appelèrent gorilles... Nous nous mimes à leur poursuite, mais nous ne pûmes atteindre les hommes; ils s’enfuyaient avec une extrême agilité, car ils sont cremnobates (c’est-à-dire qu’ils escaladaient les rochers et les arbres) et nous jetaient des pierres. Nous primes seulement trois femmes qui mordaient, égratignaient et déchiraient ceux qui les avaient saisies, et qui se débattaient quand nous voulions les emmener. Nous fûmes donc obligés de les tuer. On les dépouilla de leurs peaux, que nous emportâmes à Carthage; car nous ne pouvions aller plus loin, nos provisions étant épuisées. »
Suivant Pline, ces peaux furent suspendues dans le temple de Junon, et le nom de gorilles fut changé en celui de gorgones. Deux de ces peaux étaient encore dans le temple, lors de la prise de Carthage.
Penelrarit in eas ( Gorgades insulas) Hcinno, Pœnorum imperator, prodiililifue Itirta feminamm corpora viros pernicitate evasisse, duarumque gorgonum eûtes, argumenli et miraculi gratia, in Junonis templum posuit, speclatas ustpie ad Carthaginem caplam.
Si je compare ce récit avec les moeurs des gorilles, telles que je les décris plus loin, j’en conclurai, et je crois que le lecteur sera de mon avis, que l’animal vu et pris par Hannon n’était pas le gorille de nos jours, mais peut-être le chimpanzé. L’énorme gorille consomme une si grande quantité d’aliments végétaux qu’il n’aurait pas pu subsister en grand nombre dans une île comme celle dont Hannon nous parle. En outre, à moins que les habitudes de ces animaux n’aient subi un bien grand changement, il n'est pas vraisemblable
RELATION DE I1ATTEL.
que les mâles se seraient sauvés en laissant là leurs femelles. Si je m’en rapporte à mon expérience, le mâle au contraire s’avance droit sur l’ennemi et assure la retraite de la femelle; il déploie, en pareille circonstance, autant de courage que de férocité. De plus, s’emparer même d’une femelle gorille par la seule force du bras est, je crois , impossible. Pas un de ceux qui ont vu cet animal dans ses forêts natives, et qui ont pu remarquer sa vigueur prodigieuse, même sur l’examen du squelette, ne se prêtera à cette supposition.
Il parait donc probable que Hannon n'a rencontré que le troglodytes niger ou le chimpanzé, espèce fort répandue dans les montagnes et les forêts au sud de la Sénégambic, et qui n’attaque jamais l’homme. Je doute même que sa troupe ait mis la main sur des sujets adultes; elle n’aura pris que des femelles parvenues à moitié de leur croissance et qui n’étaient pas assez lestes pour s'enfuir.
Andrew Battel, voyageur africain, dont Purchas a recueilli les aventures , publiées dans ses Pilgrims, est le premier des modernes qui ait fait mention de certains singes de deux espèces dilîérentes, le pongo et l’engeco. Il a été longtemps prisonnier des Portugais à Angola, et voici le passage qu’il consacre aux singes :
« Le plus grand de ces deux monstres s’appelle pongo, et le plus petit engeco. Le pongo, par toutes ses proportions, rappelle l’homme ; il est de haute stature, il a une face humaine, les yeux enfoncés, et de longs poils au-dessus des sourcils. Son corps est couvert de poil, mais fort peu épais et d’un brun foncé. Il ne diffère en rien de l’homme, si ce n’est par les jambes, qui n’ont pas de mollet. Il marche sur ses pieds de derrière et porte ses mains croisées derrière la nuque de son cou. Il couche dans les arbres et se construit un abri contre la pluie. Il se nourrit des fruits qu’il trouve dans les bois, et de fourmis; mais il ne mange aucune espèce de chair. Il ne parle pas, et n’a pas plus d’entendement que toute autre bête. Les gens du pays, lorsqu’ils voyagent dans les bois, allument du feu pendant la nuit; le lendemain, quand ils sont partis, les pongos viennent et s’asseyent autour du feu jusqu’à ce qu’il soit éteint ; mais ils n’ont pas assez d’intelligence pour l’entretenir en y remettant du bois. Ils vont par troupes et tuent les nègres qui voyagent dans la forêt. Quelquefois ils rencontrent des éléphants qui viennent chercher leur nourriture au même
L’AFRIQUE ÉQUATORIALE
endroit; alors ils les battent tellement à, coups de poing ou avec de gros morceaux de bois qu’ils les forcent A prendre 1% fuite en hurlant. Les pongos ne se laissent jamais prendre vivants, car leur force est telle que dix hommes n’en viendraient pas A bout; mais on s'empare des petits en leur lançant des flèches empoisonnées. Le petit pongo se suspend au sein de sa mère, en s'y cramponnant avec les mains, de sorte que lorsqu'on tue une femelle on prend le petit, ainsi accroché A sa mère. Quand un pongo meurt parmi les siens, ceux-ci recouvrent son corps de branchages. On voit très-fréquemment de ces espèces de tombeaux dans les bois *. »
Battel, dans cette description, me paraît être le moins infidèle des narrateurs jusqu’à Bowditch, dont je vais parler. Je crois d'abord que le gorille ne se trouve pas au sud du fleuve Setti-Camma , car c’est là le dernier point où il m’a été possible de rencontrer ses traces. Puis, la langue des Mayombas a quelque analogie avec celle des Mpongwés, malgré de nombreuses différences, et le nom A'engecn, appliqué par Battel au plus petit de ces deux monstrueux singes, est sans aucun doute le nshiégo des tribus Mpongwés et Cammas d’aujourd'hui. Quant au nom de pongo, je suis en défaut; il ne saurait provenir de celui des Mpongwés , puisque cette tribu n’est venue s'établir au Gabon que dans le cours du siècle actuel , après la disparition de la tribu des Ndinas, les anciens occupants du fleuve, dont il ne reste aujourd’hui que trois représentants. Du temps d'Andrew Battel , la tribu Mpongwé vivait dans l’intérieur reculé des terres, et son nom était inconnu, A supposer même qu’elle eût alors une existence comme tribu. Malheureusement je ne connaissais pas la relation de Battel lorsque je suis allé en Afrique; autrement je me serais informé, auprès des Mayombas, de l’origine et du sens de ce mot, si toutefois il en reste quelques traces après plus de deux siècles écoulés, ce qui me semble fort douteux. Au surplus, en admettant que Battel ait connu le gorille et le chimpanzé , le lecteur peut juger des erreurs graves qu’il a commises dans la description de leurs mœurs et de leur aspect, sans doute d’après les rapports exagérés des naturels.
Après lui viennent d’autres voyageurs qui racontent des histoires
4. Purchas, dans ses Pilgrims , partie N, p. 984; Londres, 4623.