L'HOMME ET LES SINGES
dans une proportion symétrique avec ses membres inférieurs. Le fémur, en proportion de la jambe, est plus long que cher, les animaux, et la jambe est plus longue que celle d’aucun singe. Le bassin est plus large que haut ; les os iliaques s'infléchissent en avant ; l'humérus est plus long que l’avanl-bras; le pouce est aussi plus long que chez le singe, et c’est l’instrument le plus habile de la main.
L’autre différence capitale est exposée par le docteur P. Gratiolet dans un remarquable écrit, lu à la Société d’anthropologie de Paris, sur le microcéphale considéré dans ses rapports avec les caractères distinctifs de l’espèce humaine. On y remarque le passage suivant :
« L'étude du cerveau des microcéphales m’a fourni d’autres éléments h l’aide desquels la distinction de l’homme est évidemment et anatomiquement prouvée. En comparant attentivement le cerveau des singes à celui des hommes, j’ai reconnu que dans l’âge adulte le mode d’arrangement des plis cérébraux est le même dans l’un et dans l’autre groupe; et si l’on s’arrêtait là, il n’y aurait point de motifs suffisants pour séparer l’homme des animaux en général ; mais l’étude du développement oblige de l’en distinguer absolument. »
Parlant ensuite du développement et de la construction du cerveau, l’auteur ajoute :
« En effet, les circonvolutions temporo-sphénoïdales apparaissent les premières dans le cerveau des singes et s’achèvent par le lobe frontal ; or, c’est précisément l’inverse qui a lieu dans l’homme : les circonvolutions frontales apparaissent les premières, les temporosphénoïdales se dessinent en dernier lieu : ainsi, la môme série est répétée ici d’a en w, là d’w en x. De ce fait, constaté très-rigoureusement, résulte une conséquence nécessaire : aucun arrêt de développement ne saurait rendre le cerveau humain plus semblable à celui des singes qu’il ne l’est dans l’âge adulte; loin de là, il en différera d’autant plus qu’il sera moins développé. »
C’est ainsi que nous voyons, chez les idiots même les plus dégradés , le cerveau conserver le caractère matériel et zoologique de l’homme; et bien qu'en apparence il soit peut-être inférieur à celui du chimpanzé, du gorille, ou de l’orang-outang , c'est néanmoins un cerveau incontestablement humain. La maladie, ou une dégénérescence continuelle (atthénioginie) , peuvent rabaisser un homme, mais
L A F II I QU B ft Ql A TOU I A L E .
jamais clics n’en feront un singe. En outre, les observations modernes ont démontré que les idiots n'engendrent pas.
Quoiqu'il y ait une grande dissemblance entre le squelette de l’homme et celui du gorille, pourtant la ressemblance a quoique chose qui effraye. On dirait, à voir le gorille, une caricature exagérée de l’espèce humaine. Mais les connaissances, maintenant acquises sur les singes anthropoïdes, et qui résultent de l’examen critique de leur ostéologie et de leur dentition par des savants tels que Tiedeman, Cuvier, Owen, Wyman, (IcolTroy Saint-llilaire, Duvernov et d’autres, nous font aisément reconnaître les spécialités anatomiques qui caractérisent tous ces singes. Ces spécialités constituent entre eux et l’homme une si énorme distance, que les plus grandes différences qui existent entre les tribus les plus dégradées de l’espèce humaine et les types les plus élevés de la race caucasienne ne sont presque rien en comparaison, ainsi que le lecteur peut s’en faire une idée en regardant les n°* 1, 9. Il et 14, qui représentent le Caucasien, l’Australien et le nègre.
Dans un ouvrage des plus remarquables, l 'Unité de l’espèce humaine, l’éminent savant. M. Quatrefages. rend compte de ces différences. Je regrette que le sujet limité de ce chapitre ne me permette pas d’en donner quelques citations.
En définitive, ce qu'il y a de certain, c’est que, dans le pays que j’ai exploré, le gorille et tous les autres singes qui ressemblent à l'homme et qui sont particuliers à l’Afrique, se trouvent dans les mêmes forêts que les indigènes et vivent dans leur voisinage. Pendant que j’étais là, j'ai fait des recherches patientes, j’ai pris des informations détaillées au sujet des étranges histoires que racontent les indigènes sur les enlèvements dont les singes seraient les auteurs, etc., histoires auxquelles, je dois l’avouer, ils croient fermement comme à tous les autres contes que j'ai rapportés de femmes qui accouchent d’éléphants, de crocodiles, d’hippopotames, d’antitilopes, etc., etc. Quand je les sommais de me donner des preuves. Il se trouvait que ces histoires étaient toujours arrivées à quelques personnes mortes depuis longtemps, à de vieux ancêtres; toujours elles avaient été transmises de génération en génération, en faisant des impressions de plus en plus profondes sur les esprits superstitieux
MESURES Dl’ SQUEI.KTTE DU GORILLE. 4»7
des naturels, qui se complaisent dans les aventures mystérieuses et dans les prodiges. C'est surtout quand je résidais parmi les tribus des montagnes qui avoisinent les bords de l’Ovenga, où le gorille se rencontre plus fréquemment que partout ailleurs, que j’ai cherché s’il ne se trouverait pas une race, ou plutôt plusieurs races intermédiaires qui serviraient de chaînons entre les indigènes et le gorille ; et je dois dire que je me suis consciencieusement livré à ces recherches, dans le seul but d’apporter h la science les faits que j'aurais recueillis ; mais tous mes efforts ont été vains. Je n’ai pas trouvé une seule créature, anciennement ou nouvellement connue, qui pût servir de lien intermédiaire entre l'homme et le gorille; nr, je l'aurais certainement rencontrée, si l’homme était venu originairement du singe. Tous ces faits nous mènent droit à cette même conclusion : c’est que l’honune le plus dégradé est complètement distinct du singe le plus élevé. Le premier est de l’ordre unique des bimanes, et le second appartient aux quadrumanes.
Je termine ce chapitre par le tableau suivant des mesures du squelette du gorille dressé avec beaucoup de soin d’après un de mes sujets les plus parfaits, un mâle adulte qui. lorsque je l'eus tué. mesurait cinq pieds huit pouces dans toute sa longueur.