‹ Voyages et aventures dans l'Afrique equatorialeChapitre 195 sur 247 · MOEURS DES AS DIRAS · texte numérisé non relu

MOEURS DES AS DIRAS

bois si connu. Elles aiment à porter des colliers de cuivre, ce qui leur donne l'air d’avoir le carcan au cou pour être menées au marché d’esclaves. Les hommes et les femmes pratiquent une légère rainure en longueur dans le milieu de leurs dents de devant; l’effet n’en est pas désagréable. J'ai rencontré de temps h autre quelque vieillard qui avait les dents limées en pointe , suivant la coutume sauvage de plusieurs tribus, et sa physionomie empruntait de là une expression de férocité qu’on n’oublie pas de longtemps, quand on l’a vue.

Comme je n'apercevais pas un seul esclave depuis que j’étais chez Olenda, je commençais à croire qu'il n'y en avait pas; mais j’appris bientôt que les malheureux esclaves, à la nouvelle de mon arrivée, avaient été frappés d’une terreur panique. Ils se figuraient, les pauvres diables, que je venais les chercher pour les conduire à la côte, afin d'v être engraissés, puis transportés dans le pays des blancs, et enfin mangés par eux. Ils croyaient que moi-même, en attendant, je me proposais de goûter un peu à leur chair ; car voilà l'usage que, suivant eux, les blancs font de leurs esclaves. Ils s’étaient donc sauvés dans les plantations, où ils se tenaient cachés, bien décidés à ne pas donner signe de vie. Rien au monde, ni assurances ni instances de ma part, ne put les tirer de leur retraite. Leurs maîtres s’amusaient de leur frayeur.

Les Ashiras aiment beaucoup les boissons fermentées, et la grande abondance de la banane leur permet de satisfaire ce penchant. Ils fabriquent à cet effet des jarres ou larges bouteilles en terre, d’une contenance de vingt à trente litres; ils les emplissent à moitié de morceaux de bananes très-mûres, puis ils mettent de l’eau jusqu'aux bords. Au bout de deux ou trois jours, la fermentation a lieu et le breuvage devient potable. Presque tous les villages ashiras ont un hangar commun où sont une douzaine de ces jarres ; tous ceux qui, dans les temps de grande récolte des bananes, ont apporté leur part de ces fruits à la masse ont le droit de venir là se griser de compagnie. Il n’est pas rare de voir tout un village se trouver en cet état. Cette boisson douce et acidulée n’est pas désagréable au goût ; elle porte généralement au bavardage et à la causticité. C'est celle que l’on préfère dans le pays.

Il y en a une aulre qui est faite de miel sauvage et d’eau; quand ce mélange est entré en fermentation, il produit également l’ivresse.

Enfin, une troisième boisson dont les Ashiras sont très-amateurs, c’est le membo, ou vin de palmier.

Les femmes cultivent la terre chez les Ashiras comme partout. Elles sont fort industrieuses; elles m’ont paru avoir des manières plus douces que les femmes des autres tribus, et leur santé est plus vigoureuse. Elles ne se marient pas avant d’avoir pleinement atteint l’àge de puberté, ce qui explique la beauté relative de ce petit peuple, aussi bien que sa supériorité intellectuelle, qui éclate dans ses manufactures de toile, comme dans sa manière de vivre prudente et bien réglée. La polygamie règne chez, eux, et les parcnLs vendent quelquefois leurs enfants, ce qui n'est pas regardé comme un crime. Quant aux mœurs des femmes, moins j'en dirai, mieux cela vaudra; qu'il suffise de savoir que la chasteté ne figure pas parmi les vertus des Ashiras.

Tout le pays est bien arrosé. Le long des flancs de chaque montagne descendent de petits ruisseaux qui vont se jeter dans l’Ovcnga ou l'Ovigui, qui passe tout près de là. Cette dernière rivière décharge ses eaux dans l’Apingi.

10 novembre. — Je suis parti aujourd'hui pour les montagnes du sud. l’Ofoubou, l’Andôle et l’Orère. au milieu desquelles la rivière Ofoubou prend sa source. J’ai laissé mon bagage chez le roi Olenda. et je n’ai emporté que quelques présents pour les chefs qui m’ont invité à les visiter dans ces montagnes. Olenda m’a donné un de ses fils pour guide, et a bien recommandé à ses sujets d’avoir grand soin de n l’esprit. »

Après une marche d’un mille et demi dans la direction du sud, nous arrivâmes au pied du mont Nchondo, un des plus hauts pics de la prairie. Les Ashiras ont de la vénération pour cette montagne ; ils disent que c’est d’elle que leur viennent les chèvres ; plusieurs d’entre eux m’ont assuré que leurs compatriotes avaient reçu ces animaux de la montagne elle-même; je présume qu'aulrefois c’était là, en effet, un repaire de chèvres sauvages qui. sortant tout à coup de quelque retraite inconnue, auront donné lieu à cette superstition.

En côtoyant la base et les flancs de ces hauteurs, nous parvînmes

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