UN FOI' NÈGRE
au pied du mont Andèle. dont ia cime se perd dans les nuages. I.à est situé le village de Mouendi. dont le chef, Mandji, vint joyeusement à ma rencontre. Tout son peuple chantait sur ces paroles : « Quel bonheur que le tangani soit venu visiter notre village! »
Nous traversâmes ce jour-là quelques villages abandonnés. Là, comme partout, la mort d’un homme avait entraîné des accusations de sorcellerie; car les pauvres Ashiras aussi sont frappés de l'idée que la mort est toujours une violence faite à la nature, et qu’elle est due aux impies machinations des sorciers.
Partout où je passai , les villages étaient d’une propreté remarquable; les cabanes étaient petites. Cette exiguïté s’explique ici par la rareté du mpavo, dont les maisons sont construites; en effet, il faut transporter ces lourds matériaux pendant plusieurs milles à dos d’homme et de femme , puisque les bêtes de somme sont inconnues. Les rues sont parfaitement nettoyées; on n’y voit traîner aucune ordure.
Pendant que je me reposais dans un de ces villages, je vis venir un pauvre et chétif individu qui faisait des cabrioles en chantant des chansons tout le long de la rue ; je m'amusai tellement de ses bouffonneries et du respect que les autres semblaient avoir pour lui que je lui donnai un vieil habit déchiré. Ce cadeau le jeta dans le ravissement. Il recommença de plus belle à gambader et à chanter, si bien que les gens du village finirent par s'en divertir aussi. Le pauvre diable me suivit pendant quelques jours, tâchant de me témoigner sa reconnaissance par scs danses et par scs chansons. Dans cette partie de l’Afrique, les idiots, qui sont en général lourds, stupides, mornes et sombres, inspirent de l’éloignement et l’on s’en débarrasse le plus tôt possible, en les vendant comme esclaves à quelque autre tribu; niais de pauvres êtres, lestes et joyeux comme celui-ci, sont bien traités et deviennent même l'objet d’un certain respect superstitieux. Je n'en ai vu que trois de ce genre dans le cours de mes voyages, mais j’ai rencontré plusieurs idiots abrutis. Je puis ajouter, à propos d’infirmités, que les cas de surdité sont très-rares; je ne me souviens pas d'en avoir vu, excepté chez quelques vieillards. Parmi les Bakalais, j’ai trouvé un muet, et dans une autre tribu deux bossus ; tous les deux, par parenthèse, singulièrement rusés. Quant aux cas de cécité.
I.' AFRIQUE ÉQUATORIALE, je n'en ai jamais rencontré . même chez les nègres affaiblis par l'âge.
On trouve dans ces villages une plante que les noirs appellent liamba, et qu’ils cultivent avec beaucoup de soin. La feuille se fume dans des pipes de terre; elle a une vertu exhilarante et narcotique. En étudiant quelques feuilles que j'ai rapportées de mon voyage, j’ai découvert que ce liamba n'est autre chose que le cannabis indica si connu, ou chanvre indien, dont on fait la célèbre drogue orientale, le haschich.
La fouille du liamha.
Un jour, pendant mon voyage, je trouvai un village dans un état d’excitation extraordinaire. Un homme avait fumé des feuilles de liamba et s’était sauvé dans les forêts, frappé d'un accès de folie; on craignait qu'il n’y fût dévoré par les bêtes féroces. De pareils accidents ne sont pas rares chez les Ashiras. J'ai observé plus tard plusieurs faits de ce genre; un fumeur de liamba devint fou furieux, et j'en ai vu beaucoup que cette funeste habitude avaient réduits à un état d'extrême débilité.
Le haschich, ou cannabis indica. est si connu qu'il n’est pas nécessaire d’en parler. Cette plante, originaire de l’Abyssinie, de la Perse et de l'Indostan, n’est pas. selon moi, indigène de cette partie de l’Afrique. C'est ainsi que je m’explique qu’on ne la trouve jamais à l’état sauvage, et que les Ashiras et les Apingis. les seules