Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]
L'Amérique russe est en général si peu connue, que le récit d'un voyage dans ce pays m'a paru devoir, si imparfait qu'il soit, offrir quelque intérêt au lecteur. La région que je me propose principalement de décrire est le bassin de l’Youkon, fleuve dont l'existence est presque ignorée, bien qu’il soit l’une des principales artères de l'Amérique septentrionale. A la vérité, sir John Richardson recueillit dans ses voyages quelques renseignements au sujet de set important cours d’eau, mais il ne le visita point ; quant aux explorations que Zagoskin, officier de la marine russe, a faites dans l'Alaska, jamais elles n’ont eu de publicité,
L'acquisition de ce vaste territoire par les États-Unis l'a récemment fait sortir de l'obscurité qui l'enveloppait; on peut prévoir dès à présent que, grâce à l’activité américaine, il attirera bientôt l'attention de l'Europe. Il est cependant curieux de l’étudier avant que la civilisation en ait changé le caractère, car les indigènes, grâce à l’isolement complet où ils sont demeurés, offrent le type le plus pur de la race peaurouge, le seul peut-être du Nouveau-Monde qui n'ait subi aucune altération.
Depuis qu’elle a passé en de nouvelles mains, l’Amérique russe est appelée « Territoire d’Alaska, » et quoique ce nom en vaille un autre, il a, selon toute apparence, été donné par erreur : on a étendu au pays entier le terme qui désignüit
Il PRÉFACE.
seulement la péninsule étroite et longue située à l'extrémité occidentale, l’Aliaska des cartes géographiques.
J'ai sous les yeux un rapport publié l’année dernière par le ministère d'État de Washington sur les ressources de l’Islande et du Groënland. Cette étude, faite par B. M. Peirce, . esq., d’après la demande expresse de l'honorable W. H. Seward, me donne lieu de penser que le gouvernement américain, loin de regretter l’acquisition de l'Alaska, serait fort disposé à ouvrir des négociations semblables afin de s’annexer de nouvelles terres arctiques. La passion de M. Seward pour les champs de neige et les montagnes de glace paraît véritablement insatiable.
Dans la relation que j'offre au public, j'ai rapporté des souvenirs et des légendes, retracé l’ancienne physionomie de la Colombie anglaise et de l’île de Vancouver; j'ai montré aussi la Californie telle qu’elle est devenue sous l'influence américaine. Enfin j'y ai joint le court récit de mes excursions sur la côte orientale de la Sibérie et du Kamtchatka.
Deux fois j'ai eu l'honneur de faire partie d’expéditions scientifiques, et c’est à elles que j'ai dù quelques-unes des heures les plus douces de ma vie; beaucoup de mes compagnons de voyage sont devenus pour moi des amis dont la pensée me sera toujours chère. J'ai reçu du colonel Bulkley, ingénieur en chef de la commission, du capitaine Scammon, de MM. "Wright, Chapel, Levis et de plusieurs autres Américains avec lesquels ma bonne fortune m'a mis en rapport, des marques de sympathie si nombreuses que je pourrais difficilement trouver des expressions assez vives pour exprimer toute ma reconnaissance.
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