‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 2 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DÉPART

Nous quittons Darmouth. — Nos compagnons de voyage. Le vieux Moïse. — Marchandise matrimoniale. — Tempête intérieure, — Révolte de notre équipage. — On demande des volontaires. — Îles Malouines, — Port Stanley. — Le cap Horn. — Nous manquons de charbon. — San Francisco. — Le détroit de Fuca. — Cook. — Vancouver. — Juan de Fuca. — Victoria. — Les mines de Caribon. — Le drame de William’s Creek.

En 1862, les côtes du Pacifique, et particulièrement la Colombie anglaise, étaient à Londres l’objet d’une vive atten-

tion. Ayant, grâce à Dieu, comme la plupart de mes compa-

triotes, une exubérance d'énergie et d'activité à dépenser, je formai le projet de visiter ce pays, et sans plus de retard, je fis mes dispositions pour le voyage. Inutile de dire que j'entassai dans mes malles une foule d'objets regardés comme peu embarrassants et absolument indispensables, mais qui, en réalité, se trouvèrent incommodes autant que superflus.

Tel est, je suppose, le cas de tous les voyageurs inexpérimentés. Donc, nous quitt’::6: is 6 juin, non pas, je dois l’avouer, sans un sentiment de tristesse, les bords de notre chère Tamise; et le 9, après une courte station dans la baie

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de Darmouth, nous vimes disparaître à l'horizon les côtes de la vieille Angleterre. Notre vie était maintenant abandonnée au caprice des vagues, quelques heures plus tard, elles semblèrent prendre un malicieux plaisir à nous montrer leur puissance. « Les vents sont rudes dans la baie toujours agitée de Biscaye. » Du moins nous en jugeâmes ainsi; car la brise qui poussait le vaisseau se changea en un formidable ouragan. Le bâtiment à bord duquel nous nous trouvions était un steamer en fer, le Tynemouth, et, pour ranimer notre confiance, les marins nous racontèrent les exploits accomplis par leur navire. Pendant la guerre de Crimée, il avait résisté bravement, sans éprouver d’avarie, à la tempête qui avait englouti dans la mer Noire une partie de la flotte anglaise. Nous nous rendions à l’ile Vancouver, par la voie du cap Horn, et nous devions faire relàche en deux ou trois endroits. Trois cents passagers environ étaient à bord; sur ce nombre, plus des deux tiers perdirent pendant les premiers jours tout sentiment du décorum et des convenances, de sorte que le navire fut transformé en un véritable hôpital flottant. Heureusement, tout en ce monde a une fin. Quand nous fûmes arrivés aux tropiques, nos compagnons avaient recouvré l'appétit; vêtus d’habits légers et de couleur claire, ils mangeaient, fumaient, flâänaient, causaient gaiement ensemble, ou lisaient sous des tentes; l'hôpital élait devenu salle de fête. Quelques-uns de ces passagers offraient des Lypes curieux. Il y avait des jeunes gens qui ne semblaient avoir ni profession, ni but déterminé, tristes auspices pour tenter la fortune dans un nouveau pays. D’autres étaient des cultivateurs, des ouvriers, des artistes, des hommes de lettres, des marchands, etc. Parmi eux se faisait remarquer un israélite, connu sous le nom de Vieux-M6. Juif dans toute la force du terme, il ne négligeait aucune occasion de gagner un sou soit en vendant aux voyageurs des citrons gâtés ou de mauvais cigares, soit en accaparant divers objets qu'il mettait ensuite à l'enchère. Vers la fin de la traversée, il acheta

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