‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 104 sur 196 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

plus rare, à peine si nous en avons goûté depuis plusieurs mois. Les Indiens nous apportent de temps en temps des lièvres, dont nous faisons d'excellents civets; la fourrure, blanche et douce, nous sert à doubler nos couvertures, et ce n’est pas un luxe inutile dans un pays comme l'Alaska. Il en faut quarante pour une courle-pointe ordinaire. Notre prévoyant quartier-maître, M. Dyer, fait, en vue sans doute des hivers qu'il compte passer ici, une provision énorme de ces peaux si chaudes et si utiles; je ne serais pas étonné qu'au printemps il en eùüt près d'un millier. Le lecteur, sans doutz ne suppose pas que nous dévorions une telle quantité de lièvres ; la plus grande partie de ces fourrures sont achetées aux Indiens, qui nous cèdent volontiers le poil, mais qui, en général, aiment beaucoup mieux manger la chair eux-mêmes que de nous la vendre.

Presque chaque jour, durant les courtes heures où le soleil se montre, nous faisons une promenade du côté de la rivière; nous examinons les pêcheries, ou bien encore nous allons visiter les piéges tendus dans les bois par les femmes indiennes du fort Noulato. L'Youkon a ici une largeur de seize cents mètres ; une ile s'élèveau milieu de son lit à quelque distance de la station; nous nous y rendons souvent, soit pour chercher des échantillons d'histoire naturelle, soit pour nous approvisionner de poisson et de gibier, dessiner un point de vue, ou simplement pour satisfaire aux lois de l'hygiène en prenant de l'exercice. Une grande cabane de bois a été construite àun mille du fort; nous avons tous plus ou moins travaillé à la bâtir; ce devait être une stagion télégraphique, peut-être servira-t-elle un jour de logement à quelque futur voyageur.

Vers la fin de l'hiver, Ketchum et Labarge partent pour étudier l’intérieur du pays jusqu’au fort Youkon. Notre infatigable Canadien est arrivé d’Ounalatchlit le 2 mars, amenant avec lui vingt-deux chiens et une provision de saumon salé suffisante pour vingt-cinq ou trente jours. Le voyage qu'il se propose de faire durera au moins ce temps; il ne faut donc

pas, pendant leur courte station à Nouiato, toucher à des denrées qui sont indispensables pour la route. Nous réunissons tout ce qui est mangeable, et suivant en cela l’exemple des Russes, nous fabriquons unesoupe pour les bêtes de somme avec de l'huile, du poissoii, des restes de viande, du riz et du son. Nous sacrifions mème nos dernières fèves, que les chiens mangent parfaitement lorsqu'elles ont été bien amollies. On fait cuire lentement ce mélange sur un feu doux, on le laisse un peu refroidir, puis on le verse dans une auge de bois. Les bêtes affamées se pressent autour de cette bouillie, se la disputent avidement jusqu’à ce qu’elles aient avalé la dernière bribe, léché la dernière goutte.

Plusieurs Indgelètes avaient promis à Ketchum de l’accompagner, mais ils se dédisent au dernier moment, effrayés sans doute de s'éloigner autant de leur village; on les remplaça par quatre Co-Youkons, dont deux sortaient à peine de l’enfance; ce ne furent cependant pas les membres les moins utiles de la troupe. Le 11, tous les préparatifs sont terminés et nos amis partent en quatre traîneaux. Leur exploration, je le crains, a été entreprise trop tard; il est tombé récemment de la neige, de sorte que la surface du fleuve est aussi molle qu'au commencement de l'hiver. Nous accompagnons les voyageurs l’espace d’une ou deux lieues, pendant que Dyer ébranle l’une des vieilles tours de garde, en faisant partir une pièce d'artillerie hors de service qu'il a découverte dans un coin de ce bâtiment.

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