‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 105 sur 196 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LES INDIENS CO-YOUKONS

La tribu des Co-Youkons. — Massacre de Noulato. — Un meurtrier indien, — Veillée funèbre. — Cercucils aériens, — Superstitions. — Chasse aux rennes ; battues. — Transport des nouvelles, — Fourrures el commerce, — Bésicles indiennes. — Poupées,

Les Co-Youkons forment l'une des tribus les plus considérables de l'Alaska. Le pays qu'ils habitent s'étend le long de l'Youkon, depuis la rivière de Co-Youkouk jusqu’à la Tanana, quise jette dans le grand fleuve près de Noukloukayette, Quelques tribus intermédiaires peuvent bien avoir des noms particuliers, mais toutes parlent le même dialecte, et l’on est fondé à ne voir en eux qu'un seul peuple, Les Co-Youkons offrent une certaine ressemblance avec les Indgelètes, mais ils ont dans les traits quelque chose de sauvage. Le vêtement distinctif de ces indigènes est une jaquette à double queue, dont une pointe descend par devant, l’autre par derrière, Grâce au commerce qui se fait entre les tribus, on voit fréuemment le costume malemoute sur l'Youkon; mais l'habit que je viens de décrire est Co-youkon d’origine, sauf quelques modilications légères; il est adopté par toutes les tribus riveraines du fleuve, sur une étendue de trois à quatre cents lieues. Les femmes portent un costume coupé carrément par

en bas. Les plus coquettes ornent leur visage de coquilles d’hy-a-qua (dentalium) que leur fournissent les marchands européens. Cette parure s'accroche dans un trou pratiqué à travers le cartilage du nez.

L'humeur farouche des indigènes du haut Youkon a souvent inquiété les Russes. Des meurtres fréquents ont ensanglanté Noulato. Derrière le poste se trouve un petit cimetière où repose un brave Anglais, membre de l’expédition du capitaine Collinson, qui, allant à la recherche de sir John Fran. klin, trouva la mort sous le couteau des indiens. Voici comment les Russes m'ont raconté ce triste événement :

« Le lieutenant Barnard avait débarqué à Saint-Michel le 12 octobre 1850, et il y était demeuré jusqu’à l’arrivée du commandant du fort de Noulato, c’est-à-dire jusqu'au commencement de l'hiver. Quelques jours plus tard, il était parti pour l'Youkon avec l'officier russe, suivant exactement la route que nous avions prise nous-mêmes. Le voyage s'était accompli paisiblement; les indigènes ne paraissaient avoir nul mauvais dessein; rien, en un mot, ne pouvait faire pressentir l'horrible drame qui se préparait. Dès qu'il fut à Noulato, le lieutenant Barnard envoya un des employés du fort, accompagné d'un serviteur indigène, chez les Co-Youkons, pour prendre quelques renseignements. Cet homme remonta le fleuve pendant plusieurs jours; arrivé sur le territoire de la tribu qu'il venait visiter, il fit halte, et, cédant à la fatigue, il s’endormit dans son traineau. Son domestique indien était allé chercher de l’eau à quelque distance; les naturels qui, de loin, avaient observé le mouvement des deux voyageurs, profitèrent de ce moment pour se jeter sur le Russe, Le serviteur, à son retour, trouva son maitre sans vie et couvert de blessures; il prit la fuite fort effrayé. Mais les Co-Youkons le rappelèrent; ils n'avaient, disaient-ils, aucune intention de s'attaquer à un Indien. Le malheureux crut à leurs paroles: il revint vers eux ; à peine avait-il fait quelques pas, qu'il recevait plusieurs flèches en pleine poitrine et tombait mort sur le sol.

Page 1