CHAPITRE XVII
soin nos paroles, surtout ne jamais rien avancer sans en ètre bien sûrs. Nous avions annoncé confidentiellement à quelquesuns d'entre eux l’arrivée du grand steamer, qui devait remonter l'Youkon; nous ne doutions pas alors que l'événement ne confirmät bientôt nos paroles; la nouvelle fit sensation dans le pays et nombre d'indigènes se rendirent à l’'embouchure de l'Ounalatchlit pour voir le navire que nous y avions laissé. Par malheur, nos chefs changérent d'avis : le steamer de l’Youkon fut attendu en vain; ce contre-temps suffit à nous valoir la réputation d’'effrontés menteurs, dont aucune parole ne méritait la moindre créance,
Quoique grossiers et parfois cruels, les Co-Youkons ignorent l'usage de «l’eau de feu; » ils ne se sont pas encore laissé pervertir par le contact des trafiquants et des aventuriers; combien de temps durera cet état de choses? Mais s'ils s'abstiennent d'alcool, en revanche ils s'enivrent avec la fumée du tabac, comme les naturels de la côte: ils se servent même de pipes beaucoup plus grandes, introduites chez eux par la Compagnie des fourrures, et aussi, je dois l'avouer, par les membres de notre expédition.
Les femmes sont, en général, gracieuses et assez jolies ; celles qui habitent les forts riennent facilement la manière de vivre des Européens ; les bains de vapeur en particulier semblent être extrèmement de leur goût. Elles ardent, mème mariées, une huraeur joyeuse et presque enfantine, s'amusant à jouer enserable, à se lancer des boules de neige, à glisser avec leurs racuettes sur les pentes les plus rapides. Presque toutes sont de bonnes mères; elles traitent leurs enfants avec douceur, n'épargnent ni les soins ni les veilles, et j'étais souvent touché de la vive tendresse qu'elles montent pour leurs nourrissons.
Un soir d'été, Dall eut la galanterie d'offrir une rose sauvage à une jeune fille indienne. Elle l'accepla en souriant, puis la garda dans sa main, évidemment fort embarrassée de ce qu’elle en devait faire. Notre ami l'approcha des narines
de la demoiselle, mais grande fut sa surprise de la voir se détourner avec un geste de dégoût qu'Ilan let n'eüt pas désavoué. Je cite le fait, sans prétendre cependant le donner comme un trait des mœurs nationales.
Les indigènes amassent pendant l’hiver une quantité considérable de fourrures, provenant d'animaux pris au piége : mais une partie seulement de ces pelleteries entre dans les forts russes; le reste est gardé jusqu’au printemps, pour être vendu, soit à la Compagnie de la Baie d'Hudson, soit aux trafiquants indigènes qui s’assemblent chaque année dans le village de Noucloukayette.
Malgré les débouchés nombreux que trouve le commerce des fourrures, en dehors des comptoirs russes, les employés de Noulato ont, dans une seule saison, acheté cinq mille martres, sans compter les peaux de castor, de renard noir ou gris d’argent, Ils se refusent cependant à vendre des fusils et des munitions, mesure qui excite parmi les indigènes un mécontentement universel. Aussi Ketchum se fit dans la tribu des amis nombreux en distribuant quelques balles et un peu de poudre.
Si l'on veut donner des verroteries en payement aux indisènes de l'Youkon, il faut qu'elles ne soient pas fragiles ; les grosses perles de porcelaine sont celles qui conviennent le mieux; on les essaye en les choquant avec force contre une pièce de bois; si elles ne se brisent pas, elles sont reconnues de qualité satisfaisante. Les peignes, les miroirs, les cotonnades de toutes sortes sont fort appréciés, surtout par les femmes. Pierres à fusil, briquets, couteaux, ciseaux son très-demandés; le savon et les allumettes jouissent d'une égale faveur. Nos achats se bornaient principalement aux vivres et aux fourrures, et nous payions avec ces petits objets, quand il s'agissait de services exceptionnels, nous donnions des fusils, des couvertures ou des tissus.
Le dialecte co-ÿYoukon a une étroite affiiité avec !l'idiome indgelète, mais il paraît différer complétement de celui des
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