‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 111 sur 196 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

NOUS REMONTONS L'YOUKON EN CANOT

Premières brises du printemps, — Débâcle de l'Youkon. — Préparatifs

de voyage. — Nos canots. — Immensité du fleuve, — Navigition périlleuse. — [les submergées, — Co - Youkouk, — Flottille en écorce de bouleau, — Sachertelontin, — Lagune, — Newicareæout,.

— Expériences minéralogiques faites avec une brosse à dents, — Un cocleur indigène, — L'été sera court, profilons-en, — Fauteuil à l'usage des babys.

Bien que la neige couvre le sol et que les rivières soient gelées pendant huit mois de l’année dans le nord de l’'Amérique russe, il ne serait pas exact de dire que l'hiver dure tout ce temps. Dès le 5 avril, un dégel avait eu lieu ; à la vérité, le froid reprit ensuite avec plus de force, mais il était évident que le printemps approchait, Le 9, les mouches firent leur apparition, la cour du poste devint un marécage : le 10, ie vis bourgeonner les saules e les petits arbustes. Alors seulement les Russes Parurent s'apercevoir que l'hiver était passé ; ils se mirent à débarrasser les toits de la neige qui coulait en ruisseaux sur nos têtes quand nous entrions dans la maison, L'eau envahissait nos chambres; le sol humide semblait transformé en éponge; il fallut creuser un fossé Autour des bâtiments, puis un autre autour du fort pour

drainer le terrain. Nous ne pouvions nous empêcher de rire à la vue des mines piteuses que faisaient pendant ces traaux les employés du poste, tirés pour quelques jours de leur douce oisiveté. Voici comment ils procédaients un Russe jetait quelques pelletées de neige sur un morceau de cuir, que deux de ses compagnons, avec de grands efforts et une fatigue apparente extrême, traînaient ensuite lentement jusqu'au bord de la rivière. On comprend qu'après avoir accompli ce travail d'Hercule, le trio avait besoin de se reposer: il s’asseyait, fumait une pipe tout en causant jusqu'à ce que l’arrivée du bidarchik interrompit la conversation. Nos hommes se levaient pleins de zèle pour se remettre à la besogne, et le commandant, satisfait de voir que la Compagnie avait d'aussi infatigables serviteurs, retournait à sa sieste, ou s'en allait faire une partie de cartus avec son ami Jagor. Les ouvriers, restés seuls, recommençaient leur manége, et déblayaient encore quelques pouces de toiture ou de terrain; puis venait l'heure de prendre le thé : vite, ils jetaient leurs instruments de travail ; un si rude exercice avait excité l’appétit. Chacun économisait ses forces et faisait le moins possi-

ble, mais la Compagnie payait ses hommes en proportion exacte de leur mérite.

Le temps devint plus froid à partir du 11 avril jusqu’au 25, il y eut même quelques giboulées de neige : depuis cette époque le thermomètre descendit rarement au-dessous de zéro; la température était dome fort supportable, et comme elle succédait aux rigueurs de l’hiver, elle nous paraissait tout à fait chaude. Le 28, les premières oies arrivèrent du sud ; Kouriler était dans une joie extrème, A travers la glace crevassée, déjà fondante du fleuve, ilgagna l'le située en face de notre statiom, où il passa toute la nuit, mais dont il ne revint pas les maims vides.

5 mai. — bébèele complète de la Noulato. Plusieurs jours auparavant, divers signes l'annonçæent, mais l'hiver avait maintene sesdroits; auyourd hui le dégel est sérieux.

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