CHAPITRE XX
apportent des provisions considérables de viande séchée ou de gibier frais.
Les naturels du haut Youkon portent un costume tout différent de celui des tribus échelonnées sur la partie inférieure du fleuve; les notables ont des uniformes bizarres et bigarrés, présents de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Je remarquai entre autres un vieux chef kotch-à-koutchin, auquel on avait donné le sobriquet original de « Guêtres- Rouges. » Il se pavanait au milieu des siens, étalant avec orgueil ses épaulettes dorées, ses boutons de cnivre, ses broderies éclatantes; les rubans de toutes couleurs qui pendaient à son chapeau eussent suffi à orner la tête d'un régiment de conscrits. Beaucoup de ces indigènes portaient des capotes de soldat, des chemises, des vestes d’une coupe tout à fait civilisée, qu'ils avaient achetées dans les magasins du fort. Le costume d'hiver est plus simple; il se compose d’une longue robe de peau d'’élan, dont la fourrure est tournée à l'envers.
Une foule de tribus différentes avaient envoyé des représentants au fort Youkon. Les Kotch-à-Koutchins (Indiens des basses terres) habitent un territoire voisin. Deux autres peuplades, les An-Koutchins et les Tatanchok-Koutchins viennent d'un pays plus éloigné, situé sur les rives du haut Youkon ou Pelly, ainsi qu’il a longtemps été désigné sur les cartes. Les employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, trouvant sans doute les noms indigènes trop difficiles à retenir, les ont remplacés par des épithètes fantaisistes : tels Indiens sont appelés fils du Bois, tels autres fils de la Montagne, ceux qui habitent les bords de la rivière Porcupine ou Rat, deviennent les fs du Rat, ceux de la rivière Birch, fils du Boulear, etc. Des Indiens Tananas s'étaient aussi rendus à cette espèce de foire. Leur vêtement était garni de franges et de perles, beaucoup d’entre eux portaient, suspendue au cartilage du nez, une coquille d’hya-qua ou hy-qua* (dentalium entalis où
1. Voyez dans les Proceedings of the Zoogical Society of London de mars
entalis vulgaris). Ces coquilles servent de monnaie chez les indigènes de l’île Vancouver et de la côte occidentale. J'ai vu de riches Co-Youkons en mettre au bord de leurs vêtements et dans leurs cheveux une quantité considérable, et qui devait représenter au moins la valeur de deux cents peaux de martre.
Les deux compagnies de fourrures trafiquent avec les Indiens Tananas, et payent à très-haut prix les marchandises qu’elles leur achètent. Nous n'avons rien pu apprendre de positif sur la grande rivière dont ces indigènes habitent les bords. Toutefois, d'après les indications que j'ai recueillies, sa source ne doit pas être très-éloignée de celle de l’Youkon. L'élargissement du fleuve au-dessous du point où il reçoit le Tanana prouve évidemment que cette rivière doit avoir une très-grande importance.
Les femmes des tribus du haut Youkon sont chargées de beaucoup plus d'ouvrages pénibles que leurs sœurs des côtes de l'Amérique russe. Elles s’habillent plus simplement que les hommes et portent fort peu d’ornements. Parmi celles qui habitent le fort, plusieurs ont des vêtements européens.
Quelques chefs et quelques riches indigènes possèdent, diton, des monceaux de perles dont ils ne font pas usage, et qu'ils ont enfouis, comme des avares, dans les bois. Ils les auraient accaparées ainsi, faute de trouver un meilleur emploi de leurs capitaux, après avoir ach:té les fusils, couvertures, couteaux, ustensiles dont ils avaient besoin. En général, ils paraissent prospérer sous la protection de la Compagnie de la Baie d'Hudson; on pourrait même dire qu’ils sont
1864 une étude du D' Baird sur des spécimens de ce coquillage apportés en Angleterre par M. Lord, Esq. « Le Dentalium, écrit-il, est en usage parmi les naturels de l’île Vancouver, de la Colombie anglaise et des côtes voisines. Les coquilles les plus longues sont les plus estimées, n les enfile les unes au bout des autres, et quand vingt-six d’entre elles mises bout à bout atteignent six pieds, eiies forment un Hya-qua, pour employer la langue des indigènes. Un hya-qua vaut un esclave mâle, ou cinquante couvertures, ou bien encore 50 liv. st, Le dentalium est ordinairement tiré de la côte occidentale de l’île Vancouver.