‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 131 sur 196 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

mieux traités que les employés anglais. Les Indiens qui, les premiers, apportent des fourrures, peuvent choisir parmi toutes les marchandises que renferme la station; les agents n'ont droit qu'aux provisions de qualité inférieure, très-parcimonieusement mesurés, à un peu de tabac et à quelques vêtements. Je sais que les choses ne se passent pas ainsi dans les postes et les factoreries d’une plus grande importance; mais au fort Youkon, qui pourtant doit être pour la Compagnie une station lucrative, si l’on reçoit des marchandises, de la quincaillerie, des armes à feu, les approvisionnements destinés aux employés sont de l'espèce la plus médiocre.

Le magr:in de fourrures présente un spectacle assez curieux : :!*: : 'liers de peaux de martre sont suspend'es aux poutres, d'énormes monceaux de pelleteries communes sont entassées sur le sol, Pendant que nous examinions ces richesses, j'ai entendu raconter une anecdote qui ne fait pas beaucoup d'honneur à la Compagnie de la Baie d'Hudson. Dans la précipitation des marchés, un agent acheta un renard noir apocryphe; la peau avait été primitivement blanche, mais un Indien rusé l'avait teinte pour la vendre plus avantageusement. On aurait dû passer l’article par profits et pertes. Le gouverneur ne le voulut pas; il déclara l’employé responsable de sa bévue, et la valeur commerciale de la fourrure fut déduite de 502 mince salaire, en sorte qu'il dut payer plus de livre ‘#ling que l'objet n'avait coûté de shillings lors de l'ic! it S 1? fait est vrai, il n’a pas besoin de commentaires.

La fourrure du glouton est particulièrement estimée par tous les Indiens, en raison sans doute de la difficulté que l’on éprouve à se la procurer, Ces peaux, presque sans valeur dans le commerce, sont cependant achetées par la Compañuie de là Paie d'Hudson, qui les confie à des agents indigènes charges de les ‘“‘hanger dans les villages indiens contre des martres et au‘ pelleteries précieuses. Le P eau-Rouge reçoit pour sa par! :.::.tié des bénéfices de cette transaction.

Le tarif établi au fort Youkon est un peu plus élevé que celui des postes russes. Une carabine de la valeur nominale de quarante shillings représente vingt « peaux », selon l’ancienne expression employée dès l’origine par la Compagnie. La peau du castor est prise pour unité monétaire ; elle a une valeur de deux shillings et elle équivaut à deux martres. Si l’on demande aux ouvriers du fort chargés de confectionner les vêtements le prix d’un pantalon :

— Cela vous coûtera six peaux, répondent-ils.

Une paire de mocassins se vend une peau, et tous les objets sont étiquetés de la à ‘açon.

Le révérend Mac-Donald ouvait manquer de mettre à profit la réunion d’un si grand nombre d’indigènes dans la station anglaise ; il organisa un service divin à leur usage, et leur fit de chaleureuses prédications. Parfois, il s’adressait directement à son auditoire, parfois il employait l’intermédiaire d'Antoine Houle, qui, sachant le français, l'anglais et une foule de dialectes indi?ns, lui était d’un fort grand secours. Les naturels peraissaient écouter sa parole avec beaucoup d'attention, et se joignaient volontiers à lui pour chanter les hymnes saintes Plusieurs enfants avaient appris du ministre à lire couramment l'anglais, science dont ils se montraient extrêmement fiers. En somme, le zélé pasteur avait dû exercer une influence bienfaisante, quoique assez restreinte. Sa tâche n'était pas facile, les Indiens venus au fort Youkon appartenaient à six ou huit tribus différentes, dont chacune a sa langue particulière ; dans la foule recueillie qui l’entourait, combien étaient en état de comprendre ses enseignements? Fort peu, j'en ai peur. Le chinouk, il est vrai, permet de communiquer avec les sauvages; mais ce dialecte bâtard ne peut exprimer que les besoins matériels de la vie, il est tout à fait impropre à traduire le langage imagé de la Bible‘. L'une des principales difficultés qui pa-

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