‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 132 sur 196 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

raiysent les efforts de M. Mac-Donald, c'est que les Indiens sont, pendant la plus grande partie de l’année, dispersés dans le pays à cinquante et cent lieues de distance. Mais si la tâche est laborieuse, le missionnaire est plein d’ardeur et de dévouement ; de plus, il a cet avantage que, jusqu'à présent, aucun marchand de whiskey n’est venu entraver l’œuvre à laquelle il se consacre, et qu'aucune secte rivale n’a troublé l'âme de ses néophytes.

Cet état de choses, si favorable à l’apostolat du digne ministre, ne durera sans doute pas longtemps. Des signes menaçants se sont déjà produits. Les agents de la Compagnie de la Baie d'Hudson ont découvert près du fort Youkon quelques parcelles d’or, mais pas assez pour amener une invasio. dans le pays.

Le 29 juin, Ketchum et Labarge revinrent de leur excursion au fort Selkirk. On se rappelle que pendant l'hiver ils avaient quitté Noulato pour se rendre au fort Youkon, en suivant le lit congelé du fleuve. Ce n’était pas sans de grandes souffrances qu’ils avaient accompli ce dessein. Pendant deux mois, ils avaient lutté contre des difficultés de toutes sortes; des amas de neige fraîchement tombée retardaient leur marche, leurs chiens manquaient de nourriture, et pour comble de malheur le temps avait commencé à s’adoucir avant qu'ils eussent atteint le fort Youkon. La glace s'était fondue en plusieurs endroits, le dégel avait commencé, cependant le rivage était impraticable ; ils avaient dù continuer à s’avancer les pieds dans l’eau, à travers les blocs amollis et tremblants sous leurs pas.

paraboles rendent la Bible assez difficile à comprendre, bien qu'elle nous soit expliquée par des professeurs de notre race, qui sont parfaitement maîtres de notre langue. Le missionnaire, même quand il possède à fond une langue étrangère, s'adresse à des gens qui n’ont avec lui aucune éducation commune et dont les connaissances ne dépassent guerre le milieu où le sort les a fait naître. J'ai cité ailleurs une expression bien simple, « Enfants de la forêt, » qui excitait infailliblement dans une tr: ‘uction le rire des Indiens. On n’aura pas de peine à comprendre d'après cela comment la poésie pourrait devenir matière à plaisanterie, et sa forme imagée tout à fait inintelligible.

Aussitôt que le fleuve était devenu libre, c'est-à-dire à peu près à l'époque où nous nous mettions en route pour le fort Youkon, nos amis s'étaient dirigés vers le fort Selkirk ou Campbell, station aujourd'hui abandonnée. La Compagnie de la Baie d'Hudson n'avait pu parvenir à organiser les approvisionnements de ce poste ; les Indiens s’y rendaient de trèsloin pour vendre leurs fourrures, et lorsqu'ils arrivaient, le commandant n'avait pas la moindre marchandise à échanger avec eux. Désappointés, ils entraient en fureur; plusieurs fois ils menacèrent de massacrer toute la garnison. Quand le poste fut abandonné, ils tournèrent leur rage contre l'édifice et y mirent le feu. Ketchum nous apporta un fragment de pierre noircie qu’il avait détachée des décombres.

Nos compagnons avaient trouvé l’Youkon navigable jusqu’au fort Selkirk ; mais sur presque tout ce parcours, qui n'a pas moins de deux cents lieues, son lit est encaissé au fond de gorges montagneuses d’un aspect sauvage. Le gibier abonde dans le pays ; les Indiens, oublieux de leurs anciennes colères, se montrèrent paisibles, hospitaliers, désireux d'entrer en relation avec les hommes blancs. Ketchum mit vingt-neuf jours à remonter le fleuve; la manœuvre était laborieuse, il était obligé de s'arrêter chaque nuit pour prendre du repos; la descente fut extrêmement rapide, elle n’exigea que quatre jours ; à la vérité, il n'eut pas besoin de camper une seule fois. La direction du fleuve était exactement celle que lui attribue Arrowsmith sur ses cartes. Ketchum me donna deux pommes de pin qu’il avait recueillies près du fort Selkirk; elles appartenaient à l'espèce pinus contorta, dont nous n'avions pas rencontré un seul spécimen sur les bords du bas Youkon.

Comme je ne pouvais, faute d’avoir toujours un interprète à ma disposition, m'entretenir avec les indigènes aussi souvent que je l’aurais souhaité, je m'’efforçais de suppléer à l'insuflisance de mes renseignements par des conversations fréquentes avec le révérend Mac Donald. Le ministre habitait

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