CHAPITRE XXI
Frappé de l'innocente joie de ces sauvages, qui paraissaient prendre un si grand plaisir à la pèche et à la chasse, je ne pus me défendre de faire des vœux ardents pour qu'ils fussent préservés du contact des Européens, qui ne manqueraient pas de leur inculquer des habitudes et des goûts pernicieux.
On trouve dans le fleuve deux variétés de saumon!, La plus grande atteint quelquefois cinq ou six pieds, mais elle.n'est pas très-abondante et ne se rencontre guère que dans le Bas- Youkon ou sur la côte. J'ai vu des bottes dont les empeignes étaient faites avec la peau souple de ce poisson. Le 13, nous arrivâmes à Noulato. Nous n'avions pas mis six jours à parcourir les deux .cents lieues, qui, lorsque nous avions remonté le fleuve, avaient exigé vingt-six jours de navigation.
En notre absence, un ouvrier avait volé de l'alcool mélangé d'acide arsenieux et destiné à des préparations d'histoire naturelle. Croyant l'eau-de-vie pure, et voulant se faire bien venir des Russes, il leur en donna de larges rasades. On devine le utat. Les pauvres Moscovites éprouvèrent d'atroces do . Sans l'énorme quantité qu’ils avaient prise, c'en était fait d'eux. L’excès de la dose les sauva.
Avant de quitter Noulato, nous nous procurâmes une barque en peau plus grande que la nôtre, et deux Indiens grossirent le nombre de nos rameurs. À onze heures et demie du soir, le 15 juillet, nous nous remimes en route, continuant à descendre le grand fleuve, sans nous arrêter pour camper. Le lendemain matin, avant six heures, nous passâmes devant Coltog, point où, dans notre voyage en traîneau, nous avions pour la première fois aperçu l’Youkon. Grâce à notre vigoureux pagayage, ainsi qu'à la rapidité du courant, nous avions fait en sept heures cette première étape de quinze lieues. Les échos de la rive retentissaient des chants de nos Indiens ; nous nous sentions le cœur allègre et plein de soleil, une pensée joyeuse remplissait notre esprit ; bientôt nous al-