‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 140 sur 196 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

que, cependant le fléau les avait épargnés, tandis que nos ouvriers du golfe de Norton, qui s'étaient procuré dans les postes russes de la farine et du gibier, avaient été cruellement atteints.

Dans l’automne de 1865, le colonel Bulkley avait visité les côtes du détroit de Behring ; il avait trouvé à Port-Clarence, une épaisse végétation de lichen ; le sol pourtant n’était dégelé qu'à dix pouces environ au-dessous de la surface, au fond il restait dur comme de la pierre. Les terrains légers qui bordent 1 Youkon ne laissent pénétrer que jusqu’à quinze ou dix-huit pouces l'influence de l’atmosphère chaude de l'été, mais sur la côte occidentale du détroit de Behring, les plages nues et rocheuses de la Sibérie dégèlent à une profondeur de trois pieds environ. |

Le 18 aoûl, après plus d'une joie trompeuse produite par le passage d’une voile à l'horizon, nous vîmes enfin la Clara- Bell entrer dans le port. Le 29 nous étions réunis à Plover- Bay, sur le continent asiatique, où nous attendions l’arrivée du plus grand de nos navires, le Nightingale.

Cent vingt hommes, qui avaient passé l'hiver, les uns dans l'Anadyv, les autres dans l’Amérique-Russe, étaient maintenant réunis à Plover-Bay. Le major Wright et le capitaine Norton, de la Clara-Bell, méritent de grands éloges pour le zèle avec lequel ils se sont acquittés de la tâche qui leur avait été donnée, de rassembler des quatre points cardinaux ce nombreux personnel. Ils avaient dù se rendre deux fois à la plupart des stations : la première pour prévenir les escouades qui se trouvaient dans l'intérieur des terres; la seconde pour les emmener. De tous les hommes qui avaient hiverné sous ces latitudes arctiques, un seul était mort; un autre, ensorcelé par les charmes d'une aimable squaw, s'était exilé volontairement dans la Sibérie orientale.

Le chef de la station de Plover, le capitaine Kelsey, ne négligea rien pour assurer le bien-être de ceux qui lui étaient confiés. Des voiles, des poteaux, des planches, servirent à im-

proviser le long du rivage de confortables habitations, et notre séjour à Kelseyville, comme nous appelions notre campement, fut assez agréable pour nous laisser un long souvenir. Le capitaine Redfield, commandant de la Manuella, vint mouiller dans le port pendant que nous y étions; après avoir terminé ses transactions avec les indigènes, il voulut donner aux habitants un feu d'artifice. Le temps servit à souhait son dessein; la fête eut lieu par une sereine et splendide soirée, les eaux calmes de la baie, réfiéchissant les fusées brillantes et les flammes du Bengale, ajoutaient à l'effet magique de la scène.

A la même époque, quelques-uns de nos hommes trouvèrent un baril d'alcool, qui contenait des préparations d’histoire naturelle appartenant à un de nos collectionneurs de la société Smithsonienne. Ils étaient depuis longtemps privés de boissons réconfortantes, aussi ne résistèrent-ils pas à la tentation, et ils mirent immédiatement le baril en perce. Après s'être largement abreuvés, un peu au détriment de leur raison, ils jugèrent que ce serait dommage de laisser perdre ce qui restait dans la futaille, et comme leur exploit leur avait donné de l’appétit, ils avalèrent, en guise de prunes, les lézards, les poissons et les serpents qui avaient été destinés à un tout autre usage. Mais la science ne tarda pas à être vengée, car cette singulière infusion ne leur réussit nullement; je ne crois pas que jamais ils répètent l'expérience.

Ceux de nos amis qui avaient exploré l'Anadyr, m'apprirent que des tempêtes de neige continuelles avaient rendu leur tâche très-difficile ; les flocons, chassés par le vent, se précipitaient avec une telle violence, que les hommes en étaient aveuglés, et qu’il avait fallu tendre des cordes entre des maisons de planches distantes seulement d’une centaine de mètres, sans quoi il fût devenu impossible d'aller de l’une à l’autre. Une de nos barques, la Golden Gate, avait péri pendant l'automne de l’année précédente dans cette mème baie d’Anadyr. Elle avait eu le malheur de donner contre un banc

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