CHAPITRE XXII
RICHESSE DE L'ALASKA. — ORIGINE DES ESQUIMAUX DE L'ALASKA SEPTENTRIONAL ET DU GROENLAND,
Avenir de l'Alaska. — Fourrures et pêcheries, — Les îles Aléoutes, — Volcans, — L'ile Bogoslov, — Origine asiatique des Esquimaux, — Les marins Tehouktchis, — Voyages et aventures de deux jonques japonaises, — Analogie des Tehouktchis et des Esquimaux, — Langage, — Communauté des biens, — Le chaman et l'andgekok,
Je ne puis admettre que l'acquisition de l'Amérique russe soit un mauvais marché pour les États-Unis. Le nord du pays restera, peut-être, sans valeur; mais il en est tout autrement des régions cenirales: les fourrures y abondent, elles donnent lieu à un commerce qui s'étend chaque jour et dont le monopole doit infailliblement tomber aux mains des Américains, Quant aux districts méridionaux, comme ils offrent la plus grande analogie avec la Colombie anglaise, il est permis de croire qu’ils renferment des richesses minérales non moins grandes; les bois de construction pourraient également être exploités avec profit.
Les pêcheries deviendront sans doute très-importantes. De vastes bancs de morue existent le long des îles Aléoutes etsur d'autres points de la côte. Les saumons sont tellement nom-
breux dans toutes les rivières qu'on les regarde comme un
aliment grossier, bon seulement pour ceux qui ne peuvent en avoir d'autre. Il serait facile de se procurer des quantités énormes de ce poisson, sans débourser autre chose que le prix de la main-d'œuvre indigène qui se paye fort peu, comme on le sait. Restent les frais de salaison et de transport, mais ils ne sont pas considérables, et, tout compte fait, cette excellente nourriture reviendrait en Europe à très-bon marché. Un marchand de Petropaulovski m'a dit avoir gagné de cetie manière 6000 dollars en une seule saison, sans autre fatigue que celle d’une légère surveillance exercée sur les indigènes qui travaillaient pour son compte. Les entreprenants Américains ne sont pas gens à négliger une telle source de prolit.
À un autre point de vue, le gouvernement de Washington a encore eu raison d'acheter ce territoire. C'est un acte de justice envers la Russie. Les baleiniers Américains du détroit de Behring et de l'Océan Arctique, ont, depuis vingt ans, fait dans les ports de la côte le commerce des fourrures, et par là considérablement réduit les bénéfices de la Compugnie moscovite. Ils affectaient de n'avoir en vue que la pêche, mais enréalité presque tous étaient des trafiquants. Les Russes se montraient naturellement fort hostiles à cesnayires qui venaient mouiller dans leurs ports et leur faire concurrence.
Aussi la plupart des baleiniers ne s’aventuraient-ils jamais dans les postes importants, tels que Sitka, Ounalaska, Saint-Paul, Saint-Michel. Aujourd'hui toute la côte lear est ouverte; de plus, considération importante, les pelleteries, les dents de morse, l'huile animale, entreront désormais exemptes de droit, à San Francisco ou dans tout autre port de l’Union américaine.
L’archipel des Aléoutes, qui comprend quatre groupes d'îles, Fox, Andreanoff, Rat ct Blignie', forme une partie importante de l'acquisition. Il fut découvert par Behring en 1741;
1. Sarytschef, en 1791-1792, a déterminé la position géographique d’une grande partie de ces Îles. Le capitaine Couk, Kotzebue, Lütke, etc., ont également .pporté leur concours à cette exploration.
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