CHAPITRE XXII
presque aussitôt après, c'est-à-dire en 1745, les marchands russes de la Sibérie commencèrent à étendre leur trafic dans ces régions; la spéculation acheva l’œuvre de la science, les explorations commerciales firent connaître les pays nouveaux entrevus par le célèbre navigateur.
Abondantes et riches devaient être sans doute les cargaisons de fourrures rapportées de ces lointains parages, car les négociants russes ne se laissèrent décourager ni par les difficultés, ni par les périls des premières expéditions. Sur les onze voyages entrepris de 1745 à 1778, cinq se terminèrent par des naufrages ou par d'horribles massacres, mais les six autres furent tellement fructueux que le commerce ne se porta pas avec moins d’ardeur vers le sinistre archipel. Les temps sont aujourd'hui bien changés. Ces sauvages qui égorgeaient les Européens servent comme matelots à bord des baleiniers du Pacifique; dernièrement encore, ils étaient regardés comme les sujets de la Compagnie russe-américaine, et tout jeune Aléoutien devait passer à son service trois années. Plusieurs postes, dont le principal était Ounalaska, avaient été fondés dans ces îles pour faciliter le commerce des fourrures.
Outre l'importance des transactions qui ont lieu sur son territoire, l'archipel des Aléoutes mérite, à plus d’un titre, l'attention des voyageurs. Des volcans, éteints ou en activité, se trouvent dans plusieurs de ces îles; des geysers et des sources thermales ont aussi été découverts. Les naturels gardent encore le souvenir de tremblements de terre formidables qui ont bouleversé le pays, et sans doute, comme en Sicile, de larges dépôts de soufre existent dans le voisinage des cratères. Nous croyons devoir indiquer ici les noms des iles qui renferment des volcans; les voici dans l’ordre où elles se présentent, lorsqu'on va de l'est à l’ouest,
Ounimak, où l’on voit le cratère du Chitchaldinskoï vomir des nuages de fumée. Un second volcan se trouve à peu de distance, mais il n’a pas encore reçu de nom.
Akoun. — Sources chaudes, montagne volcanique.
Akoutan. — Cratère en activité.
Oumnack. — Deux volcans, le Vcevidovskoï et le Toulikskoï, existent dans cette île; elle renferme aussi des geysers.
Amoukta. — Volcans éteints.
Segouam. — Sources chaudes, montagnes couronnées de fumée.
Atkha. — Plusieurs volcans, parmi lesquels on distingue le Korovinskoï et le Kloutchevskoï.
Kanaga. — Cratère qui jette encore des cendres.
Tanaga. — Volcans éteints.
Goreloy. — Montagne volcanique du même nom, qui forme
le point le plus élevé de l'archipel des Aléoutes.
Semisopochnoi. — Plusieurs volcans.
Il faut ajouter encore à cette liste la petite île de Joan Bogoslov, située à sept ou huit lieues au nord d'Oumnack. Son apparition ne remonte pas au delà du commencement de ce siècle, époque à laquelle un tremblement de terre la fit tout à coup surgir du sein des vagues. Elle a, du nord-ouest au sud-est, une longueur d’une demi-lieue; sa largeur est beaucoup moindre. Le pic abrupt qui forme le centre de l’île a, selon le capitaine Wassilieff, une hauteur de 2240 pieds. Une chaîne de récifs, sans doute d’origine également volcanique, rattache Bogoslov à Oumnack. Les Mémoires hydrographiques de Krusenstern contiennent sur la naissance de cette île quelques détails, que le célèbre navigateur avait, en 1817, appris de Baranoff, le fondateur de Sitka. « Le 1°’ mars 1806, il survint une violente tempête du nord, pendant laquelle on entendit à Ounalaska des grondements sourds, entremêlés à certains intervalles de détonations semblables à des coups de tonnerre. Le troisième jour, la tempête se calma et le ciel redevint clair. On aperçut alors, entre Ounalaska et Oumnack, une flamme éclatante, puis bientôt après, une épaisse fumée qui pendant dix jours consécutifs, s’éleva du sein de la mer. Enfin, surgit une masse blanchâtre qui augmenta rapidement de
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