LA CALIFORNIE (SUITE
La société à San Francisco. — Singulières locutions. — Comment les Californiens observent le dimanche. — lues à pic. — Heureux développement des mollets, — Tremblements de terre. — Maisons Voyageuses. — Pompiers. — Wells Fargo's Express Company.
Bien qu'encore un peu « mélangée , » la société de San Francisco est peut-être plus cordiale, plus gaie, plus sincère qu'ailleurs. Les Californiens ont en aversion le ton et les airs des grands personnages: ils appellent cela « faire jabot, » et conseillent à ceux qui seraient tentés de prendre ces manières passées de mode, d'aller étaler ailleurs leur sottise importante. Si on leur demande quel est leur caractère : « Oh! répondent-ils, nous sommes d'humeur joyeuse, et nous aimons à rire, » affirmation qu’ils ne manquent pas de fortifier par l'inévitable you bet (vous pariez), formule qui joue dans leur conversation un rôle à peu près semblable à celui de vous savez, chez les Belges. Ils parlent du reste un anglais extrémement fantaisiste, et emploient une foule d'expressir + #11 4 fait inconnues au bord de la Tamise. Quelques-unes sont empruntées au langage des mineurs. Une affaire promet-elle de beaux bénéfices : « Nous avons là un
riche filon, » dit le Californien. Une autre a-t-elle échoué : « Nous avons trouvé le roc, et pas de minerai, c'était un bilk.» Ce dernier mot remplace à San Francisco le humbug des États de l'Est. Et ainsi de mainte autre tournure de phrase, qui transporte dans la langue habituelle les termes usités pour désigner l'apparence des métaux, le rendement des mines, etc.
Les hommes ont l'habitude de se raser fréquemment, aussi la ville est-elle pleine de boutiques de barbiers, salles hospitalières où l’on peut à la fois faire tailler ses favoris et cirer ses bottes. La modeste nature des services que ces établissements rendent au public ne les empèche pas de déployer un luxe extraordinaire. La ville de San Francisco laisse sous ce rapport bien loin derrière elle toutes les cités de l’Union américaine. Ces magnificences se reflètent naturellement dans le langage ; pas de taverne qui ne s'appelle «un salon, » pas de boutique qui ne soit un « magasin. » On a trouvé aussi que les termes ordinaires peignent mal l'abondance des dîners californiens; on a donc imaginé d'appliquer aux repas le mot square, fort étonné de se trouver en cette compagnie et de désigner une chère copieuse, tandis que jusqu'alors il n'avait éveillé d'autre image que celle d’une place ou d’un carré.
Des expressions tirées de l'espagnol ajoutent encore à la confusion du dialecte, ou plutôt du patois californien. Par exemple le verbe corral, qui signifie enfermer du bétail dans un enclos, est employé en toute occasion, à tort et à travers. Un officier de police corrals un délinquant, à table, un glouton corrals les règles du savoir vivre, un agent de change corrals les fonds d’une société.
Mais pour rendre justice aux Californiens, il faut reconnaître que les gens bien élevés évitent d'employer ces expressions. Cependant quelques-unes de celles que j'ai citées sont d'un usage assez général.
Un habitant de San Francisco découvrirait sans nul doute à Londres quelque chose d’aussi insolite dans un jargon qui,
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