CHAPITRE XX
loin d’être le monopole des classes inférieures, fait à chaque instant invasion dans la conversation des jeunes gens à la mode, et même, hélas! dans celle des élégantes ladies. On devine que je veux parler de la langue du sport.
Les choses ont beaucoup changé depuis l'époque où un mineur aurait fait dix lieues pour apercevoir un joli minois, et où les bureaux des paquebots affichaient des avis ainsi conçus : « quatre dames ont retenu leurs places pour le prochain départ, » comme ure amorce qui devait infailliblement attirer des voyageurs. Cependant le beau sexe fait toujours prime ; dans aucun autre lieu du monde il n’occupe une place plus haute sur l'échelle sociale. Cette situation exceptionnelle doit inévitablement surexciter l’extravagance et la vanité. Je tiens de bonne source qu'il n’est peut-être pas en Amérique de ville où les dames puissent être « cotées aussi cher »; elles sont resplendissantes de diamants et de dentelles quand elles vont au spectacle, au concert ou au bal. Mais ces excentricités, ces défauts ne sont qu'à la surface de San Francisco; ils n’empêchent pas la société de compter dans son sein une foule de femmes vertueuses, également dignes de respect par l'intelligence et par le cœur. A ces qualités morales, les jeunes Californiennes joindront un autre mérite; c’est à elles que reviendra incontestablement la palme de la beauté dans un pays célèbre pourtant par les charmes de ses filles; leurs mères, de leur côté, garderont dans la maturité de l'âge une fraîcheur et un épanouissement inconnus dans les États de l'Atlantique.
De temps à autre, il est vrai, on rencontre de riches habitants qui, aux premiers jours de la colonisation, ont épousé, faute de mieux, leur blanchisseuse ou leur cuisinière ; les hommes ont en général un meilleur ton, des manières plus distinguées que les femmes; je crois néanmoins que les salons de San Francisco soutiendraient avantageusement la comparaison avec ceux de New-York où l'aristocratie de la bière el du pétrole commence à tenir une place démesurée. Dans les
districts de la campagne, il n’est pas rare de rencontrer de gracieuses maîtresses de maison qui, après avoir pendant le jour surveillé la laiterie, présidé aux travaux du jardinage, viennent le soir charmer leurs hôtes par d'excellente musique ou causer avec eux littérature et poésie.
Les modes de Paris dominent à San Francisco; quand on se promène dans Montgomery-Street, on se croirait transporté sur le boulevard des Italiens; une chose néanmoins surprend l'étranger : c’est de voir, par les plus belles aprèsmidi, les dames déployer un luxe de fourrures qui semble fort insolite sous un ciel si chaud; mais la température est extrêmement variable, presque chaque soir, surtout en été, un vent très-froid souffle sur la ville ; aussi quelques personnes préfèrent-elles l'hiver, où ces brusques changements se font moins sentir. Le climat de San Francisco n’est pas, à beaucoup près, aussi agréable que celui du reste de la Californie, circonstance qui, sans doute, doit être attribuée au voisinage immédiat de la mer.
La ville prend le dimanche un aspect tout à fait étranger, du moins pour des yeux anglais. Des ascensions de ballons, des spectacles, des parodies où les combats de taureaux sont représentés d’une façon grotesque, attirent la foule dans les établissements publics; des jongleurs paradent sur toutes les places, chacun veut s'amuser, c’est le jour des parties de plaisir. Depuis quelques années cependant, le dimanche tend à prendre des allures moins dissipées, moins contraires au puritanisme traditionnel des États de l’Atiantique. Si l'on compte le nombre des églises ou chapelles épiscopales, presbytériennes, méthodistes, congrégationnalistes, unitairiennes, qui se trouvent à San Francisco, on aura même une haute idée de la ferveur religieuse des habitants. Le catholicisme réunit un plus grand nombre de fidèles qu'aucune des sectes protestantes ; on rencontre aussi beaucoup de juifs; leurs synagogues figurent parmi les plus beaux édifices du
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