‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 171 sur 196 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

ricaine. Outre les pensions et colléges dirigés par des particuliers, on y trouve des écoles communes parfaitement organisées, où presque toujours les enfants des riches sont instruits à côlé de ceux des pauvres. A San Francisco, 9000 élèves fréquentent ces établissements; celui de Lincoln, dont l'architecture est fort remarquable, en reçoit à lui seul un millier. L'instruction est donnée par 180 professeurs qui, pour la plupart, viennent de Boston, l’Athènes du Nouveau-Monde. Contrairement à l'usage généralement adopté en Amérique, les instituteurs des deux sexes sont assez bien rétribués. Ce sont habituellement des personnes très-honorables, très-instruites. Dans les grands centres, elles sont uniquement chargées de l'éducation des jeunes enfants ; mais dans les campagnes, on leur laisse la direction complète des écoles, et souvent elles réussissent mieux que les hommes. La tâche est cependant fort pénible, comme le montre l'air de fatigue et d’épuisement qu’elles ont presque toutes; aüssi éprouvais-je un grand plaisir lorsque j’apprenais le mariage de l’une d’entre elles, ce qui n’est pas rare. Il faut reconnaître à l'honneur de la Californie que ces jeunes filles, parfois un peu « bas bleus » mais en somme aimables et intelligentes, sont en général fort recherchées. Si le système d'éducation américain était introduit en Angleterre, les institutrices y acquerraient bien vite, je n’en doute pas, la mème considération.

La valeur des terrains situés au centre de San Francisco s’est énormément accrue depuis quelques années. Dans les faubourgs, il se trouve néanmoins encore de vastes espaces que l'on pourrait acquérir à d'assez bonnes conditions. Le prix d'un lot suffisant pour une maison de grandeur moyenne est de deux à trois cents dollars. Il s’est formé ici, comme en Angleterre, des sociétés qui achètent les terrains et y élèvent des constructions, puis les revendent aux particuliers ; les payements se font par à-comptes mensuels qui ne dépassent pas beaucoup le taux d’un loyer ordinaire, mais il faut se souvenir que ce taux est très-élevé en Californie.

L'espace sur lequel San Francisco peut se déployer en face de» la mer n'a pas plus de trois lieues de long ; les maisons élevées sur cette ligne ont beaucoup de valeur et sont appelées à en acquérir encore bien davantage. Les San Franciscains croient que, possédant le meilleur port de la côte et formant le centre industriel et commercial du pays, ils doivent un jour rivaliser avec New-York. La ville continuera de se développer du côté où elle a déjà commencé de s'étendre. Ceux qui pourront acheter des terrains dans la partie la plus reculée des faubourgs, et attendre dix ou quinze ans, feront assurément une très-belle affaire. Un des meilleurs emplacements de la ville avait été, dans les premiers temps de la colonisation américaine, vendu à un matelot qui, peu après, partit pour un assez long voyage; à son retour, il fut tout étonné d'apprendre qu’il était devenu un riche propriétaire. Le champ de sable qu’il avait acheté dans un jour d'ivresse, et dont le lendemain il n'aurait pas donné dix pence, forme aujourd’hui le cœur de la cité, il est couvert de beaux bâtiments, au milieu desquels se trouve une place plantée d'arbres. Les immeubles ont constamment augmenté de valeur à New-York; ils suivront la même marche ascendante à San Francisco, quoi qu'en puissent présager les oiseaux de mauvais augure.

L’anecdote suivante, empruntée à un journal américain, est de nature à encourager les esprits hésitants et timides :

« Un terrain d'une longueur de cent pieds sur une largeur de vingt-cinq, situé à New-York dans l'avenue de Broadway, avait été vendu “ent mille dollars. De prudents capitalistes, réunis dans ün café, s’entretenaient ensemble de l'affaire, et tous s'écriaient que l’acheteur avait fait un marché de dupe, que jamais il ne trouverait de l'immeuble le prix qu'il en avait donné. « En êtes-vous bien sûrs? leur dit un vieux gent- « leman qui, d'une table voisine, les avait entendus expri- « mer cette opinion. J'ai vu vendre ce terrain alors que pas « une maison ne s'élevait aux alentours; il fut adjugé à « trois cents dollars. Depuis, il a changé de mains bien des

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