CHAPITRE XXVI
Les localités dont les noms figurent sur ce tableau sont situées les unes au nord, les autres au sud de la Californie. Les observations relatives à la température de Sonoma ont été recueillies par mon ami le major Snyder, qui possède dans ce pays un magnifique domaine et récolte des vins dignes d’être comparés aux meilleurs crus de la Bourgogne. Un autre Américain, M. Craig, a réussi à faire de très-bonne eau-de-vie de marc. Le temps est loin où le commodore Wilkes déclarait la Californie incapable de produire autre chose que « de la piquette détestable, » Ceux qui regardent cet État comme un pays enfant seraient bien surpris s'ils voyaient les pressoirs perfectionnés, les caves, les chaix de Sonoma et de Los Angeles. La plupart des vignobles sont dans la vallée ; mais les versants des coteaux seront cultivés tôt ou tard. Les plants comprennent toutes les variétés, principalement celles d'Europe.
Los Angeles, ou pour parler plus exactement, Pueblo de los Angelos, « la demeure des anges, » est aussi le séjour d'un grand nombre de vignerons, qui ne sont peut-être pas des anges, mais à tout le moins des compagnons aimables et joyeux. Ce district, qui est situé sur la côte sud, a la réputation de posséder les meilleurs crus de toute la Californie, Sonoma tient le second rang, Santa-Clara le troisième. Les raisins d'espèce indigène (Delaware, Clinton, Perkins, etc.) ne sont pas très-estimés ; le Catawa seul fait exception à cette règle. Quand ils sont plantés depuis cinq ans, les vignobles donnent des récoltes admirables; on m'a montré un cep de la variété Isabelle qui, dans sa quatrième année, avait produit 1500 grappes pesant 420 livres. Dans son ouvrage sur les Ressources de la Californie, Hittell raconte un fait plus étonnant encore. En 1765, une dame de Mexico qui habitait le comté de Santa-Barbara, la señora Dominguez, fut appelée à Monterey par des affaires de famille. Au moment où elle se mettait en route pour retourner chez elle, il lui vint la fantaisie de prendre, en guise de cravache, une bouture de vi-
gne. Elle n'avait pas fait dix lieues, qu'elle vit la branche se couvrir de bourgeons; dès lors, elle en eut grand soin, et, arrivée à sa maison de Montecito, elle s'empressa de la planter. Le tronc de ce cep mesure aujourd'hui 16 pouces de diamètre, le feuillage abrite une tonnelle qui a 114 pieds de long sur 78 de large; quant à la récolte, elle s'élève chaque année à trois ou quatre pièces.
Le houblon et le tabac sont aussi cultivés avec succès ; on essaye d'introduire le coton, et des expériences, faites dans le but d’acclimater les vers à soie, ont donné des résultats trèssatisfaisants.
On conçoit qu’en présence de tant de travaux qui les sollicitent, les Californiens souhaitent l'arrivée de nombreux immigrants; mais de tous les ouvriers dont les bras prèteraient aux habitants un utile concours, les cultivateurs sont, sans contredit, ceux qui réussiraient le mieux à se faire une position honorable et avantageuse. Une foule de petits fermiers qui végètent en Europe, pourraient, avec un faible capital, devenir, sur les bords du Pacifique, propriétaires de domaines considérables. Après le travail de la terre, viennent le commerce et l’industrie. Quiconque a une profession spéciale est sûr d'y trouver l'emploi de son activité; les mécaniciens surtout seraient accueillis avec faveur et obtiendraient de très-hauts salaires. Les Anglais rencontreraient en Californie un grand nombre de compatriotes, et nulle raison ne peut les détourner de s’y établir. Aucun de ceux qui feront cette tentative ne me reprochera certainement de la lui avoir conseillée. Enfin, des hommes versés dans la culture de la vigne, des Français, des Allemands, des Hongrois rendraient de grands services au pays; jusqu’à présent, ce genre de travail est abandonné aux Chinois, mais il faudrait, pour les diriger, des surveillants européens.
Quant à l'éducation, chose si importante pour l’homme qui amène avec lui sa famille, la Californie offre, sous ce rapport, tout autant de ressources que le reste de l’Union amé-
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